LES DEUX PATRIOTES SIAMOIS REFUSENT DE SE SÉPARER
La démission de Sonko de son poste de député témoigne d'un engagement résolu dans sa fonction de Premier ministre. Ce choix stratégique vient renforcer la stabilité du duo exécutif formé avec le président Diomaye

Lors de l’installation de la 15e législature hier, Ousmane Sonko a renoncé à sa fonction de député. Le leader des Patriotes n’a pas préféré troquer son poste de Premier ministre contre celui de tout puissant Président de l’Assemblée nationale. Son ultime défi certainement, c’est de montrer à leurs détracteurs que lui et Diomaye peuvent gouverner ensemble le pays sans la moindre anicroche.
Beaucoup d’observateurs prédisent une rupture inévitable entre les deux têtes qui incarnent l’Exécutif aujourd’hui, le Président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko. Pour éviter une telle projection, certains analystes avaient même développé la thèse selon laquelle le leader de Pastef devrait s’éloigner de l’Exécutif; et se caser au perchoir le temps de la prochaine présidentielle.
Mais cette option n’agrée point l'actuel Premier ministre qui veut garder son poste pour, ditil, rester proche du chef de l’Etat Bassirou Diomaye Faye qui a besoin de lui. Il considère cela d’ailleurs comme une charge à laquelle il ne peut pas se dérober. Ce choix peut également être perçu comme un défi à tous ceux spéculent en disant que le duo Sonko-Diomaye ne va pas tenir et qu’il subira le sort de Senghor et Dia ou de Wade et Macky.
Force est de constater que si Ousmane Sonko avait décidé d’aller à l’Assemblée nationale, il allait laisser Bassirou Diomaye Faye orphelin au sein d’un Exécutif où les défis sont immenses. A coup sûr, l’éloignement de Sonko de l’administration risquerait de déteindre sur la bonne exécution du Projet vendu aux Sénégalais et matérialisé aujourd’hui par la vision Sénégal 2050. Il faut dire que les deux hommes sont complices et ont tellement l’habitude de travailler ensemble qu’il leur serait difficile de se faire face en tant que pouvoir, l’un occupant l’Exécutif, l’autre le Législatif.
En gardant son poste de chef de gouvernement, Sonko montre encore une fois qu’il tient au Projet Pastef et qu’il se positionne en garde-fou. Mieux, il continuera d’être au cœur de la réflexion et de la prise de décision des changements qui seront apportés durant leur gouvernance.
Sonko ne veut pas créer la moindre distance entre lui et son ex poulain et permettre ainsi à des gens de s’incruster entre eux. Il ne veut pas aussi laisser Diomaye face à un système qui n’est pas complètement anéanti et une administration jalouse de son mode de fonctionnement et de ses usages qui perpétuent les tares du système. En effet, à deux, il est plus facile de relever ce challenge. En même temps, en tant que personne désireuse de prendre les rênes du pouvoir, le leader des Patriotes pourrait ainsi observer de près les rouages de l’Etat et se préparer à la fonction présidentielle.
Diomaye et Sonko, c’est dix ans de compagnonnage en politique et une loyauté sans commune mesure partagée. Fondateurs de Pastef, les deux hommes ne se sont jamais séparés depuis la création du parti en 2014. Quand Ousmane Sonko a senti sa candidature pour la présidentielle de 2024 menacée, il a choisi Diomaye parmi tous ses hommes de confiance. Au-delà de la politique, ils ont toujours été ensemble dans tous les combats pour la justice et l’équité. La preuve, ils ont été tous les deux des syndicalistes à l’inspection des impôts et des domaines. En plus de la politique et du professionnel, leur relation est devenue fraternelle. Bassirou Diomaye Faye a même surnommé son fils Ousmane en honneur de leur amitié.