NIOKHI FOON
Ton’s était tout heureux. Et même plus. Son fils, l’unique, le plus beau, était venu lui annoncer après six ans de mariage, enfin la naissance de celui qui désormais sera son petit fils et qui portera son nom.

Ton’s était tout heureux. Et même plus. Son fils, l’unique, le plus beau, était venu lui annoncer après six ans de mariage, enfin la naissance de celui qui désormais sera son petit fils et qui portera son nom.
Tons oubliant ses marakiss était parti à toute allure trouver Tata dans la cuisine pour la mettre au parfum. Tata se mit à danser le « Moulaye Tieuguine » écumoire haut levé. Elle dansait à en perdre le mouchoir de tête laissant découvrir ses gris-gris multicolores emmêlés dans ses tresses. Tata avait raison de danser, car toutes ces années-ci, elle avait fait le tour des faiseurs de miracles siphonnaient son « nafa ». Mais le résultat est là, se dit-elle.
Le jour du baptême du nouveau-né, Ton’s mit ses plus beaux atours : une chemise à plastron, un boubou palmane serti de points ajourés, son bonnet carré rouge hissé au sommet du crâne. Ton’s se dandinait, bombant le torse sous le froufrou de ses habits. Qu’il est beau Ton’s, quand il s’y met. Tata sortit ses « libidor » pour donner le change à Ton’s. Comme tous les baptêmes au mois de ramadan, la lambada se fait après le ndogou. Ton’s exigea de prier avant de manger et de se contenter de deux ou trois dattes comme mise en bouche. Il y eut des grommellements. Ton’s prit l’initiative de diriger la prière. Au premier rakka, alors que les fidèles avaient le front collé au sol, se pointa le fou du quartier, Niokhi foon, une grosse pierre en main, vociférant : « Niokhilène sen poss. Kou sigui ma doore, kou sigui woul ma door ». Et Ton’s de tirer sur le boubou de celui qui faisait office de Naïm pour lui glisser à l’oreille : « awama wéthite cotisélema ma »