L’EVOLUTION DES RELATIONS PROFESSIONNELLES VERS UN AVENIR OBSCURE
Le sempiternel combat mené par le Travail contre le Capital pour la répartition juste et équitable des richesses générées par leur couple, connait beaucoup de tournures et de subterfuges depuis des siècles.

Le sempiternel combat mené par le Travail contre le Capital pour la répartition juste et équitable des richesses générées par leur couple, connait beaucoup de tournures et de subterfuges depuis des siècles. De l’esclavage au salariat en passant par le travail forcé, le Capital ne démord jamais, il plie mais ne rompt pas, il change de fusil d’épaule, recule pour mieux sauter, trouve de nouveaux subterfuges et devient de plus en plus virulent.
En effet, il en a toujours été ainsi depuis les premières révolutions industrielles qui ont vu le jour avec la découverte de la machine à vapeur au XVIII siècle, suivies vers les années 1850 par l’invention de l’électricité, et dans la même lancée : l’avènement de l’industrie chimique, l’exploitation du pétrole et du gaz. Ces deux révolutions industrielles ont eu pour corolaires immédiats, entre autres fléaux en Afrique : l’esclavage et la colonisation.
L’esclavage, déportation massive de main d’œuvre servile, n’a eu d’autre mobile qu’accélérer le développement de l’industrie en expansion sur toute l’Europe, les Amériques et aux Caraïbes.
La colonisation quant à elle, action de prendre possession d’un territoire étranger dans le but d’en exploiter les ressources, n’est rien d’autre qu’une adaptation du Capital pour assouvir ses besoins indécrottables de gain vampirique. La colonisation des pays africains, en particulier ceux à fort potentiel de ressources est l’occasion pour les pays industrialisés d’accéder quasi gracieusement aux matières premières, aux capitaux et aux marchés des pays colonisés. L’esclavage comme la colonisation, ces pires calamités que l’humanité ait vécues, partagent l’objectif cynique du Capital de s’accaparer égoïstement des richesses produites par le couple (Capital - Travail) durant les deux premières révolutions industrielles.
Déterminés plus que jamais à atteindre leurs objectifs, les capitaines d’industries ont littéralement changé de méthodes durant la troisième révolution industrielle dite mondialisation, mais particulièrement durant la quatrième du genre, celle de nos jours, dénommée révolution 4.0 (quatre point zéro) connue aussi sous les noms de révolution digitale, virtuelle ou numérique.
Durant cette dernière, le Capital a troqué l’emploi de la force (esclavage et colonisation) à l’investissement intelligent dans l’innovation technologique guidée vers ses objectifs immuables, à savoir l’anéantissement de la force humaine de Travail, à défaut d’en disposer gracieusement. L’idéal pour l’humanité aurait été d’encourager le progrès technique orienté vers le progrès social
Les premières conséquences de la révolution digitale sont révélatrices du péril certain, si l’on n’y prend garde, de l’avenir du travail, la force humaine de travail étant de plus en plus robotisée, remplacée par des machines. Au même moment, on assiste à la mise à mort par injection létale du mouvement syndical.
En quoi faisant ? Jadis, pour construire un building de dix, vingt étages, il fallait au moins une centaine d’ouvriers et de manœuvres en plus d’une dizaine de spécialités en BTP. A présent, il suffit de trois à quatre ouvriers pour simplement manipuler des robots qui font tout le travail de construction de toute sorte en BTP. Ce, en un temps record. Tout le reliquat de la main d’œuvre humaine disparait.
Sur le plan de la finance, les banques et établissements financiers sont de plus en plus délocalisés dans nos smartphones. L’employé préposé aux décaissements et aux encaissements (transferts d’argent) n’a ni contrat de travail, ni salaire. L’opérateur qu’il représente lui rétrocède, à sa discrétion, un taux minimal sur les opérations effectuées journellement. Il n’a aucune possibilité de négocier ce taux, et ne veut prendre le risque de bouder ce poste tant convoité par des centaines voire des milliers de jeunes chômeurs. Dans le domaine de l’éducation, même scénario : l’intelligence au lieu d’être la production de professionnels enseignants férus, est en voie d’être artificialisée pour remplacer, à terme tout le système éducatif actuel et son personnel avec.
Au niveau du commerce, la digitalisation a franchi un grand pas. Nous n’en voulons pour preuve que les supermarchés, installés un peu partout à Dakar et dans toutes les villes du pays. Grouillant de monde d’antan, ils sont aujourd’hui réduits à une poignée d’employés et rattachés à de nombreux «tiak tiak» livreurs. Les clients restent chez eux, passent leurs commandes en ligne ou au téléphone et se font livrer par motos ( tiak tiak, au Sénégal), véhicules ou camions, selon la nature de la marchandise commandée
La réduction du personnel, et le télétravail, labels de la révolution industrielle 4.0, sont les armes fatales utilisées par la puissance financière, pour liquider inéluctablement le travail humain et le mouvement revendicatif, syndical en particulier. Comment en serait-Il autrement ? Le lieu de travail qui a toujours été et demeure le fondement et le ciment du mouvement syndical est en train d’être phagocyté par le télétravail. On sera ainsi des centaines, voire des milliers de travailleurs et collègues qui ne se connaissent pas, qui ne se voient jamais. Comment mener le syndicalisme et élaborer des plateformes revendicatives dans ce contexte ? Comment organiser une mobilisation de masse, déterminante pour l’acquisition de concessions du Capital ?
En attendant l’effet finale de la dose létale injectée à la force humaine du Travail, par la puissance de la finance, le Capital livre son dernier face à face avec le Travail. Pour se faire, il use de pas mal de subterfuges visant à endormir son vis-à-vis afin de s’épargner du soubresaut de riposte de celui-ci.
La stratégie conçue et mise en œuvre, consiste à réformer sournoisement les concepts de gestion de la force du Travail pour mieux nous (force du travail) endormir.
Après l’abolition de l’esclavage et du travail forcé, suivie de la décolonisation, le Capital passe au salariat. Au début de cette nouvelle phase, les formes d’organisation pour la gestion de la force du travail étaient dévolues à un « chef », appelé chef du personnel. Au fil du temps, le concept devient de plus en plus galvaudé et revêtfinalement une connotation qui suscite la bravade
Pour contourner cette situation embarrassante, afin de mieux anesthésier la force du Travail, les capitaines d’industries changent de concept et substituent au chef de personnel le Directeur des Ressources Humaines. Directeur pour plus de valeur, Ressources humaines pour nous (force du travail) faire croire d’être élevés au rang des ressources si chères au Capital.
Cette stratégie d’endormissement ne s’arrêtant pas en si bon chemin, avant de soupçonner que les conséquences désastreuses de l’évolution technologique (telle que conçue par la puissance de la finance) peuvent mettre en péril l’avenir du Travail, le Capital trouve une nouvelle astuce, le Directeur des Ressources Humaines devient alors Directeur du Capital Humain. C’est, selon eux, le top, comme pour nous dire : vous (Travail) êtes enfin au même niveau et avez la même valeur que nous (Capital).
Aujourd’hui, la phase pointue de l’infinie confrontation Capital / Travail, dépasse largement les deux antagonistes et met en lice d’autres acteurs représentants subtiles de chacun des deux camps.
Nous pouvons citer par exemples les partis politiques qui sont les terrains d’application des idéologies engendrées par cette lutte dont les deux pionnières mais aussi les principales sont le Capitalisme et le Socialisme : le capitalisme mu par l’accaparement des richesses produites par le fameux couple Capital/Travail, d’une part, de l’autre le Socialisme s’escrimant pour le partage juste et équitable de ces mêmes richesses.
Naturellement, les partis d’obédience respective, prolongent la confrontation dans un autre contexte pour la conquête du pouvoir politique, afin de défendre et de préserver leur camp une fois aux affaires.
Dans les mêmes conditions, d’autres étapes de cette bataille ont eu à impliquer l’élite intellectuelle engagée. On se rappelle la création de la première internationale ouvrière à Londres le 28 septembre 1868 avec l’encadrement de Karl Marx, auteur du manifeste de la première internationale ouvrière. L’objectif de ce parti politique créé par l’élite intellectuelle engagée, fut d’accompagner les luttes ouvrières à travers le monde, partout où le Capital sévit.
De même, lors de la deuxième révolution industrielle, animée des mêmes buts, cette autre élite intellectuelle, représentée notamment par les socialistes Jules Geste, Jean Jaurès, Léon Bloum, met sur pied la Section Française de Internationale Ouvrière (SFIO) avec l’appui déterminant de Friedrich Engels, venu de son Allemagne natale.
L’élite intellectuelle engagée n’a jamais été en reste, quand il s’est agi d’accompagner les luttes des masses laborieuses pour le progrès social. Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine qui a suscité et accompagné la révolution bolchévique aux cotés des masses ouvrières paysannes en est un modèle patent
A l’ère actuelle de la révolution 4.0, le niveau d’exacerbation du combat qui oppose le Capital au Travail est tel que son impact immédiat c’est une forte menace sur l’avenir du travail. Mieux, c’est la survie de l’humanité tout entière qui est en cause en ce moment. Aujourd’hui plus que jamais, il s’avère impérieux que la gouvernance de l’humanité trouve les dispositions idoines pour imposer un nouveau contrat social prenant en charge, entre autres exigences, la redistribution juste et équitable des richesses produites par les robots qui n’ont, aucun besoin vital et ne posent aucune revendication, qui plus est, exécutent à merveille les programmes prédéfinis.
L’atteinte des objectifs de ce nouveau contrat social conditionne la survie de l’espèce humaine et même animale. Au-delà du mouvement syndical et de l’ensemble du mouvement revendicatif organisé dans des cadres appropriés, l’implication, comme par le passé, de tous les militants du progrès social de quelque bord où ils se situent, est un impératif pour intégrer dans la gouvernance de l’humanité ce nouveau contrat social qui place l’homme au centre des préoccupations.
Sans cette union sacrée, inclusive, aucune autre alternative n’est possible pour éviter à l’humanité une fin du monde anticipée. J’ose croire que cette imminente et ultime catastrophe nous sera épargnée par miracle ou par l’éveil d’une conscience collective bien organisée.
Je ne saurais terminer ma contribution sur un sujet aussi préoccupant que les dérives et menaces que le système économique mondial fait peser sur l’humanité, sans faire appel aux positions de Joseph Stiglitz, le dernier des Mohicans de l’élite intellectuelle engagée. Il fut prix Nobel d'économie, ancien conseiller de Bill Clinton. Pour justifier sa démission en novembre 1999 du poste d'économiste en chef et de vice-président de la Banque mondiale il dira :"plutôt que d'être muselé, j'ai préféré partir "Dans ses nombreux ouvrages il n’a cessé d’alerter sur les dérives et avatars du système économique et financier mondial ultralibéral.
Je ne m’en réfère ici qu’à trois de ses ouvrages, «quand le Capital perd la tête», «la grande désillusion» et «le prix de l’inégalité». Il disait ceci dans la première cité : «aujourd'hui, la mondialisation, ça ne marche pas. Ça ne marche pas pour les pauvres du monde. Ça ne marche pas pour l'environnement. Ça ne marche pas pour la stabilité de l'économie mondiale».,.
Dans son ouvrage «le prix de l’inégalité» il nous enseigne : «face à la montée des indignations dans un contexte de crise financière mondiale, pourquoi le système économique actuel ne fonctionne plus pour la grande majorité de la population, pourquoi l'inégalité s'aggrave de façon considérable et quelles en sont les conséquences. L'inégalité a un prix, elle est à la fois la cause et la conséquence de la faillite du système politique et elle alimente, au sein du système économique, une instabilité et une inefficacité qui l'aggravent à leur tour. Un véritable cercle vicieux s'instaure, qui plonge les citoyens dans l'abîme et met à mal leur confiance dans la démocratie. Cette situation résulte d'une politique qui a modelé le marché afin qu'il avantage les plus riches».
Militants du progrès social de tous bords, unissons-nous.
Cheikh DIOP
Secrétaire Général de la CNTS/FC
Email :cheikhdiopfc@yahoo.fr