ABDEL KADER DIARRA PLAIDE POUR UN FONDS DÉDIÉ AU THÉÂTRE
Le metteur en scène et formateur en art dramatique à l’École nationale des arts (ENA) invite également les compagnies théâtrales à s’adapter au numérique pour élargir leur audience et assurer la pérennité de cet art.

Dakar, 25 mars (APS) – Abdel Kader Diarra, metteur en scène et formateur en art dramatique à l’Ecole nationale des arts (Ena), plaide pour la mise en place d’un fonds dédié au théâtre, en vue d’aider les compagnies à se développer, à l’image, notamment, des cultures urbaines, du livre ou encore du cinéma.
”Nos compagnies manquent de financement, nous n’avons pas de subvention. Ce qu’il nous faudrait aujourd’hui, c’est d’avoir un fonds dédié au théâtre, comme il y en a pour le cinéma, les cultures urbaines, à l’édition, etc. Il nous faudrait ce fonds pour pouvoir un peu développer cet art’’, plaide-t-il dans un entretien avec l’APS, à l’occasion de la journée internationale du théâtre, qui sera célébrée le jeudi 27 mars prochain.
Selon lui, les compagnies privées manquent de budget de création qui leur permettrait de prendre par exemple en charge certaines rubriques de la création, notamment les costumes, la lumière, la scénographie, le décor ou encore le transport.
‘’Nous n’avons pas ces subventions alors que tout se fait avec l’argent. La preuve aujourd’hui, si la culture urbaine s’est développée, c’est grâce au fonds qui lui est dédié. Avant, on ne connaissait pas vraiment ce qu’était la culture urbaine, mais les gens, voire la presse, s’y sont intéressés le jour où ils ont eu un fonds’’, dit-il.
Il estime qu’il est nécessaire d’allouer un fonds au théâtre pour lui permettre de ”se structurer, se professionnaliser, de s’organiser ou encore de se produire’’, à l’image des cultures urbaines.
‘’Je pense que si on peut, on doit le faire parce que l’Ecole nationale des arts et des métiers de la culture (Anamc) est en train de former, mais les gens ne veulent plus y aller parce qu’il n’y a plus de débouchés. Pour pallier cela, il faudrait quand même asseoir un fonds qui pourrait aider les compagnies’’, suggère l’artiste comédien.
La section Art dramatique de l’Ena a été fermée durant plus d’une décennie dans les années 1990.
Les compagnies invitées à se réinventer face au digital
A l’en croire aussi, le temps est venu pour que les compagnies théâtrales se ”réinventent” face à la digitalisation. ‘’Le théâtre est en train de mourir parce que nous sommes dans l’ère du digital. Et je pense qu’il faudrait se réinventer’’, indique-t-il.
Il insiste sur le fait que” l’art vivant” devrait se réinventer aujourd’hui, ‘’pour pouvoir conquérir un public ne voulant plus se déplacer dans les salles et payer’’. Il estime à cet égard qu’il est nécessaire de disposer des plateformes comme le streaming ou ‘’Netflix’’ [une plateforme américaine dédiée au cinéma] par exemple, pour que le théâtre soit filmé et monétisé.
Dans cette perspective, il invite les compagnies théâtrales à s’adapter au monde actuel en utilisant tous les outils liés au numérique pour pouvoir percer dans leur art.
‘’Avec les outils de cette mondialisation de l’Internet qui est aujourd’hui partout, il faut savoir vendre sur le net et non plus dans les salles, d’autant plus qu’il n’y a plus assez de salles’’, estime le comédien Kader Diarra.
Le fait selon lui est que le manque d’infrastructures ne permet pas aux compagnies de se produire partout à travers le pays. Aussi appelle-t-il à aller vers les populations, en digitalisant les pièces de théâtre.
‘’Le conseil que je pourrais donner aux gens de l’art, c’est de faire comme Youssou Ndour. Aujourd'hui, il a su avoir une éducation financière. Comment ? Pendant que son art marche, il investit dans autre chose’’, fait-il valoir.