EN COULISSES : ENQUETE DE CE VENDREDI

CAISSE NATIONALE DE CRÉDIT AGRICOLE DU SÉNÉGAL : La banque qui fabrique des milliardaires
La Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (CNCAS) fait face à un des défis les plus importants de son existence. Les dégâts sont énormes car la banque qui compte une centaine de créanciers a été systématiquement “pillée” du fait du laxisme au niveau du management. C’est une information livrée par le tout nouveau site d’informations, lignedirecte.sn… C’est une des banques les plus liquides du pays, mais aussi une des plus laxistes du fait du management particulier de son Directeur général, Arfang Boubacar Daffé, relevé de ses fonctions par le Conseil d’administration de la banque qui s’est réunie avant–hier pour porter à la tête de l’institution financière Malick Ndiaye, ancien Directeur du Crédit et du Réseau. Un limogeage-surprise que nous avons déjà évoqué dans ces colonnes qui n’aurait pas été possible, si le conseil n’avait pas verrouillé l’information sur le départ de celui qui était décrit comme un indéboulonnable. C’est vrai que plusieurs tentatives sans effet avaient fini par décourager ceux qui voulaient sa peau, au premier rang des desquels, l’actuelle Secrétaire générale de la boîte, Marie Jeanne Gomis Seck, doublée on ne sait par quelle magie par Malick Ndiaye. Ce mouvement révèle en tout cas une crise qui est loin d’être terminée, malgré le discours bienveillant de la passation de service hier à l’hôtel Pullman (voir page 8), puisque le Directeur général laisse la place à un Malick Ndiaye très critiqué par les cadres et syndicalistes, pour avoir, dit-on, participé à valider des dossiers… nébuleux. Saura-t-il tenir la barre ? Pour combien de temps ? L’Etat le laissera- t-il piloter comme Daffé le faisait ? Comment va-t-il régler l’épineuse équation à 80 milliards à provisionner comme le recommande la Commission bancaire de la BCEAO qui évalue à la somme susmentionnée le montant de provisions sur les crédits impayés. Cette situation ne peut en tout cas pas cohabiter avec les libéralités constatées.
Partage de Bukki ?
C’est en vérité, écrit le site, ce qu’on pourrait qualifier de partage de “Bukki”. Une centaine d’hommes d’affaires, artistes, sportifs etc. ont profité de la “banque des paysans”, au point de la mettre à genou. A parcourir les états de la banque, on peut bien relever que des hommes d’affaires comme Racine Sy, traînent une ardoise lourde de 5 milliards de francs Cfa, si l’on se fie aux livres de la banque. La société Tracto Services équipements Afrique (TSE) de l’homme d’affaire Cheikh Amar doit encore 4,8 milliards à la banque. La créance de Cheikh Amar, qui était beaucoup plus importante que cela, près de 20 milliards de francs Cfa nous dit-on, a été épongée jusqu’à ce niveau ; les nouvelles autorités ayant insisté pour cela. Ibrahima Wade de Socabeg fait partie des privilégiés de la banque. Dans la longue liste des créanciers de la CNCAS, on retrouve EDK Oil qui traîne une ardoise de près d’un milliard de francs Cfa. Suite à milliards, la société Agrophytex “spécialisée dans trois secteurs d’activités qui sont les semences grandes cultures, semences maraîchères et compléments nutritionnels”, a bénéficié de la machine à sous à coups de milliards. Ce qui est inquiétant, c’est que le profil financier des bénéficiaires n’est pas mis en avant. Un lutteur comme Mohamed Ndao Tyson a bénéficié des largesses de la banque de même que Thione Seck. Mais les politiciens se sont servis mieux que tout le monde, surtout au moment où le programme agricole dénommé Goana a été lancé. Serigne Mbacké Ndiaye a profité de son poste de Président du conseil d’administration de la banque pour bénéficier des avantages offerts par la banque.
Un système verrouillé par la Direction générale
En vérité, c’est la quasi-totalité des membres du conseil d’administration qui se sont servis en usant et abusant de leur pouvoir, nous dit-on de sources concordantes. Ce qui aurait permis au Directeur général de manipuler la plupart d’entre eux. Pire, dans le cadre des manoeuvres mises en oeuvre pour que la lumière jaillisse, chaque fois qu’un auditeur pointait son petit nez pour fouiller dans les affaires de la CNCAS, il est récupéré, dompté à coups de marchés de gré à gré et… casé dans la banque. Les cabinets Mazars, Gaye et Associés en ont fait la bien “succulente” expérience. C’est ainsi que le Contrôle interne a été…contrôlé par le Dg ainsi que plusieurs autres postesclefs, comme la fameuse Direction de la Conformité. Parmi les centres stratégiques de décision qui étaient sous le contrôle de la direction, on cite aussi le très stratégique Directeur de l’Informatique où l’écriture est centralisée. Le rôle néfaste joué par le Directeur financier est aussi largement commenté. La situation était devenue tellement tendue que les syndicalistes qui ont sans doute précipité le départ de Daffé, étaient montés au créneau, lors de la fête du 1er mai, avec un texte au vitriol. Le Sénégal est-il donc un pays d’impunité où chacun peut se servir comme il veut sans être inquiété ? Lire la suite dans lignedirecte.sn…
BATHIE SÉRAS ET AMINA
Au rythme où avance le dossier Bathie Séras et Aminata Thiam dite Amina Nguirane, l’on peut affirmer sans risque de se tromper que le juge du 2ème cabinet d’instruction va bientôt boucler l’instruction. En fait, après l’audition au fond des deux inculpés le 29 avril passé, le juge Samba Sall procède aujourd’hui à leur confrontation, d’après nos sources. Bathie Séras et la coordinatrice du mouvement Karim Horizon 2017 ont été placés sous mandat de dépôt depuis le 20 mars dernier. Ils sont inculpés pour atteinte à la sûreté de l’Etat. La jeune libérale qui est étudiante est accusée d’avoir embauché le lutteur qui à son tour devait recruter des nervis chargés de faire des casses après le verdict du procès de Karim Wade. Des accusations que les deux inculpés nient depuis leur arrestation par la Division des investigations criminelles (DIC). Selon le lutteur, Amina Nguirane lui a offert la somme de 25 000 francs en tant qu’ami et c’était pour le dépanner tout simplement.
BOUBACAR BORIS DIOP
L’envoi de 2 100 soldats sénégalais au Yémen est sujet de débats depuis quelques jours. Des hommes politiques, des acteurs de la société civile ou de simples citoyens sénégalais ont émis des réserves sur cette décision du Président Sall. C’est aujourd’hui au tour de l’écrivain Boubacar Boris Diop d’entrer en jeu. Sur son mur facebook, l’auteur de “doomi golo” écrit : “Le même gouvernement qui, silencieux sur l’éventuel sort de nos compatriotes en Méditerranée et en Afrique du Sud, est sur le point d’envoyer 2100 de nos soldats servir de chair à canon sur les lointaines terres d’Arabie. Presque personne n’est d’accord avec la présence de troupes sénégalaises au Yémen”. Et même si l’envoi est officiel avec le passage du ministre des Affaires Etrangères à l’Assemblée nationale, l’écrivain reste quand même incrédule. Car, écrit-il, “si cela venait à se faire, ce serait particulièrement dommageable pour notre amour-propre. Ce serait surtout la décision la plus mystérieuse et la plus folle jamais prise dans ce pays et elle ne tarderait pas à faire oublier les erreurs, crimes et errements des trois devanciers de Macky Sall au palais présidentiel”.
CRISE SCOLAIRE
Faisant hier, à Genève, une communication portant sur “les défis pour l’Afrique dans le système commercial mondial”, M Bassirou Sène a profité de la tribune pour jeter des piques dans le jardin des syndicats d’enseignants. En effet, le Représentant permanent de la mission permanente du Sénégal à Genève qui s’exprimait à la conférence de l’organisation mondiale pour le commerce, estime que dans une négociation, “si vous dévoilez vosvoeux sans rien offrir et campez sur vos positions, cela conduira forcément au blocage”. Selon toujours l’ambassadeur Sène, “il ne faut pas avoir la prétention d’obtenir ce que l’on veut à 100%”. Il se désole que cela soit ainsi avec le corps enseignant qui, dit-il, est “en train de mettre en danger l’année scolaire, parce que simplement ils ont un paquet de revendications et ils ont dit que tant que tous les points de leurs revendications ne sont pas satisfaits, ils ne vont pas à l’école”. Une position radicale des syndicalistes qui pousse le nouveau représentant diplomatique du Sénégal en France à marteler que “non seulement les enseignants ne respectent pas leur engagement et leur serment, mais ils ne respectent pas non plus les enfants pour lesquels ils sont en train de travailler”.
CITÉ COMICO
En voilà une cité qui manque de tout. Il s’agit de COMICO, une zone de la commune de Yembeul Nord qui polarise en son sein plus de 2 600 familles et toutes des militaires. Dans cette localité de la banlieue dakaroise, rien ne marche : l’éclairage public fait défaut, les agresseurs et voleurs y font leurs lois, il y a une absence totale d’infrastructures sociales de base. A cela s’ajoutent l’enclavement, le manque criard d’infrastructures routières, l’eau du robinet ne coule que la nuit, sans compter l’inaccessibilité à cette zone. “L’un de nos plus grands problèmes dans cette zone, c’est le manque criard d’infrastructures sanitaires. Nous avons une place pour y construire un district sanitaire, mais nous n’avons personne pour le faire. On n’a plus l’accès pour entrer dans la seule structure sanitaire nichée dans le camp car les portes nous ont été fermées et on est obligé de faire le grand tour. Nous demandons au gouvernement de nous aider dans ce sens car les trois quarts de la commune de Yeumbeul Nord se trouvent dans cette localité”, a soutenu hier Mor Tall le délégué de quartier de la cité COMICO.