ZOOM SUR UNE TUMEUR MALIGNE, MECONNUE DU GRAND PUBLIC
Bés bi s’intéresse aux cancers des voies aérodigestives et surtout le cancer du larynx. Il est question aussi de faire entendre le cri du cœur de ces laryngectomisés et mutilés de la voix

Au Sénégal, le constat est que la communication est plus portée sur les cancers gynécologiques (cancer du col de l’utérus et du sein) et ce, au détriment des autres formes de cancers. Bés bi s’intéresse aux cancers des voies aérodigestives et surtout le cancer du larynx. Il est question aussi de faire entendre le cri du cœur de ces laryngectomisés et mutilés de la voix, qui, sans, laryngophone (type de microphone conçu pour être placé sur la gorge), ne peuvent pas parler ou émettre le moindre son.
Le cancer du larynx fait partie des cancers des voies aérodigestives supérieures qui sont fréquents. Et pourtant, on en parle rarement. Au Sénégal, la communication est plus portée sur les cancers gynécologiques (cancer du col de l’utérus et du sein). Une tendance que les membres de l’Association sénégalaise des laryngectomisés et mutilés de la voix qui sont au nombre de 200, rien que pour la région de Dakar, veulent inverser, avec l’appui du personnel médical du service Orl de l’hôpital Fann. Dans ce service, le hall est souvent bondé de malades, attendant patiemment leur tour pour une consultation auprès des spécialistes en Orl (Otorhino-laryngologue) qui prennent en charge les affections de l’oreille, du nez et du larynx. Parmi eux, figurent malheureusement des patients qui souffrent du cancer du larynx. Une maladie dont l’un des tout premiers symptômes est un enrouement qu’il serait facile de confondre avec un simple rhume ou une extinction de voix. Mais lorsque cet enrouement est lié à un cancer, il subsiste plusieurs semaines et ne s’améliore pas. Il faut noter que le cancer du larynx s’accompagne d’autres symptômes tels que des douleurs et des difficultés à la déglutition, l’apparition d’une grosseur au niveau du cou et de la gorge, des difficultés à émettre des sons ou à respirer. Il faut néanmoins noter que ces symptômes ne sont pas toujours liés à un cancer du larynx, mais ils doivent retenir l’attention du patient qui devrait rapidement consulter un médecin afin d’obtenir un diagnostic précis. Le traitement de ce cancer, dont les deux principales causes sont le tabac et l’alcool (71% des cas), l’inhalation de substances chimiques, entre autres, passe souvent par une intervention chirurgicale qui permet d’enlever la tumeur en préservant le larynx si le cancer est détecté suffisamment tôt. Dans le cas contraire, les chirurgiens doivent souvent procéder à une laryngectomie, c’est-à-dire l’ablation du larynx. D’où le plaidoyer des médecins à vite se faire consulter dès les premiers symptômes, puisque le cancer fait partie des maladies appauvrissantes, avec des traitements très coûteux qui ne sont pas accessibles à tous les patients.
CAS PAR CAS…
Abdou Guèye, agent du ministère de la Santé «J’ai un implant au niveau de la gorge et c’est ce qui me permet de parler»
«J’ai un cancer du larynx. J’ai découvert ma maladie, il y a de cela quatre ans. Cela a commencé par se manifester par des problèmes respiratoires. Des fois je n’arrivais pas à respirer normalement et à un moment donné, j’ai commencé à perdre la voix, sans savoir exactement ce qui m’arrivait. Au début, c’était comme un genre de rhume, mais j’ai commen cé à m’inquiéter, lorsque j’ai complétement perdu la voix, on n’arrivait même plus à m’entendre lorsque je parlais. Aussi j’étais tout le temps essoufflé et même après quelques pas de marche, j’arrivais plus à respirer. Et puisque je travaille au ministère de la Santé et que j’étais en contact avec des médecins, c’est eux qui m’ont poussé à aller à l’hôpital. Lorsque j’ai appris que j’avais un cancer, je l’ai accueilli avec sérénité, car je me suis dit que c’était la volonté divine. Aujourd’hui, j’ai suivi les trois étapes du traitement qui sont l’intervention chirurgicale, la radiothérapie et la & chimiothérapie. Cela a été très difficile, mais par la grâce de Dieu, j’ai tout supporté et je gère bien ma maladie depuis lors. J’ai un implant au niveau de la gorge et c’est ce qui me permet de parler, sans cela on ne peut pas entendre ma voix. Et c’est un appareil que je dois porter à vie. Seulement, il faut signaler que la prise en charge de cette maladie est très coûteuse. Il y a des malades qui sont ruinés avec cette maladie. Certains vont jusqu’à vendre tous leurs biens pour se soigner. Moi j’ai la chance d’être dans le système de la santé, mais il y a des malades qui sont très fatigués et qui joignent difficilement les deux bouts».
Omar Dione, opérateur de cinéma «J’ai commencé par perdre complétement la voix…»
«C’est en 2008 que les premiers signes de ma maladie ont commencé à se manifester. J’étais opérateur de cinéma, mais après la privatisation des cinémas, j’ai perdu mon boulot et je me suis reconverti en agent de sécurité à Thiès. Au début, lorsque je parlais, on entendait à peine ma voix. Mes enfants ont commencé à s’inquiéter, mais je leurs disais à chaque fois que ce n’était rien de grave. C’est en fin 2009-début 2010 que j’ai commencé à sentir réellement les effets de la maladie. Mais jusque-là, je ne me suis pas inquiété pour autant. Mais en 2012, j’ai commencé à avoir des problèmes respiratoires, je n’arrivais plus à respirer correctement et il me suffisait de faire quelques minutes de marche pour que je m’essouffle. Un jour, en allant au travail, j’ai subitement perdu la mobilité de mes jambes, je ne pouvais plus marcher. Puisqu’au temps, j’étais à Thiès, le lendemain je suis venu en consultation à Dakar. On m’a très vite pris en charge, en me mettant un appareil respiratoire, après j’ai suivi mon traitement et c’est par la suite qu’on a découvert que c’était un cancer. Ce jour-là, je me rappelle, lorsqu’on ma annoncé la maladie, j’ai tout de suite demandé au médecin s’ils pouvaient guérir ma maladie. Et lorsqu’il m’a dit qu’ils allaient m’opérer, je lui ai rétorqué que cela se fasse alors maintenant. Il a pouffé de rire, et m’a dit que cela ne se passe pas comme ça et qu’il y avait tout un processus à suivre. Finalement, c’est par la suite qu’ils m’ont appelé. Cette maladie a changé ma vie, car sans mon appareil, je ne peux pas parler. Ma famille avait très mal pris cette situation, car mes enfants ne cessaient de pleurer quand on leur a annoncé que je ne pourrais plus jamais reparler. Et bizarrement, c’est moi qui les consolais. Pour le traitement, c’est trop cher et finalement j’avais même dit à mes enfants de ne plus acheter les médicaments et de tout laisser entre les mains de Dieu. Je n’avais plus rien. J’ai dépensé plus d’un million et sans mes proches et connaissances je ne m’en sortirais pas. Par contre, les médecins m’ont beaucoup aidé, certains parmi eux m’offraient des médicaments. Par chance aussi, j’ai pu bénéficier de la carte d’égalité des chances qui représentait ma lettre de garantie à chaque fois que je me rends à l’hôpital. C’est plus tard que j’ai intégré l’Association sénégalaise des laryngectomisés et mutilés de la voix dont je suis actuellement le trésorier».
Sokhna Ndiaye, accompagnante d’un malade «Mon frère est décédé après une semaine d’hospitalisation»
«Mon grand-frère est né en 1969. C’est l’aîné de notre famille. Pour dire vrai, il tombait rarement malade. Mais dernièrement, juste après la Tabaski, je l’ai senti un peu faible et tous les jours quasiment il se plaignait de maux de gorge. Au début, on pensait que c’était une simple angine, mais les choses ont commencé à empirer lorsqu’il a commencé à avoir des problèmes de respiration. Puisqu’on habite la banlieue, on l’a amené à l’hôpital Dalal jamm, et c’est à la suite de quelques examens et scanners qu’on a découvert qu’il avait le cancer de la gorge. Ce jour-là, c’est comme si le ciel nous tombait dessus. En fait, il y a trois ans de cela, ma grande sœur a eu un cancer du sein. On a dépensé beaucoup d’argent pour sa maladie qui a débouché sur une ablation de son sein. On croyait en avoir fini avec cette maladie, mais hélas. C’est donc après qu’on nous a orientés au service Orl de l’hôpital Fann. Il y a été hospitalisé pendant juste une semaine, mais son cas s’est vite aggravé. En effet, c’est lorsque les médecins l’ont amené au bloc opératoire pour une endoscopie qu’ils ont vu que le cancer c’était métastasé et a touché son cœur et son foie. L’irréparable venait de se produire. C’est deux jours après qu’il est décédé. Cela a été un choc terrible pour ma mère qui vivait seule avec lui dans la maison familiale, puisque chacun de nous était dans son foyer».