ALIOU, TEL KARIM WADE
Comme Karim Wade, Aliou Sall a vite oublié que s’il a pu atteindre certaines stations politiques et économiques dans ce pays, c’est d’abord, au-delà de ses mérites propres, à sa filiation qu’il le doit

Le maire de Guédiawaye, Aliou Sall, a finalement annoncé hier, sa démission de son poste de directeur général de la Caisse des dé pôts et consignations (Cdc). Ayant convoqué la presse hier après-midi à la mairie de Gué - diawaye pour une déclaration politique, Aliou Sall n’a pu accéder à ses locaux, car certains de ses «partisans» lui avaient barré la route. Ces derniers ne voulaient pas qu’il annonce sa démission de ses fonctions. Finalement, c’est par voie épistolaire et le biais d’images postées sur le site de dakaractu.sn que le maire de Guédiawaye annoncera sa démission de ses fonctions de directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (Cdc).Il y a quelque temps, après l’annonce du journal Le Quotidien, ses affidés et lui étaient montés au créneau pour affirmer de toutes leurs forces que jamais M. Sall ne quittera ce poste, parce qu’il n’avait rien à se reprocher. Comme Le Quotidien l’avait annoncé, Aliou Sall garde ses fonctions à la tête de la mairie de Guédiawaye.
Au-delà du côté comique et ridicule du vaudeville que ses amis et lui ont joué hier après midi, une seule chose émerge pour l’opinion nationale : Aliou Sall a fini par quitter ses fonctions à la tête de la Caisse des dépôts et consignations (Cdc). Puisque, depuis qu’il avait annoncé dans son n° 4888 du week-end du 8 juin qu’il allait être limogé desdites fonctions, le frère du président Macky Sall avait classé Le Quotidien parmi ceux qui le combattraient et semblé vouloir faire un point d’honneur, pour ses partisans et lui, de ne pas partir. Certains avaient même pensé qu’il s’agissait de faire mentir Le Quotidien. Il avait même eu l’audace de déclarer qu’il allait renoncer à ses fonctions au mois de septembre. Qu’est-ce qui a changé pour qu’il parte plus tôt ?
Nous avions publié une information que nous avions recueillie à très bonne source, mais dont l’évolution et la mise en œuvre ne dépendait pas de nous. Que Monsieur Sall décidât de prolonger une crise politique qu’il aurait pu éviter au régime de son frère et que ce dernier, par faiblesse, le laisse faire, ne porte aucun préjudice au journal Le Quotidien. Au contraire, cela ne faisait que mettre à nu les tares de ce pouvoir.
La lettre ouverte qu’il a publiée hier, pour ne pas l’avoir pu lire lors de son point de presse convoqué à Guédiawaye, démontre à quel point Aliou Sall se croit au centre du Sénégal. Le parallèle a été fait depuis longtemps, et lui ne fait que l’accentuer, hélas ! Toute son attitude dans cette affaire a fait penser à Karim Wade, au plus fort de la puissance de son père. Dans une missive adressée aux Sénégalais, le fils du Président Wade, accessoirement Super-ministre de son père, se plaignait de n’être pas aimé des Sénégalais. C’est quasiment les mêmes termes qu’utilise Aliou Sall quand il dit : «C’est une campagne visant à me ‘’déshumaniser’’ (le mot n’est pas trop fort), parce que c’est de cela qu’il s’agit, une campagne qui présente l’autre (toujours moi) comme le méchant face aux bons, celui qui s’abreuve du sang et de la sueur du Peuple sénégalais, le personnage sans foi ni loi qui nargue un Peuple exsangue.» Son «jumeau» Karim, lui, disait : «Jamais dans l’histoire du Sénégal, un homme public n’a reçu autant de coups, de propos diffamatoires et outrageants. Systématiquement, je suis l’objet de graves accusations, de profondes détestations, d’attaques hallucinantes…»
Comme Karim Wade, Aliou Sall a vite oublié que s’il a pu atteindre certaines stations politiques et économiques dans ce pays, c’est d’abord, au-delà de ses mérites propres, à sa filiation qu’il le doit. Et tous ceux qui disent le soutenir le font d’abord pour se faire bien voir de son frère le président, au-delà d’autres considérations. Même si beaucoup de points sont sujets à caution dans cette enquête de la Bbc, elle lui reproche tout de même de s’être arrangé pour encaisser, sur le dos du peuple, une partie des 6 000 milliards de francs Cfa de royalties. Beaucoup se sont révoltés de ce que, pour une somme près de 20 fois moindre, l’ancien maire de Dakar, Khalifa Ababacar Sall, a été dépouillé de son mandat et croupit en prison. Là où Karim Wade également est passé pour avoir détourné des sommes moins colossales.
En ne voulant y voir que des attaques politiques, Aliou Sall a fait de cette affaire un débat politique sénégalo-sénégalais. La lecture du mémorandum du gouvernement au ministère des Affaires étrangères lui a décerné une dimension internationale. C’est dire donc que son départ de la Cdc intervient quelque peu tardivement et risque de ne pas éteindre les flammes. S’il se confirme que le porte-parole du chef de l’Etat, M. El Hadj Kassé, a aussi été limogé, ce double départ passera plus comme une opération destinée à en finir avec la cacophonie dans la communication officielle de cette affaire. El Hadj Kassé a, entre autres, affirmé que Aliou Sall avait encaissé 250 mille dollars de Petro Tim à travers Agritrans. Ce que l’intéressé persiste à nier. De quelque côté que se situe la vérité, il faudra bien la débusquer et l’établir.
Ce sera le rôle de la justice et il faudra que le procureur prenne sa mission au sérieux, car il ne s’agit pas que de l’honneur et la réputation de Aliou Sall. Il s’agira aussi de démontrer que, comme le président Macky Sall et ses fidèles persistent à dire, il a été éliminé toute part d’ombre dans la gestion de nos ressources du sol et du sous-sol, même maritime.