"Servez-nous ou on détruit le parti et l’alliance !"
LES NOUVEAUX PRENEURS D’OTAGES AU SEIN DE L'APR
S’il y a des ravisseurs dans le pays, il faut sûrement les chercher à l’Apr. Aux affaires depuis avril 2012, les apéristes empoisonnent le climat politique par des déclarations aussi choquantes les unes que les autres.
« Servez-nous ou on détruit le parti et l’alliance ! ». Cette ligne de conduite fait recette, aujourd’hui, à l’Alliance pour la République (Apr). Les apéristes s’autodétruisent gratuitement ! Depuis quelque temps, ils empoisonnent l’atmosphère politique par des déclarations incroyablement choquantes. Et ceci donne à se demander si l’Apr était vraiment préparée dans l’opposition à exercer le pouvoir. Vraiment non ! Ou alors très peu dans ce parti s’étaient mis dans la tête qu’ils seraient aux affaires. Macky Sall, lui, croyait en son étoile. Il a commencé sa campagne bien des années avant la Présidentielle de 2012.
Et lorsque l’opposition était partagée entre les mobilisations contre la candidature de Wade et la campagne électorale, le chef de file du Yonu Yokkute a préféré le terrain. L’option lui a valu des attaques dures. Certains murs de la capitale portent encore les empreintes de cette « haine ». Terrible renversement de situation pour lui. Car, ses ouailles restent campées dans l’ambiance acide de campagne électorale au Sénégal.
Ils jouent sur deux tableaux. Le parti et les alliés. Et leur cible principale dans leur combat inouï, Macky Sall. Les premiers à ouvrir les agressivités sont les alliés de « Macky 2012 ».
Fédérés à une kyrielle de partis au second tour de la Présidentielle de 2012, les tenants du pouvoir se réveillent après environ un an de gestion une hache à la main. Il n’y a rien à faire, ils veulent se débarrasser à tout prix des alliés. Le cri de guerre est parti de « Macky 2012 », cette première alliance portée sur les fonts baptismaux avant le premier tour. Il s’agit d’un groupe de partis naissants, conscients de leurs limites face à la machine électorale libérale. Le modèle du tout premier ministre de l’Education, Ibrahima Sall, et le mouvement du Pr Arona Coumba Ndoffène Diouf en font partie. Aujourd’hui, Ibrahima Sall et le Pr Arona Coumba Ndoffène Diouf sont les têtes de pont de cette bagarre engagée contre Benno Bokk Yaakaar (Bby).
Leur discours est tellement démolisseur que chaque jour qui passe ressemble à un jour de grâce pour les membres de Bby. Sall a dû quitter son allié de toujours, Serigne Modou Kara, alors que Diouf, engagé dans un groupe des « quatre » dit G4 de la société civile, a fini par rallier Macky Sall. Le Pr Arona Coumba Ndoffène, candidat à la Présidentielle de 2012, analysait le contexte comme étant celui des forces de la société civile. Son discours, radicalement hostile aux partis politiques, s’appuyait sur les évènements du 23 juin pour sanctifier la société civile. Auparavant, le passage réussi de certains membres de la société civile comme Badara Mamaya Sène, arbitre international de football, est élu maire à Rufisque fait école. Fortement ancré dans « Macky 2012 », le Professeur Diouf et l’ancien ministre de l’Education, aujourd’hui Directeur général de la Sicap, Ibrahima Sall, ne veulent plus entendre parler de Bby.
Invectives gratuites
Au cours d’un meeting à Loukhouss, dans le Mont-Rolland présidé par le même Ibrahima Sall, Mohamed Moustapha Diagne Secrétaire Général de la Synergie Républicaine, a qualifié la coalition Benno Bokk Yaakaar de saupoudrage créé par des gens pour confisquer la victoire de Macky 2012 à la dernière présidentielle. Et de plus en plus, les proches de Macky Sall commencent à dérouler l’argumentaire des libéraux juste après la première alternance. Pour eux, Wade allait de toutes les manières être battu. Avec ou sans les alliés de Bby. Mohamed Moustapha Diagne, patron de Synergie Républicaine l’a martelé au même meeting. Pour Diagne, c’est « Macky 2012 » qui a porté Macky Sall à la tête du pays. Pour s’en justifier, il brandit les 26% du premier tour de leur candidat correspondant à « plus de 700.000 voix ». C’est une thèse qui fait fureur dans les rangs de l’Apr. Nombre de caciques de cette formation politique regrettent l’alliance avec le Benno Siggil Senegaal originel.
Ils veulent alors forcer le chef de l’Etat à prendre le taureau par les cornes. Et à prononcer le divorce avec les alliés comme l’Afp, le Ps, la Ld, le Pit, etc. L’objectif est sans équivoque : se faire de la place au soleil avec le vide laissé. D’ailleurs, dans la foulée des attaques, le secrétaire général de la Synergie Républicaine qui ne cache pas que Macky Sall n’a pas été élu par les assises nationales, mais par le programme Yoonu Yokkuté, se désole de l’absence des concepteurs de ce programme de la conduite des affaires du pays. A l’intérieur, à présent de l’Apr, se déroule un combat fratricide difficile à comprendre.
Moustapha Cissé Lô qui s’est érigé en avocat défenseur de Me Alioune Badara Cissé. Ce dernier, mystérieusement limogé du Ministère des Affaires étrangères, mis en marge de sa formation politique, multiplie les sorties sans dire au juste les raisons pour lesquelles il a perdu la confiance du chef de l’Etat. Me Cissé, un dignitaire ( ?) de l’Apr, indispose tout le monde avec ses « plaidoiries » insipides. Tantôt c’est la marche du pays, tantôt c’est la coalition Bby ou Idy. Alors qu’il est attendu sur le sujet de son contentieux avec Macky Sall. Mais que perd-il dans ce jeu ? Quasiment rien du tout ! Car il a en Moustapha Cissé Lô, un bon avocat. Seulement, là où ça fait désordre, c’est quand, pris par on ne sait quel accès de rancune, il s’en prend à Mor Ngom, Directeur de cabinet du président de la République. Dans les colonnes du journal Le Populaire, Cissé Lô dit : « Mor Ngom doit quitter le Palais. Il empêche même les responsables du parti d’accéder au président. Mor Ngom ne travaille pas.
Il doit quitter ce poste. Des gens comme Seydou Guèye, Thierno Alassane Sall, Diène Farba Sarr n’arrivent plus à voir le Président à cause de lui ». Abordant dans la même interview le cas ABC, il avance que rien n’enlève à l’ex-ministre des Affaires étrangères sa qualité de membre de l’Apr. Il cogne ensuite sur les détracteurs de Me Cissé et demande à Macky Sall de mettre fin à cette situation qui, à ses yeux, affaiblit leur camp. « Désormais, je répondrai coup pour coup, parce que ABC, Mbaye Ndiaye et Cissé Lô étaient là quand il n’y avait rien. Ils doivent être respectés. On n’insulte pas comme ça ». La dérive est de trop ? Sans doute non pour les partisans de Me Cissé. Peut-être bien que Cissé Lô veut être à la hauteur de Mahmouth Saleh qui, dans L’Obs, a lancé : « Abc n’est rien, c’est un traître ».
Fausses colombes
Prenant sa propre défense, Me Cissé lâche de fausses colombes à Touba où il était venu présenter ses condoléances à la suite de la disparition de Serigne Abdoul Akim Mbacké : « Je pardonne à tous ceux-là qui s’adonnent à ce sport favori de diatribes, de prébendes et autres propos injurieux (…). Je suis persuadé que la bave du crapaud n’atteindra jamais la blanche colombe ». Par contre, Mor Ngom, lui, parvient à dompter sa colère. Prenant prétexte du « mois béni du Ramadan », il dit avoir pardonné à tout le monde, y compris à Moustapha Cissé Lô qui, dit-il, est un frère, un ami. La confusion n’est pas finie. Car, promu au poste de conseiller en communication du président de la République, Souleymane Jules Diop fait enfler la polémique et la rumeur sur l’affaire de la double candidature à la Cio. Il promet que le Président en tirera toutes les conséquences. Un propos qui laissait croire que le Premier Abdoul Mbaye allait être limogé.
Parce que présenté comme l’auteur de la double candidature et - suprême sacrilège - fautif d’avoir contrarié la volonté du chef de l’Etat qui avait sponsorisé la candidature de Diagna Ndiaye, son conseiller. Rien à l’arrivée, même si quelques rédactions avaient brui de la démission du Pm Abdoul Mbaye. Au contraire ! Une source renseigne d’ailleurs qu’au dernier conseil des ministres, Macky Sall a renouvelé sa confiance à son Pm. Histoire de couper court aux spéculations et aux pressions. Pour situer le mal, d’aucuns évoquent la parenté entre l’Apr et le Pds. Nombre de responsables apéristes ont fait leurs classes chez les libéraux. Et durant les douze ans de leur règne, les caciques du Pds se sont particulièrement illustrés dans l’auto-flagellation.
Qui ne se souvient des sorties fracassantes de Farba Senghor ? Et cette pagaille entre les ministres libéraux, notamment Awa Ndiaye et Aminata Tall qui en seraient venues aux mains au palais de la République ? Ou encore ces bagarres pour des billets de banque des hôtes de Wade ? On n’en est pas encore là. Mais si Macky Sall ne sort pas la cravache, les apéristes qui tiennent déjà le pays en otage, vont l’étrangler pour accéder aux positions rentières.