UNE RENTREE SCOLAIRE SUR UN TABLEAU NOIR
L’école sénégalaise souffre d’un déficit de 4527 enseignants, de 60.000 salles de classe et 7145 abris provisoires

L’année académique 2024-2025 démarre aujourd’hui avec l’ouverture des classes pour les enseignants dans une école qui en manque terriblement et où persistent des abris provisoires malgré les dizaines de milliards de francs injectés dans le programme de résorption de ces abris dits provisoires. D’où le plaidoyer du Saemss (Syndicat autonome des enseignants du moyen-secondaire du Sénégal) pour la mise en œuvre d’un plan d’urgence de restauration de l’Ecole ainsi que d’un plan stratégique de recrutement d’enseignants.
Les enseignants font leur rentrée scolaire aujourd’hui en attendant l’arrivée des élèves prévue lundi prochain. Ils débutent une nouvelle année scolaire qu’ils présentent comme stressante face à la «situation désastreuse» qui prévaut encore au niveau des écoles. Lesquelles manquent presque de tout avec un déficit énorme en salles de classe, en enseignants, et la présence regrettable d’abris provisoires qui peinent à être éradiqués. «Nous avons dans cette école sénégalaise un besoin de plus de 4527 enseignants, un déficit total de salles de classe qui dépasse plus de 60 000 unités. Nous avons 7145 abris provisoires, 48906 salles de classe en terme de besoin et 6320 qui sont en mauvais état et plus de 5000 écoles sans clôture, plus de 2000 qui n’ont pas de points d’eau, plus de 7000 sans électricité, plus de 2400 qui sont sans latrines et 14330 établissements qui sont sans cantines scolaires sans compter 340 qui sont impactées par l’hivernage. A côté, il y a un déficit de plus de 207 000 tables-bancs», énumère le secrétaire général du syndicat autonome des enseignants du moyen et secondaire du Sénégal (Saemss), El Hadj Malick Youm. A l’en croire, la «situation assez déplorable» qu’il peint ainsi fait qu’ «on ne peut pas construire de la performance». D’où la nécessité de la part des nouvelles autorités de prendre en charge cette question avec «des propositions structurelles» allant dans le sens de «l’adoption d’un plan d’urgence pour la restauration de l’école sénégalaise». «Il faut aller dans le sens aussi de la résorption du déficit d’enseignants grâce à un plan stratégique pour le recrutement d’enseignants en respectant les dispositions de la Loi 61- 33. Le régime sortant avait signé des accords appliqués en partie. Les nouvelles autorités devraient s’atteler à la prise en charge des points inscrits dans le passif social pour pouvoir prendre l’engagement d’aller vers une stabilité de l’école et vers l’apaisement du front social» estime en outre El Hadj Malick Youm.
En tout cas, dans quatre jours, c’est-à-dire lundi prochain, les élèves vont reprendre le chemin de l’école. Hélas, une bonne partie d’entre eux va continuer à apprendre dans des conditions difficiles et dans un environnement pas du tout adéquat. La résorption du déficit d’enseignants, mais aussi des abris provisoires, l’amélioration de l’environnement des établissements sont en effet des urgences à résoudre pour un bon démarrage de l’année scolaire. Des manquements importants qui sont à corriger.
Un énorme déficit d’enseignants
l’image des abris provisoires et du manque de salles de classes, le déficit d’enseignants est tout aussi énorme ! Des enseignants qui, dans beaucoup de cas, cumulent leur travail pédagogique à leurs tâches administratives. Il existe donc de grands défis à relever même si le ministre de l’Education nationale a donné des gages pour une bonne rentrée scolaire. Selon Moustapha Guirassy, une rentrée scolaire réussie, c’est la préoccupation du chef du gouvernement, le Premier ministre Ousmane Sonko, qui a pris un certain nombre de mesures qui entrent dans le cadre de l’objectif de vouloir repenser l’école sénégalaise. Qui peine encore à se débarrasser de ses abris provisoires. Ce, malgré les milliards injectés dans le programme de résorption des abris dits provisoires. Une initiative du prédécesseur de Bassirou Diomaye Faye, Macky Sall, pour offrir aux élèves et leurs enseignants un cadre propice à l’épanouissement et à la réussite. D’un coût global de 120 milliards 679 millions de francs, ce programme porte sur la construction et l’équipement de plus de 10 000 salles de classe, plus de 7 500 blocs administratifs, plus de 2500 blocs d’hygiène... Hélas, malgré les milliards annoncés, les années passent, mais la situation perdure.
Le secrétaire général du Saemss parle de plus de 7000 abris provisoires recensés cette année. Alors qu’il y a 5 ans, et pour rappel, le ministre Serigne Mbaye Thiam disait que le pays comptait 8822 abris provisoires en 2011. Qui représentaient environ un stock de 18% des salles de classe. Mais qu’au moment de démarrer le programme des abris provisoires, on avait 6309 salles de classes en abris provisoires qui représentaient 9% du stock des salles de classes. «Pendant cette même période, et dans les 160 milliards 885 millions que j’ai eu à indiquer, nous avons construit 10 003 salles de classe dont plus de 2000 étaient affectées à la résorption progressive des abris provisoires et le reste à l’extension du réseau scolaire. Le premier lot de résorption des abris provisoires a démarré avec près de 250 salles de classes qui ont été livrées». Un discours tenu par l’ancien ministre Serigne Mbaye Thiam, il y a 5 ans de cela. Lors du lancement du lot 3 de remplacement des abris provisoires, le ministre d’alors, Mamadou Talla, parlait d’un programme permettant de donner une réponse à une question sociale longtemps exprimée. Lancé en 2018, le programme vise à améliorer l’environnement des enseignements-apprentissages et le développement d’une éducation inclusive de qualité. «A cette date, c’était au total 29 milliards mobilisés pour remplacer les abris dans les zones ciblées, et devrait se construire en quatre étapes et sur 4 lots attribués à des entreprises et des groupes d’entreprises sénégalaises», avait-il dit. Mais son remplaçant, le ministre Cheikh Oumar Hann, qui a beaucoup épilogué sur la question de ces abris provisoires, parlait de 4500 abris provisoires à résorber. «D’où le projet de 6000 salles de classe pour remplacer les abris provisoires. Ce qui montre le besoin important en constructions de nouvelles salles. D’où le financement de plus de 100 milliards répartis sur 4 lots. Le lot 1 a commencé depuis 2018. A mon arrivée, l’entreprise avait reçu 98% de son paiement, mais elle n’a pas pu construire les 50%. Le lot 2 n’a pas été financé. Ils ont financé le lot 3 remis à une entreprise qui a déjà reçu plus de 16 milliards pour la réalisation de 1500 salles de classe, des murs et des blocs administratifs. Le lot 4 n’a pas encore de financement. Pour le lot 2, il avait refusé de signer pour la simple raison que le lot 1 et le lot 3 peinaient à être livrés en intégralité. L’Etat avait déjà donné un financement de plus de 20 milliards dégagés et remis à des entreprises sénégalaises». Une révélation de l’ancien ministre Cheikh Oumar Hann qui donne à réfléchir sur le chiffre de 7145 abris provisoires annoncés par le secrétaire général du Saemss. El Hadj Malick Youm qui demande aux autorités de lancer un plan d’urgence de restauration de l’école sénégalaise.