VIDEONATHALIE VAIRAC : ENTRE L'INDE ET LA GUADELOUPE, QUI SUIS-JE
L’artiste indo-guadeloupéenne Nathalie Vairac, qui porte en elle les douleurs du métissage, les horreurs de la colonisation et le racisme subtil déguisé en compliments, a décidé de faire une pause pour se raconter véritablement, sans jouer de personnage.

Le problème de l’identité se pose avec acuité dans certains couples mixtes. Lorsque, en plus de ces difficultés identitaires, un mariage interracial est mal accepté et combiné aux séquelles de la colonisation, cela peut engendrer des conséquences profondes, notamment chez les enfants. C’est ce qu’a vécu la comédienne indo-guadeloupéenne Nathalie Vairac. Elle a souffert des héritages familiaux complexes qu’elle porte et a choisi de les traduire dans une exposition organisée dans le cadre des OFF du Dak’Art 2024.
Nathalie est née d’un père noir guadeloupéen et d’une mère indienne. Cette union a été très mal perçue du côté maternel. Sa mère a osé braver les conventions en épousant une personne non seulement hors de sa caste, mais aussi hors de son pays et de sa « race ». Ce mariage a été difficilement accepté.
Cependant, bien avant cela, au XIXe siècle, les ancêtres maternels de Nathalie, plusieurs générations en arrière, ont dû officiellement renoncer à leur identité indienne pour devenir Français. Ce changement a été marqué par l’adoption de nouveaux noms, effaçant ainsi une partie de leur héritage culturel.
Bien que cette histoire semble lointaine, elle a profondément marqué Nathalie Vairac, qui a longtemps subi les répercussions identitaires de cet héritage. Ces blessures sont une conséquence directe de la colonisation, accompagnée de son lot de mensonges, de promotion de l’assimilation et de manipulation. On inculquait alors l’idée qu’être Français permettait d’atteindre un certain niveau de vie et de respectabilité — une grande illusion.
Métisse indo-guadeloupéenne née en France, Nathalie n’était pas assez noire pour être perçue comme telle. En même temps, ses traits physiques ne correspondaient pas suffisamment à ceux de sa mère pour qu’on la considère comme indienne.
Nathalie Vairac a dû affronter ces violences identitaires et entreprendre un travail sur elle-même. Si son métier de comédienne de théâtre l’a aidée à cicatriser certaines blessures, elle a ressenti le besoin de faire une pause pour raconter sa propre histoire, sans jouer de rôle comme le requiert sa profession. Son retour en Afrique, amorcé il y a 14 ans, lui a également permis de se reconnecter à elle-même. Aujourd’hui, Nathalie expose son travail dans le cadre des OFF du Dak’Art 2024, au sein d’un espace de Raw Material, situé au Point E.