LE CRI DU CŒUR ET DE RÉVOLTE DU BTP
Le secteur, qui représente 3% du PIB national et emploie jusqu'à 500 000 personnes, est au bord de l'asphyxie. Les entreprises nationales recherchées à l'étranger, se retrouvent marginalisées sur leur propre territoire

Les présidents Oumar Ndir du SPEBTPS et Abdel Kader Ndiaye du SNBTP se veulent porte étendards de l’industrie sénégalaise. A cet effet, ils tapent sur la table pour exiger la préférence nationale tout en fustigeant les 70% de la commande publique accaparée parles entreprises étrangères.
La réunification en cours des deux premières organisations patronales, le Conseil national du Patronat (Cnp) et la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes), est en passe de devenir une réalité au niveau du segment du Bâtiment et des Travaux publics (Btp). Lorsque Oumar Ndir, Président du Syndicat professionnel des entreprises du bâtiment (Spebtps) affilié au Cnp, et Abdel Kader Ndiaye, Président du Syndicat national des entreprises et travaux publics (SNBTP) affilié à la Cnes, se retrouvent cote à cote pour parler et défendre la survie du secteur des BTP, c’est le signe de la combinaison de forces. Et surtout si le combat nécessite convergence et non divergence. Alors les deux hommes engagent la bataille en appelant à de nouveaux paradigmes de gouvernance du secteur qui ne doivent plus être l’apanage des entreprises étrangères. D’ailleurs comme disait l’autre, le contenu local est paradoxalement devenu un contenu « étranger » qui doit laisser place à la co-traitance et non à la sous-traitance dès lors que l’entreprise nationale est dotée d’une expertise reconnue autant sur le plan national et qu’international. Malheureusement sur les 7.000 milliards cfa de la commande publique, les 70% sont accaparés par les multinationales étrangères.
La démarche séduit et mérite d’être magnifiée. Car les présidents Oumar Ndir et Abdel Kader Ndiaye ne sont pas en rupture d’émotions face à une situation dramatique d’un secteur des BTP presque à l’agonie. Ils lancent un cri du cœur « révoltant » face aux carterpillars étrangers qui ont écrasé l’entreprise locale. D’où le défi visant à sauver un secteur qui ne doit pas mourir et qui ne peut pas mourir. La preuve par les statistiques de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd) laissant apparaitre que le secteur du Btp contribue à 3% du PIB. Cette contribution au PIB peut être rehaussée jusqu’à 7% de l’avis du président Oumar Ndir si l’Etat n’avait pas préféré les entreprises étrangères (Chinoises, Françaises, Indiennes, Turques, Marocaines) pour les grands chantiers comme le TER, Ila Touba, BRT et autres infrastructures routières, hospitalières et universitaires au détriment des entreprises nationales.
Et pour montrer à quel point le domaine des travaux publics occupe une place prépondérante dans l’économie Sénégalaise, le président Ndir note que le Btp se positionne juste après l’industrie. Ce qui fait du Btp un secteur de pourvoyeurs d’emplois estimé entre 300 à 500.000 emplois directs et indirects. Pour le Président du Spebtps, le Btp, bien encadré et structuré, peut facilement servir de ruissellement des activités de l’Etat en termes de développement de projets impactant sur les entreprises de construction, de sous-traitance, de bureau de contrôle, d’exploitation de carrières etc. Le président Abdel Kader Ndiaye du SNBTP, lui, déplore qu’entre 2019-2023, plus de 7.000 milliards cfa de commande publique ont été contractés par des multinationales étrangères au détriment des entreprises nationales. « En termes clairs, près de 70% de la commande publique vont aux entreprises extérieures. Sur les 7000 milliards de frs de la commande publique, environ 70% d’achats de matériels et fournitures soit environ 5000 milliards de frs retournent à l’étranger dans les trésors publics du Maroc, de la Turquie, de la Chine et de la France. Les gros marchés publics ne profitent ni aux majors sénégalais ni aux PME. L’argent obtenu facilement d’Exim Banque Chine, Exim Banque Turquie, c’est de l’argent que les Sénégalais vont payer. Nous contribuons à enrichir ces pays étrangers et nous nous appauvrissons davantage au même moment. Un impact réel sur la croissance qui devient extravertie affectant ainsi le développement de notre pays. Si nous voulons lutter contre la pauvreté et l’emploi des jeunes avec 300.000 demandeurs d’emploi qui arrivent sur le marché chaque année, il faut aider l’entreprise nationale par un secteur privé fort pour soutenir l’Etat sur ces questions de pauvreté et d’emploi des jeunes. Parce que l’Etat, tout comme les collectivités locales, a l’apanage de la commande publique et municipale à travers les chantiers de routes, d’autoroutes, de ponts, d’autoponts, d’écoles, d’universités, d’hôpitaux. L’Etat a alors un rôle extrêmement important à jouer pour soutenir son secteur privé. Maisil est à regretter que pendant ces dernières décennies, l’entreprise sénégalaise et surtout l’entreprise BTP a été laissée en rade par les politiques publiques qui l’ont noyée dans une situation de naufrage » souligne le président du SNBTP avant de « s’étrangler » « Rien ne justifie le fait que l’énorme marché de la commande publique tombe entre les mains des étrangers. Le contenu local est détourné de sa définition puisqu’il est devenu plutôt…étranger. C’est de l’argent contracté pour les Sénégalais qui sont payés à des étrangers. Aujourd’hui, cet argent doit revenir aux entreprises sénégalaises qui doivent être enrichies par l’Etat parce que nous sommes le premier re-distributeur de la richesse nationale. Nous ne pouvons plus proposer des emplois permanents, stables à cause de la situation en cours. L’Etat nous doit actuellement près de 300 milliards de frs. C’est intenable ! » se plaint Oumar Ndir.
Renverser les paradigmes par la co-traitance et non par la sous-traitance !
Face à la situation dramatique observée , Abdel Kader Ndiaye et Oumar Ndir en appellent à de nouveaux paradigmes avec les nouvelles autorités. « Parce que la commande publique est un contenu étranger au détriment local. Que vouloir dire que c’est un acte de grande générosité en offrant 15 à 20% à l’entreprise locale, c’est une grande méprise à notre endroit. Nous ne voulons pas quémander le travail aux entreprises étrangères, de quémander la sous-traitance. L’offre de portefeuille doit émaner de l’Etat et non à la merci des entreprises étrangères, à la sous-traitance à des lots très faibles. Certaines PME-PMI ont renoncé à ces lots pour éviter des difficultés » déplore le président Oumar Ndir. « Il est aujourd’hui de constater et de saluer la prise de conscience de nos gouvernants qui ont inscrit dans la nouvelle stratégie de développement (VISION 2050), en priorité absolue le développement du secteur privé national » souligne le président Abdel Kader Ndiaye. Forts de leurs bulldozers à l’effigie nationale, nos deux plaignants ont déconstruit totalement le slogan « d’une incompétence de l’entreprise nationale » pour s’inscrire en faux ! Et pour mieux foncer sur les détracteurs qui évoquaient l’incompétence des entreprises locales pour la réalisation des projets comme le TER, ILA TOUBA, BRT, l’Aéroport de Diass. « Noussommes ostracisés! Allez – vous aventurer dansla sous-région et surtout dans les pays comme la Côte d’Ivoire, le Burkina, la Sierra Léone, le Mali, le Gabon… et vous verrez que les grandes réalisations portent l’empreinte des entreprises sénégalaises. L’entrepreneur sénégalais en Btp a construit presque toute la sous-région. Il faut clarifier ce débat. La technicité sénégalaise est un label recherché en Afrique. Alors pourquoi nous sommes ostracisés au Sénégal ? » s’interroge le patron du SNBTP avant d’être appuyé par son collègue Oumar Ndir qui ajoute qu’« il est temps que les autorités nationales fassent appel à l’expertise sénégalaise dès lors que les citoyens paient cette commande qui tombe dans l’escarcelle des étrangers. Touteslesressources nationales doivent être pour les entreprises locales. Cela doit être une culture. Nous devons aller vers une inversion des politiques publiques. Les grands projets de l’Etat ne peuventse faire sans participation du secteur privé. Les nouveaux paradigmes s’illustrent par l’inversion du régime de la commande publique en régime de co-traitance. L’entreprise étrangère doit dépendre de l’entreprise locale. L’Etat a une mission de politique publique au service de l’entreprise nationale ».
Etablir un pacte national entre les entreprises et l’Etat
Les présidents Abdel Kader Ndiaye et Oumar Ndir estiment l’urgence d’établir les fondements du Partenariat Public-Privé orientés vers la préférence nationale. Dans les domaines d’interventions où l’expertise locale est avérée, le choix prioritaire mérite d’être accordée à la compétence locale. Dans les grands projets PPP, choisir des entreprises nationales et leur laisser la charge de prendre un partenaire technique extérieur si nécessaire. Ils en appellent aussi à l’assainissement du secteur du BTP par la qualification et la classification des entreprises. En outre, il s’agira d’opter pour une coopération économique et financière dont les financements indus impacteront efficacement sur la lutte contre la pauvreté et profiteront réellement aux entreprises, et industries et ménages. Il s’agira d’arriver à un Pacte national axé sur le choix accordé à la compétence nationale. L’exemple nous vient du Maroc où tous les projets de route sont confiés à des entreprises marocaines afin de garantir la richesse nationale aux populations attestant le passage du contenu extérieur au vrai contenu local. Au finish, la terre reviendra aux nationaux, la priorité à l’employabilité des jeunes, la réhabilitation des chemins de fer à l’intégration sous-région ale… « La matérialisation de ce Pacte national passera par un cadre de concertation formalisé, une démarche participative et inclusive. Les grands projets de l’Etat ne peuvent passe faire dansle secteur privé national » soulignent tour à tour les présidents Oumar Ndir du Syndicat professionnel des entreprises du bâtiment (Spebtps) et Abdel Kader Ndiaye du Syndicat national des entreprises et travaux publics (SNBTP).