LES AVICULTEURS SENEGALAIS DISENT NIET
PROJET AVICOLE RUSSE DE 80 MILLIARDS DE CFA
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Leur bataille contre l’importation de cuisses de poulets américains par le Sénégal leur avait donné satisfaction. Aujourd’hui, les professionnels du secteur avicole semblent se tourner à nouveau vers un autre projet qui ne les rassure pas. En effet, le projet de domaine de l’aviculture annoncé à Fatick, avec un investissement russe portant sur 80 milliards de francs Cfa, n’est pas du tout à leur goût.
Le président de l’Interprofession avicole du Sénégal (Ipas) est monté au créneau pour condamner ce projet. «Personnellement, je ne suis pas d’accord pour cet investissement. Je ne suis pas pour qu’on fasse venir des gens de l’étranger plutôt que de dire aux investisseurs locaux allez-y, investissez!», a fait savoir Babacar Ngom.
De son avis, c’est tout un secteur qui est menacé. «Qu’est-ce qu’on va faire quand quelqu’un viendra avec 80 milliards de francs Cfa prendre tout le marché ? On perdra 30 000 emplois en sus des possibilités et des potentialités dont ce secteur regorge, a martelé M. Ngom. Ce dernier, par ailleurs, Président directeur général de la Sédima, trouve impertinente la venue des Russes dans le secteur.
Babacar Ngom de dire : «Je pense qu’il y a des secteurs sur lesquels les Sénégalais sont bons. Il ne faut pas que des gens viennent de l’étranger pour les bousculer sur des choses qui sont assez à notre portée». Il invite l’Etat sénégalais à revoir sa copie dans le but de protéger le secteur privé national. «Notre souhait est de développer la filière agricole. Mais nous souhaitons que ce développement se fasse d’abord par les Sénégalais», a-t-il préconisé.
M. Ngom s’exprimait en marge de la cérémonie d’installation du bureau de l’Ipas dont il a d’ailleurs été nommé à la tête. Devant la ministre de l’Elevage et de la production animale, Aminata Mbengue Ndiaye, Babacar Ngom s’est fixé comme objectif de «mettre tous les métiers de l’aviculture ensemble pour réfléchir et travailler dans l’ambition de mettre à la disposition des populations des poulets de qualité et à moindre prix». Car, selon lui, «la filière avicole sénégalaise, à l’instar de celle des pays de la Cedeao, est l’une des filières agroalimentaires les plus porteuses d’espoir pour réduire la pauvreté et augmenter la croissance économique».
L’aviculture sénégalaise contribue au Pib de l’Elevage à hauteur de 17%, son chiffre d’affaires global a été estimé à près de 130 milliards de francs Cfa en 2011. Le secteur génère plus de 30 000 emplois directs et indirects et à en croire le président de l’Ipas, l’investissement de cette activité est de plus de 120 milliards de francs Cfa.