FITE, POUR IMPOSER DES ELECTIONS TRANSPARENTES ET INCLUSIVES
Pour s’ériger en bouclier contre toute irrégularité, l’opposition met en place une plateforme dénommée Front pour l’inclusivité et la transparence des élections (FITE) destiné à lutter afin d’obtenir une élection inclusive et transparente
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A quatre mois seulement de l’élection présidentielle, le processus électoral est de plus en plus contesté par l’opposition. Pour s’ériger en bouclier contre toute irrégularité, elle a mis en place une plateforme dénommée Front pour l’inclusivité et la transparence des élections (FITE) destiné à lutter afin d’obtenir une élection inclusive et transparente. Le FITE pourra-t-il faire mieux que Yewwi pour contraindre le pouvoir à jouer franc jeu ?
L’objectif d’un parti politique est de conquérir le pouvoir ou de le conserver le plus longtemps possible, dit-on. La réussite de ces objectifs nécessite une bonne organisation des élections allant de l’inscription sur les listes électorales jusqu’à la proclamation définitive des résultats. C’est dans ce cadre que l’opposition sénégalaise avait entamé, en son temps, une bataille contre le pouvoir socialiste pour la mise en place d’une structure indépendante chargée de l’organisation d’élections libres, transparentes et démocratiques. Pour satisfaire leur demande, le président Diouf, convaincu du caractère légitime d’une telle doléance, avait mis en place l’ONEL (Observatoire National des Élections) en lui donnant le pouvoir d’intervenir dans le processus électoral. Cette mesure de haute facture visait à permettre à notre pays de bénéficier d’un système électoral fiable. Elle avait été renforcée par la nomination d’une personnalité neutre au ministère de l’intérieur en la personne du général Lamine Cissé. Surtout, le président socialiste s’était engagé à appliquer tous les points retenus à l’issue des concertations avec l’opposition. Malgré toutes ces mesures destinées à garantir un bon déroulement de l’élection présidentielle de 2000, l’opposition d’alors, dirigée par Me Abdoulaye Wade, avait initié une plateforme dénommée FRTE (Front pour la Résistance et la Transparence des Élections) pour l’application stricte de ces nouvelles mesures. Résultat de toutes ces mesures et initiatives destinées à garantir la sincérité du scrutin : l’élection présidentielle de 2000 s’est traduite par la toute première alternance politique de l’histoire notre pays. Le pouvoir change alors de mains et revient au leader du PDS (Parti démocratique sénégalais), Me Abdoulaye Wade, qui, au cours des deux élections présidentielles organisées sous son magistère, n’a pas touché à ces réformes qui lui avaient permis d’accéder au pouvoir. Au contraire, il a procédé à leur renforcement à travers notamment la mise en place de la CENA (Commission Electorale Nationale Autonome) dès 2005 en remplacement de l’ONEL qu’il avait pourtant réclamé sous Diouf. Une CENA dotée d’une autonomie financière et d’un élargissement de ses prérogatives allant de l’inscription sur les listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats. Le décret créant cette structure et portant sa signature a été contre signé par son Premier ministre d’alors, un certain… Macky Sall. Deux décennies après, la classe politique, notamment l’opposition, remet en cause la sincérité du processus électoral qu’elle qualifie de nébuleux et par conséquent incapable d’assurer la tenue d’un scrutin transparent et démocratique. C’est pourquoi qu’elle a décidé de faire bloc afin d’exiger l’organisation d’une élection présidentielle inclusive et transparente. D’où la création d’une toute nouvelle plateforme dénommée FITE.
Le FITE charge le régime et appelle à faire bloc...
A moins de quatre mois de la tenue de l’élection présidentielle du 25 février 2024, l’opposition ne cesse de dénoncer les actes posés par le régime en place et qui, selon elle, ne plaident pas en faveur d’un scrutin transparent. Pour s’opposer à d’éventuelles fraudes, elle a décidé d’engager la bataille pour barrer la route au pouvoir en place et exiger qu’il revoie sa démarche jugée non conforme au renforcement de la démocratie. C’est tout le sens de la mise sur pied du FITE (Front pour l’Inclusivité et la Transparence des Élections). Une plateforme initiée par un groupe restreint de six personnes dont les anciens Premiers ministres Aminata Touré et Abdoul Mbaye en plus de Dr Abdourahmane Diouf. Elle vient d’enregistrer l’adhésion d’une trentaine de partis.
Selon des sources proches de cette initiative, ses portes sont ouvertes à tout membre de l’opposition radicale soucieux de l’atteinte des objectifs qu’elle s’est fixés. Les initiateurs de la plateforme se disent convaincus qu’il y a une volonté manifeste du pouvoir en place de biaiser tout le processus qui doit mener au scrutin de février prochain. Ce qui a fini d’installer un climat de suspicion. D’où l’appel lancé par les fondateurs du FITE aux autorités à revenir à de meilleurs sentiments au risque de plonger notre pays dans une instabilité postélectorale qui pourrait être regrettable pour la paix sociale. D’après eux, il est plus qu’urgent d’unir leurs forces pour empêcher le pouvoir d’utiliser comme prétexte le parrainage pour éliminer des candidats. Aussi, ils n’entendent pas permettre au candidat de Macky Sall de poursuivre ses tournées politiques à des fins de parrainage et tentatives de débauchages alors que ceux de l’opposition se voient interdire toute possibilité d’aller rencontrer leurs militants « en violation flagrante de leurs droits ». Disant se sentir traqués de toute part, les membres du FITE disent travailler ensemble pour faire partir le régime actuel qui, selon eux, aurait fini de montrer son incapacité à faire sortir les Sénégalais des pires moments de leur vie jalonnée de souffrances qui s’accumulent de jour en jour. Aminata Touré, Abdoul Mbaye, Abdourahmane Diouf et Cie n’écartent pas d’élaborer un programme commun dont l’objectif principal serait d’unir leurs forces en cas de deuxième tour à l’élection présidentielle. Ils se disent intrigués par la propension du pouvoir en place à fouler du pied les décisions rendues par la justice que le chef de l’État, lui-même, s’était pourtant engagé à respecter durant le peu de temps qui lui reste au pouvoir. Ceci en référence au verdict rendu par le tribunal de Ziguinchor ordonnant qu’Ousmane Sonko soit réintégré dans le fichier électoral et l’attitude de défiance de la DGE qui a refusé de se soumettre à cette demande. Mais le plus troublant à leurs yeux, c’est le tout dernier décret mettant fin aux fonctions de tous les membres de la CENA et nommant une nouvelle équipe à la tête de cet organe. A les en croire, cet acte a été pris à la hâte pour empêcher que la structure électorale, au nom du respect de ses prérogatives, se substitue à la DGE pour remettre l’opposant Sonko dans ses droits.
Le spectre de Yewwi, une épine parmi tant d’autres...
L’idée d’un front de l’opposition pour exiger un processus électoral fiable a longtemps été agitée. D’aucuns s’étonnaient même du fait qu’au lieu de mettre le focus sur le combat pour l’organisation d’élections transparentes, les candidats en compétition pour la présidentielle se focalisaient sur des choses de moindre importance. C’est après s’être rendus compte de cette urgence, que des figures de proue de l’opposition ont décidé d’unir leurs forces pour imposer l’organisation d’élections transparentes et inclusives. Il faut dire qu’à moins de quatre mois de la présidentielle, cette opposition a peu de chances de voir l’ensemble de ses préoccupations satisfaites vu l’enjeu de ces élections et la détermination affichée du pouvoir de ne pas lâcher du lest. Toutefois, comme mieux vaut tard que jamais, nous avons le temps de voir jusqu’où peut mener leur bataille face à un pouvoir plus que déterminé à dérouler son agenda malgré les nombreuses contestations et de condamnations. En plus, il existe des zones d’ombre quant à la massification de la plateforme. Une massification qui, pour le moment, tarde à se matérialiser. En effet, pour l’heure le nombre tourne autour d’une trentaine de partis ou de personnalités. Son attitude qui lui est souvent prêtée à casser la On retiendra qu’après la mort de la grande coalition Yewwi Askan Wi, qui avait réussi à secouer le baobab BBY, une autre plateforme, FITE en l’occurrence, vient de voir le jour. Deux entités qui, bien que partageant le même objectif, c’est à dire faire tomber le régime actuel, divergent dans les approches. Yewwi se voulait plus électoraliste puisque cette coalition voulait surtout remporter les élections municipales et législatives de 2022. Par la suite, elle n’a pu résister au choc des ambitions en son sein et a fini par mourir de sa belle mort. Le FITE, en ce qui le concerne, cherche surtout à créer les conditions d’une élection inclusive et transparente.