Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre a annoncé une baisse du prix du loyer dans la capitale d'ici quelques semaines. Une nouvelle qui ne fait pas l'unanimité à Dakar. Tandis que certains apprécient la mesure, d'autres restent sceptiques sur la faisabilité de cette promesse.

Payer un loyer dans la capitale, depuis bien des années déjà, reste une grosse préoccupation pour les Dakarois locataires. Une situation qui ne s'arrange guère à cause de la ''boulimie financière'' des propriétaires immobiliers qui prennent plaisir à fixer des loyers exorbitants. Cependant, à en croire le Premier Ministre Aminata Touré, qui a tenu son grand oral hier, la mise en place d'une commission est effective et dont les conclusions des travaux seront exécutées pour une baisse dans les meilleurs délais du prix de la location dans la capitale. En gros, le Premier ministre a promis une baisse des loyers dans les prochaines semaines. Une annonce qui a suscité bien des commentaires et débats.

Ce lundi, il est 16h. Le temps est agréable en cette fin d'après-midi au quartier Dieuppeul. Un propriétaire d'im- meuble de deux niveaux dans ce quartier vient à peine de se lever de son fauteuil, après avoir passé plu- sieurs heures à suivre la déclaration. Ce sexagénaire affirme que cette nouvelle est juste insérée dans la déclaration pour plaire aux gens. Selon lui, ''il est important de réguler le prix des loyers'' puisqu'il a été locataire également avant d'être propriétaire.

''Mais avec la nouvelle structure de la ville et les ambitions de modernisation et de développement de la capitale, on ne peut pas procéder à une baisse conséquente du loyer'', soutient-il. ''C'est comme si par exemple, on dit qu'on veut diminuer le coût des loyers à Paris, ce qui n'est pas évident, dit-t-il, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte''.

Locataires et propriétaires ne parlent pas le même langage...

À entendre ce père de famille de quatre enfants, dont trois filles, qui a une dizaine de locataires dans son immeuble, il faut d'abord diminuer le prix de l'électricité, de l'eau, des denrées, augmenter le pouvoir d'achat. cela fait, on pourra s'attaquer à la question du loyer. ''Tant que la demande est plus forte que l'offre, il y aura toujours une surenchère'', confie-t-il.

Malick, locataire dans ledit immeuble, n'est forcément pas d'accord avec son bailleur. Pour lui, les propriétaires exagèrent. Même s'il considère la déclaration du Pm comme un discours politique, c'est avec enchantement qu'il accueille cette mesure. ''Je suis dans un appartement de deux pièces et je paye 120 000 francs, sans compter mes factures d’électricité, d'eau et d'internet ainsi que mes dépendances quotidiennes. C'est extrêmement compliqué la capitale'', se désole Malick. Si cette mesure est, appliquée, ce sera un gros coup de la part du président s'il veut se faire réélire en 2017, d'après cet informaticien sénégalais de 33 ans.

Un peu plus loin sur la voie de contournement (Vdn), se dresse l''agence Davinci immobilier, une agence de promotion immobilière et de construction. Pour le gérant de cette boîte, Mamadou Ndione, cette promesse s'avère compliquée à réaliser car le Pm prétend passer par une loi pour réguler un marché dépendant de l'offre et de la demande. Le seul moyen à son avis serait juste d'utiliser des prix planchers par zone et par surface en tenant compte du standing. En plus, c'est pas évident de mettre en place un système de contrôle efficient et efficace car l'offre est inférieure à la demande, surtout avec les étudiants et tous les expatriés qui n’hésitent pas a payer le prix fort'', rapporte Mamadou Ndione.

En définitive, la solution, à son avis, serait d'instaurer une concurrence positive dans le secteur à travers la Société nationale des habitations à loyers modérés. Il n'a pas manqué d'ajouter que la Snhlm ne fait pas son boulot, avant de souligner que le grand risque à vouloir faire passer une telle réglementation par la force contribuerait à faire fuir les investisseurs au cas où ces derniers n'y trouveraient pas leur compte. Un danger pour le secteur qui pourrait plonger.

Saer Seck, commercial à l'agence immobilière Idac, a par contre un avis mitigé sur la question. Si cette réglementation est salutaire, sa faisabilité est tout de même très limitée pour lui. Premier obstacle, les prêts bancaires, qui sont la plupart du temps l'origine du financement des constructions d'immeubles. ''Un propriétaire qui emprunte 40 millions à une banque pour construire, cherche tout de suite à rentabiliser son prêt en fixant les prix des loyers'', souligne M. Seck.

Il est d'avis que cette question nécessite une large concertation avec les différents acteurs intervenant dans ce secteur ainsi que les banques. ''C'est l’État qui doit créer des sociétés fortes qui peuvent construire des immeubles afin de permettre aux fonctionnaires de louer à des prix raisonnables'', a-t- il indiqué. Selon Saer Seck, il n'y a pas de loi et une politique immobilière, les lois qui existent sont copiées du modèle français.

Momar Ndao, Ascosen : ''cela va renforcer le pouvoir d'achat''

Cette annonce a fait également réagir Momar Ndao, président de l'Association des consommateurs sénégalais (Ascosen), qui a salué cette mesure après avoir affirmé qu'une enquête de la direction de la statistique a annoncé que la moyenne du coût du loyer est d'environ 99 000 F Cfa. ''Avec la baisse du coût du loyer de 30 %, C'est comme si le gouvernement donnait une bourse de 30 000 F Cfa à un locataire...Cela permettra de renforcer le pouvoir d'achat'', a-t-il soutenu.

Momar Ndao soutient que le prix du loyer n'est pas libre, citant le décret le décret n°81-683 du 07 juillet 1981 portant fixation des éléments de calcul du loyer des locaux à usage d’habitation. Il avance égale- ment que sur Dakar, 52,5% des propriétaires sont des héritiers et 2,5% possèdent des propriétés grâce à des donations. En somme, 55% des gens qui louent n'ont pas investi. Ce qui le pousse à soutenir que les propriétaires n'ont rien à dire à ce sujet. Le moment serait donc opportun pour une baisse des prix afin de régler l'épineuse question du pouvoir d'achat, dixit Momar Ndao.


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