365 JOURS D’AFFAISSEMENT DU SÉNÉGAL
Dans un embrouillamini incompatible avec le silence et la sobriété qu’exige le travail, Pastef a célébré ses 365 jours aux commandes de ce rafiot qu’est le Sénégal légué par Macky Sall et sa bande de faussaires

L’accession du parti Pastef au pouvoir est une victoire de la démocratie sénégalaise et de ses institutions républicaines. Ce parti frondeur, faut-il le rappeler, a choisi la voie insurrectionnelle pour conquérir le pouvoir politique. Appels à l’insurrection, bravades envers les institutions de la République, menaces et insultes du soudard, populisme… ont rythmé notre quotidien plusieurs années durant. Mais le Sénégal est ce grand pays africain -ou en Afrique- dont la maturité démocratique a fait que le vote est l’unique moyen d’accéder au pouvoir. Au soir du 24 mars 2024, 54% de nos concitoyens, armés de leur carte d’électeur, et horripilés par les exactions du tyran Macky Sall, ont donc décidé de confier les rênes du pays au tandem Diomaye-Sonko. Les grandes promesses électorales, qui ont fait imaginer un Sénégal où coulent du lait et du miel, tardent à se concrétiser ou à donner de bons signaux. Mais la majorité, prête à tout pour défendre son «Projet», patiente. Les 46%, eux, s’enorgueillissent d’avoir vu juste, ricanent…
Dans un embrouillamini incompatible avec le silence et la sobriété qu’exige le travail, Pastef a célébré ses 365 jours aux commandes de ce rafiot qu’est le Sénégal légué par Macky Sall et sa bande de faussaires. Comme un mandat passe vite ! Il a juste fallu quelques actes et incartades pour que leur incompétence et leur immaturité sociale soient exposées sur la place publique. Le doute n’est plus permis : notre navire est cornaqué par de piètres timoniers -ces deux amis dont l’amitié se fortifie chaque seconde.
Le président de la République Bassirou Diomaye Faye semble inaugurer les chrysanthèmes. Il n’a visiblement pas les coudées franches pour diriger ce pays. Catapulté incidemment à la Magistrature suprême grâce au choix de son mentor, et détenteur du pouvoir de nommer à tous les emplois civils et militaires, ses nominations sont publiquement contestées par des gens qu’il a luimême nommés. L’autorité du chef en a pris une fameuse raclée. Des directeurs généraux, harangués par le Premier ministre, ont dirigé la rébellion contre lui sans être matraqués par des décrets les défenestrant illico presto. La campagne électorale pour les Législatives, qui ont été grandement remportées par Pastef, a été le théâtre d’actes saugrenus visant à torpiller le pouvoir du président de la République. L’on se souvient des déclarations ubuesques de son Premier ministre à son encontre. Les illustrations sont légion. Et une seule vérité éclate au grand jour : le Président Diomaye est en manque d’autorité. Il n’a pas un «sol plus ferme sous ses pieds» (pour reprendre l’expression de l’écrivain Boubacar Boris Diop) afin de mieux se parer des atours de chef de l’Etat.
Sur le plan économique, le pays agonise. Tout est à l’arrêt. C’est le Premier ministre Ousmane Sonko qui, devant le monde entier, a accusé son Administration de vulgaires faussaires qui passent leur journée à maquiller des chiffres. Les conséquences économiques de cette accusation -qui est une discussion sur le sexe des anges- ont été dramatiques pour le pays. A cela s’ajoute le discours effarouchant du chef du gouvernement, qui menace tout ce qui gesticule. La confiance, fondement de l’économie, en a pris une bonne flagellation. Les hommes d’affaires, pour des règlements de comptes, sont traqués et jetés en prison. C’est le misérabilisme : ce régime cherche non pas à multiplier les riches, mais il ambitionne d’appauvrir beaucoup plus de Sénégalais. Dans ce climat économique marqué par l’arbitraire, les investisseurs préfèrent se terrer, car, dans ce pays, toute réussite est devenue suspecte. Tous les nantis sont des voleurs, des corrompus, des menaces pour le pouvoir...
Dans ces colonnes, Hamidou Anne, qui est très légitime pour parler de diplomatie, a souligné la manière dramatique dont notre appareil diplomatique est en train de s’effondrer. Au bout d’un an, le leadership sénégalais, surtout en Afrique, est en train d’être supplanté par d’autres pays. Avec tout l’arsenal de diplomates rompus à la tâche que nous avons, notre force diplomatique s’affaisse en raison des lubies du tandem Diomaye-Sonko. On a l’impression que ces gens-là, à cause de leurs discours infantiles d’hier, ne sont pas suffisamment en contact avec les flux financiers, culturels, économiques, politiques… de notre monde. Leur souverainisme forcené risque de ruiner tout le prestige de ce grand pays. Dans son édition en date du lundi 24 mars 2025 intitulée «Diplomatie sénégalaise : d’un leadership affirmé à un recul perceptible», le journal Sud Quotidien écrit : «Malgré cet héritage prestigieux [les grands succès de la diplomatie sénégalaise], plusieurs observateurs constatent un recul de l’influence sénégalaise sur la scène diplomatique. Aujourd’hui, peu de Sénégalais occupent des postes clés dans les grandes institutions internationales. Le pays semble moins actif dans les initiatives de médiation diplomatique, un domaine où il était autrefois incontournable, notamment dans la résolution des conflits en Afrique de l’Ouest.»
Avec l’élection du président Bassirou Diomaye Faye (candidat sans grande envergure au parcours riquiqui), les Sénégalais ont préféré tenter l’aventure. Sauf que celle-ci, pour le moment, tourne au cauchemar. En 365 jours aux affaires, le pays est devenu prosaïque, avec une économie d’une atonie dramatique. Cette situation de morosité économique ne peut pas continuer. Il faut que le Premier ministre, enfin ramené à la raison, change de discours, pour que la confiance revienne dans l’environnement économique. Ce fameux «pacte de stabilité sociale» est juste une manière de différer le problème qui, s’il n’est pas résolu à temps, risque de plonger ce pays dans un chaos inimaginable.