FÉMINISTE ASSUMÉE
PROFIL - KHADY TOURÉ

"Parfois il faut sortir du politiquement correct." Cette phrase de Khady Touré, lancée à la fin de l’interview avec www.SenePlus.Com, traduit bien son engagement lorsqu’il faut défendre la cause genre. Ses convictions, elle les porte en bandoulière pour la promotion des droits des femmes.
Son exposé sur le leadership jeune et féminin n’a pas laissé l’assistance indifférente. Elle s'exprimait lors du lancement du rapport Plan International "leadership féminin en Afrique de l’Ouest : barrières et opportunités". Khady Touré, puisqu’il c'est d'elle qu'il s’agit, a démontré qu’elle ne possède pas seulement le même patronyme qu’Aminata Touré, l'ancienne Premier ministre du Sénégal et auteur de la préface dudit rapport. Elle partage avec l'ex-chef du gouvernement, réputée dame de fer, assise à ses côtés, la même détermination à rester à cheval sur ses convitions. Le même potentiel de femme leader d'envergure.
La jeune entrepreneure (32 ans), directrice de la société KTC (Khady Touré Coaching), a pris la cause du leadership féminin à bras le corps. Pour déconstruire les stéréotypes sur le genre, elle préconise "la rencontre des filles avec elle-mêmes". Cette acceptation de soi qui permettra de faire "bouger les lignes". Car, souligne-t-elle, il n'y a pas de leadership sans autonomie.
Pour se faire entendre, il faudra aussi, "sortir de la théorie et passer à l’action. Occuper l’espace médiatique". Dans cette perspective, relève-t-elle, les filles doivent connaitre leurs droits. L’auteur de la tribune à succès «Femmes, les nouveaux nègres» (2013) compte les aider à y parvenir avec son projet d’éditer "l’Agenda de l’égalité". Ouvrage qui servira de guide aux jeunes filles et leur permettra de planifier leur action en matière de leadership avec des thématiques précises pour aller à la rencontre de modèles inspirants.
Khady Touré se définit en "féministe assumée". Un titre suspecté, polémique. Une femme qui s'en réclame étant considérée comme "extrêmement agressive", prête à "lutter contre les hommes". Contre ces clichés, elle rappelle : "Le féminisme c’est tout simplement penser comme si le sexe n’hésitait pas. Aucun individu ne devrait être exclu d’un bien ou d’un droit sur la base de son sexe. Le féminisme c’est une tradition politique et n’importe quelle démocratie qui se veut véritablement démocratie devrait être féministe. Ce n’est pas une guerre de tranché entre les hommes et les femmes. On a besoin d’individus qui sont dans leur plein potentiel."
La patronne de KTC milite pour l’égalité hommes-femmes, l’égalité intergénérationnelle et l’égalité des chances. Sa recette ? "J’ai mis en place un dispositif pour pouvoir accompagner des jeunes à trouver un emploi mais aussi à s’insérer dans le milieu professionnel. Il faut savoir qu’au Sénégal la plupart des femmes sont un peu considérées comme sous assistance. Les gens disent aider les femmes, nous à KTC nous accompagnons les femmes et les jeunes à ne pas se percevoir comme des êtres dans le besoin mais plutôt comme des individus porteurs de potentiel."
Mais la "féministe assumée" prévient : le leadership ne doit pas concerner une élite. Il doit être l'affaire de toute la gente féminine, à tous les niveaux. "Il ne doit pas y avoir de distinction entre les jeunes qui ont beaucoup reçu, parce qu’ils viennent de familles aisées, et des jeunes qui viennent des familles plus modestes. Tant que nos filles rêverons d’épouser un homme riche il n'y aura pas de leadership jeune et féminin."
Khady Touré a quitté le Sénégal à 16 ans. Elle a atterri au Canada pour poursuivre ses études. Une chance d’élargir son horizon certes mais, s’empresse-t-elle d’ajouter, nullement l’instant décisif de sa vie de défenseur des droits des femmes. "Ce n’est pas mon expérience canadienne qui a fait la différence. Pour pouvoir mener ce combat, il y a un vécu. Je suis un pur produit de mon pays. J’ai juste eu la chance d’aller faire mes études à l’étranger- ce que je souhaite à tout le monde, même si ce n’est pas pour les études."
Après 12 ans à l’étranger, elle est rentrée au pays en 2011. Des rêves pleins la tête. Aucune limite à l’horizon. "Les jeunes femmes devraient partir du principe qu’elles peuvent être ce qu’elles ont envie d’être. Aujourd’hui rien ne nous empêche d’être Ghandi, Aung San Suu Kyi, si on estime qu’il y a un défis à relever, qu’il y a un engagement à prendre au sein de sa communauté. On ne doit pas s’endormir sur la question des droits des femmes."
Le message est clair.