ENTRE AVANCEES ET DEFIS !
Pour marquer la journée 8 mars, Sud Quotidien, en plus de revenir sur des avancées des femmes au Sénégal et des niches à conquérir, s’intéresse à des femmes leaders et battantes mais «anonymes», qui font bouger les lignes en faveur de… l’égalité.

Officialisée en 1977 par les Nations Unies (ONU), et dans la foulée de l’Année internationale de la femme (1975) proclamée par l’Assemblée générale de l’ONU, la Journée internationale des femmes (ou Journée internationale des droits des femmes, dans certains pays) est toutefois apparue dans le contexte des mouvements sociaux au tournant du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. Célébrée le 8 mars de chaque année, cette journée met en avant la lutte pour les droits des femmes et notamment pour la réduction des inégalités par rapport aux hommes. L’édition 2020 fêtée hier, dimanche 8 mars, partout dans le monde, excepté, entre autres, au Sénégal où, pour cause de l’apparition du coronavirus (Covid-19) à Dakar, l’Etat a décidé de reporter tout rassemblement dans ce cadre, a pour thème : «Je suis de la Génération Égalité : Levez-vous pour les droits des femmes». Un thème coïncidant avec la nouvelle campagne «plurigénérationnelle» d’ONU-Femmes, «Génération Égalité», qui marque le 25e anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing. Pour marquer cette journée, Sud Quotidien, en plus de revenir sur des avancées des femmes au Sénégal et des niches à conquérir, s’intéresse à des femmes leaders et battantes mais «anonymes», qui font bouger les lignes en faveur de… l’égalité.
LOI CRIMINALISANT LES ACTES DE VIOL ET DE PEDOPHILIE, POSSIBILITE DE LA FEMME D’ACCORDER LA NATIONALITE SENEGALAISE A SON ENFANT OU A SON EPOUX, LA PARITE… : Ces avancées des femmes sénégalaises
La loi sur la criminalisation du viol, la parité et la possibilité pour la femme de pouvoir accorder la nationalité sénégalaise à son enfant ou à son époux sont autant de points marqués par les femmes dans leurs combats pour leur émancipation. Toutefois, plusieurs défis restent encore à relever en ce qui concerne les droits des femmes et l’effectivité de certaines lois.
Au Sénégal, des avancées sont notées en ce qui concerne les combats des femmes. Il s’agit, entre autres, du vote de la loi sur la criminalisation du viol, la possibilité de la femme à pouvoir accorder la nationalité sénégalaise à son enfant ou à son époux mais aussi la parité. En effet, le projet de loi criminalisant les actes de viol et de pédophilie, modifiant la loi n°65-60 du 21 juillet 1965 relative au Code pénal, a été voté le lundi 30 décembre 2019 par les députés, après avoir été adopté en Conseil des ministres le 27 novembre 2019. Ce, après une longue bataille des associations de défense des droits des femmes à la suite d’une série d’agressions sexuelles qui avaient parfois conduit à des morts surtout en 2019. Les coupables de viol seront ainsi condamnés à une peine d’emprisonnement allant de 10 à 20 ans tandis que les pédophiles encourent une peine qui varie de 5 à 20 ans.
Et, en cas de «circonstances aggravantes», une condamnation à perpétuité est prévue. Toutefois, certains députés avaient émis des réserves quant à l’application de la loi. Ils avaient ainsi invité le gouvernement à prendre des mesures d’accompagnement et des garde-fous afin d’encadrer la loi pour éviter des dérives.
Autre bataille que les femmes ont encore gagné, c’est la possibilité pour la femme de pouvoir accorder la nationalité sénégalaise à son enfant ou à son époux. Après un long combat engagé par les organisations de femmes au Sénégal, la loi est votée en 2013. Il s’agit du projet de loi, portant modification de la loi n°03/2013 modifiant la loi n° 61-10 du 07 mars 1961 déterminant la nationalité.
Concernant la loi sur la parité votée le 14 mai 2010 par l’Assemblée nationale après avoir été adoptée par le Sénat le 19 mai et promulguée le 28 mai 2010, le Sénégal s’est retrouvé depuis 2012 avec 64 femmes sur 150 députés à l’Assemblée nationale, soit 42,7%. Cependant, même si cela a été une formidable avancée pour les femmes issues de partis politiques, de syndicats ou d’organisations de la société civile, son application effective souffre encore. Nonobstant toutes ces avancées des femmes au Sénégal, il reste encore des défis à relever surtout dans le cadre de l’effectivité des lois.
INSTITUTIONS : Quand les femmes tiennent le haut du pavé
De Mame Madior Boye à Aminata Touré jusqu’à Soham El Wardini pour ne citer que celles-là, l’image de la femme sénégalaise a connu une grande transformation. En effet, dans le cadre de la célébration de la Journée internationale des femmes, Sud Quotidien revient sur les quelques femmes qui ont gravi des échelons.
Le top départ avait été donné par Mame Madior Boye. Première femme à occuper la fonction de Premier ministre au Sénégal « 2001-2002) sous l’ère Abdoulaye Wade après avoir été a été première vice-présidente du Tribunal régional hors classe de Dakar, puis présidente de Chambre à la Cour d’appel. Du foyer aux commandes d’une institution chasse-gardée des hommes, les femmes ont gravi des échelons au Sénégal même si les clichés et les stéréotypes persistent toujours. A ces femmes qui ont gravi des échelons, il faut ajouter Aminata Mbengue Ndiaye, présidente du Haut conseil des collectivités territoriales. Nommée en novembre dernier à ce poste, elle succède à Feu Ousmane Tanor Dieng. Parmi ces femmes qui dirigent les institutions. Il y a également Aminata Touré. Premier ministre de 2013 à 2014, sous le régime de Macky Sall avant d’être nommée spéciale du Président de la République, elle est aujourd’hui présidente du Conseil économique, social et environnemental (Cese) en remplacement d’Aminata Tall. A ces femmes, s’ajoute Anna Sémou Faye qui a été aux commandes de la Police nationale. Commissaire de police divisionnaire, elle a été nommée Directrice générale de la Police nationale le 25 juillet 2013 au lendemain du scandale de drogue qui avait secoué la Police sénégalaise, avant d’être nommée ambassadrice en Guinée en 2016. Elle devient ainsi la première femme à diriger la Police nationale. Dans cette institution, on a eu à retrouver une femme qui a dirigé le Bureau des relations publiques de la Police nationale en avril 2017 avant d’être remplacée. Il s’agit du commissaire de Police Tabara Ndiaye. Les femmes ont ainsi fini de faire preuve de leur leadership et leur capacité à présider aux destinées du pays. En 2018, Soham El Wardini est élue maire de Dakar, une grande première dans l’histoire de la municipalité de la capitale sénégalaise puisqu’elle est 22ème maire depuis 1887 avec Alexandre Jean. Soham El Wardini devient la première femme à être la tête de la municipalité de Dakar. Parmi les femmes ayant occupé de hautes positions, il y a aussi l’ancienne présidente du Conseil constitutionnel, Mireille Ndiaye. Une femme est à la tête d’une institution, le Haut Conseil du Dialogue Social que dirige Innocence Ntap Ndiaye. Bref, en dehors du Perchoir de l’Assemblée nationale et la Présidence de la République, les femmes auront occupé tous les postes, pouvoirs et sphères de décisions (électifs et nominatifs) ou presque. Toutefois, des femmes se sont aussi faites remarquer dans le landerneau politique. Par exemple, Marième Wane Ly a été la première femme chef de parti politique au Sénégal. elle a été suivie par le professeur Amsatou Sow Sidibé, Me Aissata Tall Sall, Aïda Mbodj, Mme Nafissatou Wade, Mme Yacine Fall, etc.
SAINT–LOUIS : Fatoumata Bâ, la traqueuse de l’apnée du sommeil
Fatoumata Bâ est plus que déterminée à faire connaître le syndrome d’apnée du sommeil au sein de la population et des professionnels de la santé.
Cette célébration de la journée de la femme est l’occasion pour nous de nous intéresser à Fatoumata Bâ, une chercheuse devenue spécialiste de l’apnée du sommeil. La scientifique a toujours participé à l’encadrement des étudiants en médecine dans le cadre de l’enseignement de la psychopathologie médicale. Aujourd’hui, elle se fixe pour objectif de mieux faire connaître le syndrome d’apnée du sommeil au sein de la population et des professionnels de la santé. Elle œuvre aussi pour améliorer la prise en charge et offrir un accompagnement aux patients atteints.
En cette célébration de la journée de la femme, Fatoumata Bâ d’exhorter les femmes à se battre au quotidien.
Fatoumata Bâ est née et a grandi dans une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise. Elle a fait ses études dans cette banlieue, entre les lycées Seydina Limamoulaye de Guédiawaye et Abdoulaye Sadji de Rufisque. Après avoir décroché son diplôme de Baccalauréat scientifique, la nouvelle bachelière s’orienta vers les études médicales à la Faculté de Médecine, de Pharmacie et d’Odontologie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Elle réussit au prestigieux concours d’Internat des Hôpitaux de Dakar, en tête de liste (option Psychiatrie). Sa passion pour les études la poussa toujours à aller plus loin. C’est ainsi qu’elle s’inscrit, parallèlement à sa formation en psychiatrie, au Master en Sciences Biologiques et Médicales, option Physiologie. Naturellement, elle obtint aussi les diplômes universitaires d’Epileptologie et de Médecine Tropicale Appliquée.
Après avoir fréquenté différentes structures psychiatriques du pays dans le cadre de sa formation, elle fut recrutée par la Fonction Publique et affectée au Centre Hospitalier National Universitaire de Fann où une division d’hospitalisation psychiatrique lui fut confiée, sous le magistère d’un de ses Maîtres, le Pr Momar GUEYE. Sa vocation pour l’enseignement et la recherche justifia les vacations qu’elle assurait au sein de l’Institut d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie (IREP) de l’UCAD.
Poussée par une volonté manifeste d’aller de l’avant, ambitieuse et déterminée, elle décida de quitter «Dakar, la capitale» où elle s’était déjà installée pour rejoindre le Pr Lamine Guèye à l’UFR des Sciences de la Santé de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis en 2011, pour un poste d’enseignant chercheur en Physiologie. Une très jeune UFR, certes éloignée de la capitale, mais où les défis sont très énormes.
ALLIANCE VIE PROFESSIONNELLE ET VIE DE FAMILLE
Issue d’une famille à vocation scientifique, Fatoumata Bâ a suivi très tôt les pas de ses aînés. Elle est mariée et mère de deux filles. “J’ai toujours participé à l’encadrement des étudiants en médecine dans le cadre de l’enseignement de la psychopathologie médicale et j’ai aussi participé à la formation des plus jeunes internes et ceci pendant les années où j’ai servi à Fann. J’ai rejoint l’UGB en 2011, l’UFR des Sciences de la Santé venait d’être créée en 2010 et j’avais choisi délibérément d’y aller”, a-t-elle renseigné.
Certes, d’après elle, il n’est pas toujours facile pour les femmes d’allier la vie professionnelle et la vie familiale. Les exigences sont multiples de part et d’autre, les contraintes aussi. La vie est un éternel combat, donc, il faut se battre en permanence, ce qu’elle a très tôt compris.
“Par moments, j’ai eu à faire des choix difficiles entre la carrière professionnelle et la vie familiale”, confie Fatoumata Bâ. Et la scientifique de poursuivre toujours en revenant sur ses travaux de recherches : “mon travail sur le sommeil est innovateur dans un pays où peu de recherches sont effectuées dans ce domaine, faute de moyens et d’équipements adéquats. Pourtant, dans ma pratique, je me suis rendue compte que les troubles du sommeil étaient très fréquents et mal pris en charge, parfois même non diagnostiqués comme dans le cas de l’apnée du sommeil. Raison pour laquelle je me suis intéressée à cette question”, a-t-elle fait savoir.
S’agissant de ses objectifs, la spécialiste se dit déterminée à œuvrer pour mieux faire connaître le syndrome d’apnée du sommeil au sein de la population et des professionnels de santé, mais également d’améliorer la prise en charge et d’offrir un accompagnement aux patients atteints. “Les projets futurs ont toujours trait à ce syndrome. Nous allons continuer les travaux initiés dans ce domaine. Les perspectives sont multiples, prions seulement pour que les moyens puissent suivre”, a-t-elle ajouté. Cependant, en cette célébration de la journée de la femme, elle rend hommage à toutes les vaillantes dames. Également, elle les exhorte à se battre au quotidien et quelle que soit la place occupée dans la société. “Je leur dis que ce n’est pas impossible, mais il suffit juste d’y croire”, a-t-elle conclu.
MBOUR : Madame Diallo Anta Badiane, des salles de classe au combat contre la pauvreté
Maîtresse d’éducation physique sportive de formation, Madame Anta Badiane Diallo, a troqué sa tunique d’enseignante pour les affaires avec la performance en bandoulière. Depuis plus d’une trentaine d’années, son itinéraire l’a conduit dans le business. Elle tisse sa toile à travers des activités de petit commerce, fait de voyages avec des hauts et des bas, d’abord au niveau de la sous-région entre la Gambie et la Mauritanie puis vers les pays asiatiques. Préférant rester dans l’ombre, elle peine pourtant à rester dans l’anonymat. Tellement son combat contre la pauvreté l’expose davantage.
Elle s’investit dans la transformation des produits locaux, des fruits et légumes. Cette détermination finit par payer avec la mise en place d’un réseau de femmes du nom de Lawtan. Madame Diallo mène des activités entre Dakar, Thiès, Mbour et Touba.
L’illustration de son engagement fait d’elle, une héroïne, dans la promotion du consommer sénégalais avec la production des céréales locales et leur transformation. Son dévolu est jeté sur le riz sénégalais pour pousser les nationaux à le consommer.
Moundoumb–barrage dans la commune de Diama (Région de Saint-Louis) à 375 kilomètres de Dakar est le lieu où elle exploite des rizières. Toutefois, sa récolte souffre encore de promotion. A l’en croire lors du salon de Kaolack, il y a quelques jours, lui a permis de jauger le niveau de consommation du riz sénégalais dans la contrée du Sine-Saloum.
Auparavant, Madame Diallo, dans la promotion des produits locaux a mis en place à Mbour des unités de transformation de fruits et légumes mais aussi de produits halieutiques. Des jeunes filles et garçons des communes de Malicounda et Mbour, ayant reçu une formation soutenue de techniciens de haut niveau parviennent à y produire des jus et des boissons locales certifient par les autorités compétentes et très prisés. Elles ont fini de vendre leur label mais pas celui de la promotrice des produits. Certains de ses produits se vendent sur la petite Côte et à Dakar.
PREMIERE RECTRICE AU SENEGAL : Ramatoulaye Diagne Mbengue dompte l’université
Au titre des mesures individuelles du Conseil des ministres du mercredi 11 octobre 2017, «Madame Ramatoulaye Diagne Mbengue, Professeur titulaire des Universités, est nommée à compter du 1er décembre 2017, Recteur de l’Université de Thiès, en remplacement de Monsieur Matar Mour Seck, appelé à faire valoir ses droits à une pension de retraite.»
Par cette décision rapportée par le communiqué de ce Conseil des ministres, le Pr Ramatoulaye Diagne, Docteur d’Etat ès Lettres, Philosophe, est devenue la première «Rectrice» d’université au Sénégal. En effet, malgré les efforts et les compétences de la gent féminine. Jamais une femme n’a eu à diriger une institution aussi importante et prestigieuse qu’une université, surtout publique, dans notre pays.
Ainsi venait-elle de rentrer dans l’histoire, allongeant ainsi la série des «Premières dames» dans le combat et la promotion des femmes à de hautes fonctions, jusque-là chasse-gardée des hommes, au Sénégal, depuis l’indépendance. Ce, après Maïmouna Kane, première femme ministre, Mireille Ndiaye, connue comme étant la première et seule femme, ancienne présidente du Conseil constitutionnel (2004-2010), à avoir reçu la prestation de serment d’un président de République entrant (Me Abdoulaye Wade, en 2007), Mame Madior Boye, première femme Premier ministre, Viviane Laure Elisabeth Bampassy, première femme nommée préfet, puis gouverneur, Aminata Tall, première femme Secrétaire générale de la Présidence de la République puis présidente du Conseil économique social et environnemental (CESE), Aminata Touré, première femme ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Soham El Wardini, première femme maire de la capitale du Sénégal (Dakar) et Aminata Mbengue Ndiaye, première femme porté à la tête du Haut Conseil des Collectivités territoriales (HCCT), au Sénégal, etc.
Mme Ramatoulaye Diagne Mbengue, Recteur de l’Université de Thiès a été la directrice de l’Ecole doctorale ETHOS, de la faculté des Lettres et des Sciences humaines de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar. Elle a été conseillère technique chargée des Affaires académiques et point focal UEMOA au sein du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI). Mme Ramatoulaye Diagne Mbengue est également la sœur de l’éminent professeur Souleymane Bachir Diagne, enseignant à Colombia university, aux Etats-Unis, dont elle a pris la relève à l’UCAD. Elle a enseigné la logique qui était son domaine de prédilection, à l’instar de son frère.
Mieux, ils ont produit ensemble un livre. Par la suite, Pr Ramatoulaye Diagne Mbengue a eu à s’intéresser à plusieurs autres spécialités. Passionnée de recherche, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages et articles philosophiques dont «Le modernisme en Islam». La nouvelle Rectrice de Thiès a été aussi directrice de l’Ecole Doctorale ETHO, de la faculté des Lettres et des Sciences humaines de Dakar.
En outre, force est de relever qu’avant cette promotion du professeur Ramatoulaye Diagne Mbengue, le MESRI, sous l’ancien ministre Mary Teuw Niane à la tête de ce département, a promu plusieurs autres femmes dans le secteur de l’enseignement supérieur. C’est ainsi que le Pr Aminata Diassé Sarr a été portée à la tête de l’Institut supérieur d’enseignement professionnel (ISEP) de Matam et le Pr Awa Niang Faye nommé directrice de l’ISEP de Richard-Toll.
LA SENEGALO-AMERICAINE RAHMA NDAO : Une fierté pour le continent africain
surtout pour le Sénégal
Rahma NDAO est née aux Etats-Unis en 2002 de parents, d’origine sénégalaise, Ousmane Ndao et Aissata Sall qui vivent aux États-Unis depuis 28 ans.
Depuis son cycle primaire (first grade), Rahma s’est distinguée par ses brillants résultats et durant trois (3) années successives, elle a été choisie comme l’une des meilleurs élèves des Etats-Unis (tous Etats confondus) et à ce titre, elle a été invitée à rencontrer les Young scholars à Washington.
Dans une correspondance adressée aux parents de Rahma durant l’année scolaire 2013/2014, Mr Derrick Shelton, ancien directeur de l’école de Rahma notifiait à ces derniers que «Rahma avait eu une moyenne de 99% au Scranton Test ce qui faisait d’elle, l’une des meilleures élèves des Etats-Unis».
En août 2015, alors qu’elle avait douze (ans), Rahma a passé le test de psychologie à Pickerington Ridgeview junior pour déterminer si elle était une surdouée. Selon Mr Todd Stanley le coordinateur du service des surdoués, «Rahma a non seulement dépassé les 126 points requis mais elle était à deux déviations supérieures. Ce qui faisait d’elle une exceptionally gifted». Ainsi, elle a été acceptée au Mensa en mars 2016.
Mensa est une organisation internationale dont le seul critère d’admissibilité est d’obtenir des résultats supérieurs à ceux de 98 % de la population aux tests d’intelligence. Mensa a été fondée à Oxford en 1946 avec comme objectif promouvoir la paix et faire bénéficier l’humanité des bienfaits de l’intelligence en réunissant les personnes ayant une intelligence au-delà de la moyenne.
Avec plus de 140.000 membres dans le monde, MENSA regroupe cent (100) pays et jusqu’ici, l’Afrique du Sud était le seul pays du continent africain à y être présent.
Rahma avec sa double nationalité ne pouvant pas représenter le Sénégal et les Etats-Unis a fait le choix de quitter le «American Mensa pour représenter le Sénégal». Elle devient ainsi la première sénégalaise dans l’histoire à être membre du Mensa. L’histoire continue avec Rahma car le Pickerington school district existe depuis 1815 et Rahma est la première de ce «school district» à être membre du Mensa. En 2016 Rahma a subi le «PARC test» qui est un test national et a obtenu 813 points sur 814 alors que le «school average score» était 735, le «district average score» 708 et le state average score 702.
Rahma poursuit son cycle secondaire et prend en même temps des cours universitaires notamment en chimie. Elle a été honorée à Boston du 25 au 27 juin 2018 et a reçu le «National Academy of Future Physicians and Medical Scientist Award of Excellence». Parmi les participants à cet événement figurent : Sir Richards Robert, Prix Nobel en physiologie et médecine 1993 ; Michael Stuart Brown, Prix Nobel en physiologie et médecine 1985 ; Leland hartwell prix, Nobel en physiologie et médecine 2001 pour ne citer que ceux-là.
Rahma veut tendre la main aux cinquante-quatre (54) nations africaines et travailler pour le développement du continent en passant par les mathématiques, les Sciences et Technologies. Rahma à l’âge de 12 ans a révolutionné les mathématiques en changeant une théorie qui existait déjà pour une meilleure compréhension.
KOLDA : Aminata Ly, une businesswoman dans l’agropastorale
Originaire d’Oussouye, Aminata Ly avait décidé après l’obtention de son Baccalauréat de poursuivre ses études au Maroc afin d’obtenir un diplôme en Finances. Objectif atteint, elle revient au Sénégal pour travailler dans de l’Agroalimentaire. Mais plutôt à Kolda, auprès de son oncle, qui, après des années vécues aux USA, décide de rentrer au terroir avec une vision : «transformer sa ville natale» !
Suite à un défi lancé par son oncle, Aminata accepta de s’installer dans le village de Sibéré Kandé à 5 Km de la ville de Kolda où elle gère une équipe de plus 20 employés. L’activité de la ferme comprend l’élevage et la production laitière. Elle fonde la société SOWRANCH qui a une capacité de 8000 poulets de chairs et un domaine exclusif réservé au maraîchage sur 2 hectares. Une autre zone d’habitation de 2 ha, une zone arboricole de 3 ha avec 1200 pieds de Lime de Tahiti, 200 pieds d’oranges et de clémentine et 200 pieds de Moringa.
Ce n’est pas tout ! «Collé» comme on la surnomme dispose de pas moins de 5 hectares de plantations d’anacarde avec 15 ruches pour l’apiculture… Aminata Ly a également un projet pilote : Un centre d’Immersion Agro-écologique actuellement en construction, soit 20 chambres, un réfectoire, 2 salles de classes, un jardin botanique et un «milkbar»!
MATAM : Bineta Hanne, la patronne des SIPA
A la tête d’une entreprise paysanne rurale, la Société d’Intensification de la Production Agricole (SIPA) de Thiambé, Bineta Hanne la gérante, multiplie les initiatives pour la pérennisation des acquis de ce modèle créateur de richesse et d’emplois dans son terroir.
Comme la plupart des jeunes foutankaises, Bineta Hanne a dû arrêter des études scolaires pourtant très prometteuses pour se marier et rejoindre le domicile conjugal après une formation en secrétariat de bureau. Ce qui n’émouche en rien son esprit de battante car, avec ses quelques qualifications de base, elle réussit à monnayer ses compétences dans un projet de développement. Avec un maigre salaire dont elle épargne une partie parce que ambitionnant de se payer des études en secrétariat de direction dont elle rêve…
Face aux multiples exigences de la vie et malgré sa forte détermination, elle aura du mal à concrétiser cette ambition. En 2010, le PRODAM (Projet du Développement Agricole de Matam) qui développe les Sociétés d’Intensification de la Production Agricole (SIPA) qui sont des entreprises Paysannes de type SARL, gérées par des associés rémunérés avec les bénéfices réalisés qui lui ouvre les portes de l’entreprenariat. Ces entreprises rurales gèrent 120 à 150 jeunes et disposent d’un patrimoine foncier de 40 ha, d’un forage agricole d’un débit moyen de 150m 3 /h, d’un magasin de conditionnement et de groupe électrogène. Le dispositif technique mis en place permet d’assurer une agriculture permanente en 2 à 3 cycles de production par an. Elles se proposent de booster la production et la productivité agricoles pour passer de la sécurité alimentaire à la sécurité économique, de créer des emplois durables en milieu rural et de lutter contre l’émigration. Bineta se saisit de l’opportunité qui s’offre à elle et devient gérante de la SIPA de Thiambé qui se trouve dans sa localité. Ainsi, elle devient chef de l’entreprise en plaidant le respect, la sincérité dans le travail, la ponctualité, le respect des cotisations, la transmission et le partage des informations relatives à la SIPA et à son fonctionnement, aidée en cela par les chefs de groupes. Elle veille au grain au code de conduite édicté par le règlement pour la bonne mise en œuvre des activités de productions dans le périmètre.
Tout un challenge qui l’a forcée à batailler fort et bousculer certaines pesanteurs socio-culturelles pour mettre en place à travers son management un bon planning de production en fonction des besoins du marché avec l’accompagnement du Prodam. La Sipa cultive sur plusieurs hectares de sorgho, du niébé et du melon avec une bonne planification échelonnée en fonction des besoins du marché.
«Je travaille au quotidien pour la réussite de l’entreprise car, il n’y a pas de secret, c’est le travail qui construit la réussite. Je pousse mes sociétaires, surtout les femmes à relever le défis en changeant de comportement et à se concentrer sur le travail», déclare-t-elle. «Au début, nous avons rencontré des difficultés, en recevant de faibles revenus. Les choses se sont améliorées par la suite, l’entreprise a pu contractualiser avec des opérateurs et aujourd’hui nous exportons du gombo labellisé en Europe avec des revenus acceptables. Ce qui représente une avancée qualitative dans la vie des bénéficiaires en termes de scolarisation des enfants, de la santé et des moyens d’existence des ménages».
Avec l’avènement de l’exportation du gombo, la SIPA de Thiambé se professionnalise de plus en plus avec une grande dextérité dans la collecte, le tri, la préparation, le conditionnement et le transport du produit. Entre temps, le volume du travail devenu tellement important a favorisé le recrutement de journaliers rémunérés entre 2500 et 3000 F CFA, des sources de revenus qui appâtent les jeunes surtout les collégiens et les lycéens durant les vacances.
«Nous pouvons créer de la richesse car nous voyons grand en termes de productivité et de mise en marché. Le Prodam a mis en branle les rampes de la sécurité économique, c’est une opportunité que nous devons bien saisir par la consolidation des activités économiques que nous faisons depuis quelques années. Jusque là, c’est l’électricité (factures élevées) qui péjorait nos bénéfices, avec l’installation du solaire, l’avenir est plus radieux», explique la gérante qui est aujourd’hui la présidente des SIPA de la région.
ROKHAYE NDIAYE GNINGUE, LA «MERE THERESA» DES ENFANTS DEMUNIS
Eu égard au rôle primitif qui est accordé à la gent féminine en Afrique, Mme Rokhaya Ndiaye Gningue est une femme sénégalaise qui a su déconstruire ce stéréotype et transcender la place de femme au foyer qui lui a été assignée et imposée par sa société, surtout au cours de ces années 70 où les croyances coutumières demeuraient encore profondément ancrées dans la société sénégalaise. Elle a repoussé les préjugés et les pesanteurs de la société pour se hisser au haut niveau.
Titulaire d’un baccalauréat scientifique en 1972, Rokhaya Ndiaye Gningue est une ingénieure agroalimentaire sortie de l’école supérieure polytechnique de Dakar. Major de sa promotion, elle sera recrutée à l’Institut technologie alimentaire (ITA) avant même la fin de sa formation pour être nommée plus tard, grâce à ces compétences, cheffe laboratoire. Fonction qu’elle occupera pendant 32 ans. Mais, au-delà de cette casquette laborantine, Madame Gningue encadrait parallèlement des thésards respectivement à la faculté des médecines et dans certains instituts privés. Tout au long de sa carrière, avec l’évolution de la science, elle ne s’est pas lassée d’ajouter d’autres cordes à son arc en s’ouvrant vers d’autres filières en corrélation avec l’agroalimentaire. Ce qui lui a valu d’être un condensé de savoir dans le domaine des sciences agroalimentaires.
Après la retraite, Madame Gningue n’a pas voulu rester passive. Elle s’est de suite retroussée les manches dans le souci de vulgariser et de transmettre ses connaissances et son savoir-faire à la population, les inciter surtout à la consommation des produits locaux. C’est ainsi qu’elle a eu l’idée de créer un GIE rattaché à sa mission avec des femmes de Grand-Yoff et de la patte d’oie dénommé «AMINA MUTISERVICES» spécialisé dans la pâtisserie, des mets sucrés ou salés à base de céréale et d’autres produits locaux. De cette initiative, elle entendait transmettre avec tact les livrets de recettes qu’elle a eu à tirer de nos produits locaux au cours de ces recherches et expériences afin que celles-ci ne soient pas rangées dans les tiroirs.
Au cours de cette formation, Rokhaya Ndiaye Gningue initiait aussi les femmes de ces localités à la préparation sans bouillon et les apprenait en même temps comment conserver l’aspect nutritionnel des légumes sans oublier les bonnes pratiques de nutrition et de microbiologie.
Face au taux de chômage inquiétant qui secoue notre pays depuis un bon bout de temps, elle a eu la brillante idée, après moult réflexions, de créer une structure de formation sous le nom «cuisine du savoir-faire». Objectif, former des jeunes qui n’ont pas de diplômes, dans des modules divers à court terme afin de les pousser vers l’auto-emploi. Une manière pour elle d’apporter sa partition dans le développement socio-économique du pays et de créer en même temps de l’emploi.
Le faible résultats des élèves en banlieue sera un déclic pour notre «incontesté model» d’orienter sa généreuse mission vers les écoles en collaboration avec le GRDR qui s’active dans les cantines scolaires de la banlieue, pour aider ces élèves qui, la plupart, sont issus de familles démunies, restant des journées entières à l’école sans prendre un repas. Ce qui se répercutait sans nul doute sur leur résultat scolaire. C’est ainsi qu’elle a, par ailleurs, bénéficié aussi de l’appui de mains fortes qui la plupart étaient des mères de famille qui acceptaient de cuisiner pour les enfants lors des journées continues sans bourse délier.
Une collaboration féconde qui assurait lors de ces journées aux élèves et professeurs des plats traditionnels et économiques au petit matin et au déjeuner moyennant une participation de 100 F CFA. Après une année seulement, le charme attractif des retombées en matière de résultats a incité d’autres écoles à y adhérer. Aujourd’hui, la quasi-totalité des élèves, de Pikine, Guédiawaye et Thiaroye bénéficie des services de ces cantines scolaires
La récompense au bout de l’effort
Rokhaya Ndiaye Gningue ne s’est jamais plainte et ne croit pas d’ailleurs à la politique discriminatoire tant chantée par la plupart de ces pairs. Son sacerdoce a toujours été de travailler dur pour réussir. Attitude qu’elle a hérite de son père qui ne faisait pas de distinction entre ces enfants de sexe opposé. Pour elle, «la parité ne tient pas» mais «la méritocratie doit rythmer le monde professionnel». Et c’est dans ce sillage même qu’elle confie «que le travail d’une mère ne doit pas porter atteinte l’éducation de ces enfants.» Et de renchérir que «la femme est le socle de notre société, celle qui façonne l’avenir de notre pays, dessine les contours du monde de demain. Elle doit œuvrer sans relâche pour le bien être de sa famille et de sa communauté». Ainsi, malgré son âge avancé, Rokahaya Ndiaye Gningue continue jusqu’à ce jour d’œuvrer dans le social et compte rester dans la dynamique de mouiller le maillot pour son cher Sénégal jusqu’à son dernier souffle.