LE M23, UN COLOSSE AUX PIEDS D’ARGILE
BILAN FIANCIER CALAMITEUX

Devrait-on exiger de Mamadou Mbodji et de son équipe du mouvement des forces vives du 23 Juin (m23) la publication des comptes ? d’après le rapport financier présenté à l’assemblée générale ordinaire du m23 qui s’est tenue samedi dernier, il y a lieu se demander si le m23 travaille réellement pour le peuple. Le pire c’est que le m23, fer de lance dans la lutte pour la libération du peuple, est en train de mourir de sa belle mort. Délaissé par ses géniteurs, le m23 se résume en une bouée de sauvetage d’hommes politiques au crépuscule de leur carrière. pLus de 20 miLLions de Chiffres d’affaires.
Dans le rapport financier qui a été produit lors de l’assemblée générale ordinaire tenue le 25 avril dernier et dont «L’As» détient copie, il est noté qu’une enveloppe de 21 333 535 F Cfa a été dépensée par le bureau sortant. Les dépenses concernent, entre autres, l’organisation d’assemblée générale, les anniversaires, les réunions du comité de coordination ou les conférences (de presse, Ape, Cnri, Aar sunu momel, Thieytou). Pour les anniversaires, les frais s’élèvent à 881300 F. dans les détails, on a un décaissement de 180 000 F, puis deux autres de 150000 et de 551 300. Le total des dépenses des réunions des comités de coordination de l’association est estimé à 1.296.000F. L’organisation des assemblées générales a nécessité la somme de 536 000 F Cfa, répartie ainsi : une première tranche de 500 000 F puis une autre de 36.000 F.
La tenue des conférences (presse / publique) a absorbé 846 000 F. Dans les détails, l’argentier du mouvement a sorti : 40.500 F puis 310.000 F, 72.000 F, 31.000 F, 55.000 F, 180.000 F, 82.500 F et enfin 75.000 F. Le coût global des financements des manifestations du M23 est estimé à 3.559 300 F. S’agissant des rencontres, 217.000 F (180.000 + 25.000 et 12.000 F) ont été décaissées. Pour des missions, le M23 a dépensé 69 000F (50 000 + 19 000 F). Les incongruités révélées par le rapport financier ne se limitent pas à cela seulement. Pour les travaux de réfection et d’embellissement du siège de la structure, Mamadou Mbodji et ses camarades ont dépensé 6.352.300 F Cfa. Cette somme est ainsi répartie : 2.250.000 F, ensuite 125.000 et enfin 3.977.300 F. Le total général de l’équipement du siège est de : 2.534.100F (2.386.000, 148.100). Le loyer de 2.250.000 (750.000, 1.500.000). Les charges liées au gardiennage s’élèvent à 625.000F Cfa (175.000, 350.000, 100.000). Les charges fixes (Senelec, Sde,
Sonatel) ont estimées à 148.385 F Cfa (41.690, 72.595, 34.100). Le total général des dépenses au niveau du siège revient donc au M23 à 11.909.785 F Cfa (6 352 300 + 2 534 100 + 2 250 000 + 625 000).
RECETTES DE 4 140 000 F POUR LE LIVRE
Le document de l’argentier du Mouvement des forces vives de la Nation révèle que le M23 a glané, avec la publication de son livre qui retrace le film des événements du 23 juin 2012, une importante manne financière. La structure a en effet gagné quatre millions (4 140 000 F) dans la promotion de son livre. Pour les cotisations, la participation du M23 aux activités d’organisations s’élève à 980 000 F : 730 000 en faveur de la Cosydep et 250 000 pour l’appel citoyen aux élections locales. Pour les œuvres sociales, il a déboursé 620 450 F (240 450 + 380 000). A la date d’aujourd’hui, si on se réfère aux informations contenues dans le livre de compte de l’équipe sortante, il ne resterait que deux millions dans les caisses, (précisément 2 169 485 de F Cfa), alors qu’en deux ans, le Comité de coordination n’a tenu que six réunions. Les anniversaires aussi ne sont pas nombreux. Seul l’anniversaire du 23 juin et du troisième anniversaire de l’assassinat de Mamadou Diop (31 janvier 2015) est commémoré.
QUE RESTE-T-IL D’AILLEURS DU M23 ?
Trois ans après la fameuse mobilisation populaire qui a contraint le régime de Me Abdoulaye Wade à reculer sur l’institution d’un ticket présidentiel, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Beaucoup de Sénégalais se posent encore des questions sur l’opportunité du Mouvement, son maintien. Le M23 ne fait plus rêver ! Beaucoup de ses animateurs ont quitté la barque. Parmi eux, on peut citer des personnalités de la société civile qui étaient les plus en vue, le Mouvement «Y en a marre», des partis politiques comme l’Alliance pour la République du président Macky Sall, le Ps, l’Afp, la Ld, le Pit, Rewmi dont les noms se confondent également avec Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse, le Pr Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho, Idrissa Seck, Ibrahima Fall, Cheikh Tidiane Gadio, Me Mame Adama Guèye, etc... Personne ne s’intéresse plus aux activités dudit Mouvement. Les hommes politiques et autres membres de la société civile ne participent même plus aux réunions. Ils ne se font pas non plus représenter aux séances de réflexions. Ils ne pensent même pas à s’acquitter de leurs cotisations.
DERRIERE LE NOM, C’EST LE DESERT TOTAL
En dehors du Président Macky Sall qui a offert une enveloppe de 11 millions pour les besoins de la commémoration de l’An II des événements du 23 juin, aucune autre personnalité du Mouvement n’a senti la nécessité de débourser le plus petit centime. On parle de cotisations que les membres de l’association versent afin de donner du crédit au M23. A combien s’élèvent les cotisations ? Comment sont-elles organisées ? Qui est habilité à donner ? A quoi cela servent les cotisations dans la mesure où de nombreux observateurs pensent que le M23 est mort de sa belle mort.
MACKY OFFRE 11 MILLIONS POUR LE LOCAL
N’eut été la somme de 11 millions offerte par Macky Sall et qui a permis au mouvement de trouver un local (situé près de la grande mosquée de Derklé), les camarades de
Mamadou Mbodji continueraient à squatter le bureau d’Alioune Tine, sis l’immeuble Talix de Bara Tall. Mamadou Mbodj n’a pas la capacité financière pour gérer le
Mouvement. Doudou Sarr, fut-il, ancien ministre sous le régime de Diouf, est dans la même posture. Et ce n’est pas Bassirou Sarr, Alla Dieng, Ousmane Ndiaye et les
autres qui mettront leurs maigres économies pour une cause qui est perdue d’avance.
QUID DE LA CONTRIBUTION EN IDEES DU M23 DANS LE GOUVERNEMENT ?
Qu’en est-il justement des réflexions et positions du M23 qui sont censées être versées dans le panier du Gouvernement et de l’amélioration par ricochet des conditions de vie des citoyens ? Sur bien des points, le Mouvement a eu à communiquer, parfois même à prendre des décisions que certains jugent judicieuses, mais elles ne sont jamais suivies d’effet. Désormais, le M23 caresse dans le sens du poil le chef de l’Etat qui ne prend même plus le soin de le consulter. Pour Macky Sall, le M23 appartient au passé. Même si son parti est souvent représenté par Mor Ngom dans les différentes activités du Mouvement, le patron de l’Apr a déjà conjugué le M23 au passé. C’est l’année dernière, à la veille de la préparation de l’An II du M23, qu’il a reçu les responsables du mouvement pour la première et la dernière fois. Pour cette année, Macky Sall n’a ni contribué financièrement ni fait le déplacement pour donner du crédit à cette association qui, il faut le souligner, profite plus à quelques uns qu’à la plupart des Sénégalais qui s’étaient mobilisés spontanément pour faire face à Wade et son régime.
UNE BOUEE DE SAUVETAGE POUR DES RETRAITES POLITIQUES
Certains des membres du M23 sous le sceau de l’anonymat trouvent qu’il y a lieu de susciter une réflexion sur le financement du M23, sur son opportunité et son importance. Selon des observateurs, les animateurs s’agrippent sur le mouvement pour exister. La majorité des gens qui l’animent sont au crépuscule de leur carrière. Professeur de lettres modernes à la retraite, Mamadou Mbodji le coordonnateur peut bien en être la locomotive car on ne lui connaît pas une autre activité qui lui rapporte des millions. L’ancien ministre Doudou Sarr, non plus. Ousmane Ndiaye qui fait office de secrétaire général du M23, n’est pas aussi nanti. Ce n’est que récemment qu’il a trouvé une planque, comme chargé de mission à la Primature. D’où tirent-ils alors les revenus pour faire fonctionner le M23 ? En tout cas, ce n’est pas à travers les cotisations de 10.000F Cfa exigés aux membres. Lors de l’assemblée générale du week-end dernier, il a été décidé de corriger cet impair en ramenant les cotisations à 5000 F, au lieu de 10 000 par organisation et 1000 F pour les cotisations à titre individuel. Pour assurer sa mission de sentinelle de la démocratie, le M23 doit s’affranchir de l’Etat, quant à son fonctionnement, ont plaidé certains. Malheureusement, le mouvement n’est pas assez solide pour jouer pleinement son rôle.