FARBA NGOM ÉCROUÉ POUR BLANCHIMENT ET ESCROQUERIE
Les avocats s'insurgent particulièrement contre l'imprécision des accusations, estimant que leur client est incarcéré sans connaître véritablement les faits qui lui sont reprochés.
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(SenePlus) - Le député d'opposition Farba Ngom, figure politique influente et fidèle allié de l'ex-président, a été placé sous mandat de dépôt jeudi à Dakar pour des accusations graves de "blanchiment, escroquerie sur les deniers publics et association de malfaiteurs".
D'après les informations communiquées à l'AFP par son avocat Me Doudou Ndoye, Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom, également maire, a comparu devant un juge du pool judiciaire financier (PJF), un organe spécialisé dans la lutte contre la corruption. À l'issue de cette audition, le magistrat a décidé de son placement en détention.
Cette décision a provoqué l'indignation de sa défense. Me Ndoye s'est dit "scandalisé par la procédure qui ne correspond à aucune des règles du droit sénégalais", comme il l'a déclaré à l'AFP. L'avocat a particulièrement dénoncé l'opacité entourant les accusations précises : "L'accusateur ne dit rien de ce qu'il a fait. On le met en prison en attendant de savoir ce qu'il a fait", a-t-il fustigé.
La procédure judiciaire contre Farba Ngom a été initiée en janvier dernier. L'Assemblée nationale, saisie par le PJF, avait levé son immunité parlementaire le 24 janvier afin qu'il puisse être entendu par la justice. Cette demande était motivée par des soupçons d'irrégularités financières.
Le parquet du PJF avait indiqué avoir reçu des rapports accablants de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif), un organe dépendant du ministère des Finances. Ces documents avaient ensuite été transmis à l'institution parlementaire, actuellement dominée par le nouveau pouvoir, qui a procédé à la levée de l'immunité du député, connu pour être un homme de confiance de l'ancien président Macky Sall qui a dirigé le pays de 2012 à 2024.
Dans un communiqué publié le 12 janvier, le parquet du PJF avait révélé l'ampleur des soupçons : "Les investigations menées révèlent des mécanismes sophistiqués de blanchiment de capitaux par le biais de sociétés écrans qui auraient été utilisées pour des transactions suspectes d'une valeur estimée provisoirement à plus de 125 milliards de francs CFA" (plus de 192 millions d'euros). D'après la presse locale, plusieurs autres personnalités proches de l'ancien régime seraient également impliquées dans cette affaire.
L'arrestation de Farba Ngom a provoqué des remous parmi ses partisans. L'AFP rapporte que des dizaines de ses soutiens qui manifestaient jeudi aux abords du siège du PJF, face à l'Université de Dakar, ont été dispersés par la police, comme l'a constaté un photographe de l'agence sur place.
Depuis plusieurs semaines, l'entourage du député dénonce ce qu'il considère comme une "commande politique" exécutée par la justice. Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de rupture revendiquée par les nouvelles autorités avec l'ancien système politique.