SUR 244 DETENUES, 54 SONT POURSUIVIES POUR INFANTICIDE ET 5 POUR AVORTEMENT CLANDESTIN
D’après une étude commanditée par la task-force pour l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste, avec l’appui de l’Ong Pp global, 244 femmes croupissent actuellement en prison

D’après une étude commanditée par la task-force pour l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste, avec l’appui de l’Ong Pp global, 244 femmes croupissent actuellement en prison. Parmi elles, les 54 sont poursuivies pour infanticide et 5 pour avortement clandestin.
La non-application du protocole de Maputo sur l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste est à l’origine de beaucoup de drames chez les femmes mais aussi au niveau de la société. En attestent les résultats de l’étude initiée par la taskforce pour l’avortement médicalisé en cas de viol ou d’inceste pour savoir la situation des femmes incarcérées. Il ressort de l’étude réalisée entre octobre et septembre 2022 qu’il y a une présence effective de femmes dans les prisons sénégalaises pour avortement clandestin et infanticide. «Sur les 37 établissements pénitentiaires que compte le pays, seuls 14 établissements pénitentiaires abritaient des femmes incarcérées pour infanticide ou avortement clandestin au moment de l’étude», a révélé Julien Ngagne Ndour, le consultant qui présentait les résultats de l’étude. Sur les 244 femmes détenues dans l’ensemble de ces établissements pénitentiaires, souligne t-il, «59 (soit 24,18%) ont été concernées par l’objet de l’étude ; 54, soit 22,13%, sont poursuivies pour infanticide et 5, soit 2%, pour avortement clandestin. Sur le nombre total de celles poursuivies pour les faits, il y en a 54, soit 91,5%, pour infanticide et 5, soit 8,5%, pour avortement clandestin». Selon le consultant, le nombre de femmes incarcérées pour ces deux faits ne représente que 18,51% de la population féminine en milieu carcéral.
27,1% DES DETENUES SONT ISSUES DE LA BANLIEUE
«La majorité des femmes concernées, soit 61%, est issue des autres régions du Sénégal, 6,8% de Dakar périphérie et 27,1% de Dakar banlieue», renseigne Julien Ngagne Ndour. Pour ce qui est de leur nationalité, il y a 04 étrangères dont 02 Guinéennes, 01 Malienne, 01 Nigériane et 55 Sénégalaises. A en croire le sieur Ndour, 66,1% des détenues ont un âge supérieur à 22 ans, avec une fille de 16 ans (la plus jeune ; la plus âgée a plus de 30 ans. «47,5% des femmes sont issues de familles polygames, le groupe compte 22 femmes célibataires, 22 femmes mariées et 15 divorcées. Parmi elles, 46 ont au moins un enfant en charge et 13 n’en ont pas», relève l’étude qui démontre que la plupart des femmes détenues pour infanticide ont un niveau d’étude faible. Quant à la situation professionnelle de ces femmes, 28 d’entre elles exerçaient une activité professionnelle avant leur détention, 30 étaient restées sans emploi. Interrogées lors de l’étude sur les causes de leurs actes, 30,5% des femmes détenues soutiennent ne pas savoir pourquoi elles ont commis l’acte d’avortement ou d’infanticide. «27,1% déclarent avoir commis ces actes par peur ; 11,9% affirment avoir été victimes de viol ; 10,2% déclarent que c’est à cause de l’adultère et 15,3% pour d’autres considérations telles que l’ivresse, la mort naturelle de l'enfant».
83,3% DES FEMMES DETENUES POUR INFANTICIDE OU AVORTEMENT LE SONT PAR IGNORANCE
Les principaux facteurs à l’origine de ces actes (infanticide et avortement) arrivent dans l’ordre suivant : 83,3% à cause de l’ignorance ; 75% pour manque de morale ; 58,3% pour manque de valeur ; 41,7% en raison de la pauvreté ou de conditions sociales précaires. Il urge de souligner que les détenues pour infanticide ou d’avortement font face à de nombreuses conséquences qui vont de l’abandon des études, de la perte de leur emploi à l’exclusion sociale en passant par la stigmatisation au sein de la famille et de la société. Venu assister à la restitution de l’étude, l’ancien député Moustapha Diakhaté a indiqué que la principale cause de l’avortement, c’est l’Etat qui tarde à appliquer le protocole de Maputo qu’il a pourtant ratifié. «C’est un combat difficile, mais qu’on peut gagner. Les politiciens ont peur de perdre l’électorat maraboutique, c’est pourquoi ils n’adhèrent pas à l’application de l’avortement en cas de viol ou d’inceste», a déclaré Moustapha Daikhaté.
A l’issue de l’étude, des recommandations ont été formulées pour que les décideurs puissent développer des actions de prévention, mais aussi assurer la conformité de la législation sénégalaise en matière d’avortement avec les engagements pris au niveau international. Il y a aussi la mise en place des mesures nécessaires pour l’application sévère des peines envers les agresseurs.