LE SORT DES COOPERATIVES AGRICOLES
Porteuses d'espoir pour l'autosuffisance alimentaire et la modernisation du secteur agricole, elles ont cependant traversé des périodes d’enthousiasme, de crise et de renouveau.

Depuis l'indépendance du Sénégal en 1960, les coopératives agricoles ont été au cœur des politiques de développement rural. Porteuses d'espoir pour l'autosuffisance alimentaire et la modernisation du secteur agricole, elles ont cependant traversé des périodes d’enthousiasme, de crise et de renouveau.
LES ANNEES D’ESPOIR (1960-1980)
Dès les premières années de l'indépendance, l'État sénégalais a mis en place un système de coopératives agricoles pour structurer et encadrer les paysans. Sous l'impulsion du président Léopold Sédar Senghor, ces coopératives ont bénéficié de soutiens financiers et techniques, notamment à travers la Société de Développement et de Vulgarisation Agricole (SODEVA). L’objectif était de favoriser la production de cultures stratégiques comme l'arachide et le mil, tout en assurant l’accès aux intrants et aux crédits agricoles.
Mais, la forte étatisation des coopératives a limité leur autonomie. Les producteurs étaient souvent contraints de vendre leurs récoltes à des prix fixés par l'État. La gestion des coopératives était centralisée, souvent loin des réalités paysannes. Les coopératives arachidières qui, malgré un potentiel de production élevé, se sont enlisées dans des problèmes de mauvaise gestion et d'endettement.
LES DESILLUSIONS ET LA CRISE (1980-2000)
L’essor des coopératives a toutefois été freiné par une mauvaise gestion, des dettes accumulées et des politiques agricoles inadaptées. Avec l'avènement des programmes d'ajustement structurel imposés par le FMI et la Banque mondiale dans les années 1980, l'État s'est progressivement désengagé du financement des coopératives. Privées de soutien, beaucoup ont sombré dans l’inefficacité ou la faillite. La filière arachidière, colonne vertébrale de l'agriculture sénégalaise, a été particulièrement touchée par cette crise.
Les programmes d'ajustement structurel imposés dans les années 1980 ont marqué un tournant. Le désengagement de l'État de l'agriculture a fragilisé les coopératives. La libéralisation du secteur a poussé les agriculteurs à se débrouiller seuls, mais sans les outils nécessaires pour réussir. Le cas des coopératives cotonnières du bassin du fleuve Sénégal en est un exemple probant : la libéralisation a conduit à leur effondrement faute de soutien financier et de formation, poussant de nombreux producteurs à abandonner cette culture.
UN RENOUVEAU SOUS CONDITIONS (DEPUIS 2000)
Face aux difficultés du monde rural, de nouvelles initiatives ont été mises en place depuis le début des années 2000. Le Programme National d'Autosuffisance en Riz (PNAR) et le Programme des Domaines Agricoles Communautaires (PRODAC) ont encouragé la réorganisation des producteurs en coopératives. Le modèle coopératif se développe également dans les cultures maraîchères et l'agroécologie, porté par des initiatives locales et des ONG. Cependant, les problèmes de gouvernance, le manque de formation et l’accès limité aux marchés demeurent des obstacles majeurs
Malgré l’ambition de ces projets, des problèmes de gouvernance ont persisté L'État les a massivement financés sans toujours assurer une gestion efficace. De nombreuses coopératives, ont échoué pour cause de mauvaise gestion et d'un manque d'infrastructures et de formation. Cela a limité leur impact réel. Les coopératives agricoles ont aussi dû faire face à une concurrence déséquilibrée sur le marché, notamment dans la filière arachidière, où les petits producteurs ont peiné à se faire une place.
Aujourd’hui, les nouvelles autorités cherchent à renforcer l’agriculture. Les Coopératives Agricoles Communautaires (CAC), formées pour regrouper des agriculteurs et des éleveurs autour de projets agricoles modernes, ont été mises en place. Cependant, ces nouvelles initiatives ont-elles tenu compte des difficultés rencontrées depuis que les projets et programmes d’autosuffisance ont été lancés par tous les régimes ? L'accès au financement et les conflits fonciers récurrents, restent une donne non négligeable, sans compter l'impact du changement climatique avec des irrégularités climatiques affectant la production.