Rabat, 8 mars 2015 (AFP) - Le Maroc a convoqué le chargé d'affaires du Nigeria pour lui signifier le refus du roi de s'entretenir avec le président Goodluck Jonathan, a indiqué dimanche une source diplomatique, déplorant une tentative de "récupération politique" sur fond d'échéances électorales à Abuja.
Selon les autorités du royaume, le président Jonathan a souhaité s'entretenir par téléphone vendredi avec Mohammed VI mais le souverain marocain n'a "pas jugé opportun d'accéder à cette demande". Cette décision "a été officiellement notifiée" le lendemain au diplomate nigérian en poste à Rabat.
Pour justifier ce refus, le ministère marocain des Affaires étrangères a évoqué dans un communiqué "le contexte électoral" au Nigeria, en référence à la présidentielle du 28 mars, ainsi que les "positions hostiles" d'Abuja sur le dossier du Sahara occidental.
M. Goodluck "est président depuis cinq ans et n'avait jusque-là effectué aucune demande de contact téléphonique. (...) On ne peut donc trouver qu'une signification à sa démarche: celle de vouloir s'afficher avec un dirigeant d'un pays arabe et musulman" à l'approche des élections, a expliqué à l'AFP une source diplomatique marocaine.
"C'est une question de principe. Nous souhaitions éviter une tentative de récupération politique", notamment vis-à-vis des populations du nord du Nigeria, à majorité musulmane, a-t-elle ajouté.
Le Maroc reproche en outre au Nigeria d'être "à l'avant-garde du bloc hostile" au royaume sur la question du Sahara occidental, une ex-colonie espagnole contrôlée par Rabat mais revendiquée par des indépendantistes (Polisario), a avancé cette source diplomatique.
Fin 2013, le Nigeria avait notamment abrité une réunion de soutien à la "cause sahraouie", lors de laquelle le président algérien Abdelaziz Bouteflika avait appelé à la mise en place d'un mécanisme international de surveillance des droits de l'homme au Sahara occidental.
Le Maroc, qui s'oppose vigoureusement à une telle démarche, avait rappelé provisoirement son ambassadeur à Alger pour protester contre ces propos. Rabat propose un plan d'autonomie sous sa souveraineté pour ce vaste territoire de moins d'un million d'habitants. Mais il est rejeté par le Polisario, soutenu par Alger, qui réclame un référendum d'autodétermination.
. Les efforts de médiation de l'ONU sont dans l'impasse.
AUGUSTIN SENGHOR: "NOUS DEVONS NOUS RESSAISIR POUR LES PROCHAINES SORTIES"
Dakar, 8 mars (APS) - Le président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Augustin Senghor, appelle les Lionceaux à se ressaisir pour gagner les deux matchs de poule restant à jouer au Championnat d’Afrique des nations (CHAN, 8-22 mars) des moins de 20 ans.
"Tout n’est pas perdu. L’idéal, c’était de démarrer par une victoire. Puisqu’on est chez soi, il faut se ressaisir pour remporter les deux prochains matchs et se qualifier", a-t-il dit après la première sortie des Lionceaux.
L’équipe nationale des moins de 20 ans du Sénégal a chuté devant celle du Nigeria, 1-3, à l’ouverture du CHAN 2015 de la catégorie, dimanche, au stade Léopold Sédar Senghor, à Dakar.
"Ce sera un match difficile. Nous connaissons la Côte d’Ivoire et avons disputé avec elle des matchs amicaux. Nous n’avons qu’un seul choix à faire, c’est battre la Côte d’Ivoire et le Congo. Notre objectif est d’aller en demi-finale", a réagi le président de la FSF.
Il trouve que "c’est compliqué" d’entamer un tournoi par une défaite.
"Il faut avoir la capacité de revenir. Les correctifs seront faits pour une meilleure tenue et un meilleur résultat", a promis Augustin Senghor.
Analysant le match des Lions, il a dit qu’il était "déçu" du résultat parce que les Lionceaux ont eu "une très mauvaise entame de match".
"Nous avons encaissé deux buts, qui ont surpris tout le monde. Malheureusement, nous n’avons pas pu revenir au score, malgré nos nombreuses occasions. Nous avons eu à faire avec une très bonne et talentueuse équipe du Nigeria, avec ses individualités. Elle a contrôlé le match", a ajouté Augustin Senghor.
LES PRISONS SONT DANS UN ETAT INADÉQUAT POUR LES FEMMES ENCEINTES OU ALLAITANTES
Dakar, 8 mars (APS) – Les prisons sénégalaises ne sont pas équipées de manière à pouvoir accueillir les femmes enceintes ou allaitantes, lorsqu'elles sont condamnées à des peines de prison, selon un rapport publié ce dimanche, à Dakar.
Dans les prisons au Sénégal, "le statut des enfants n’est pas (...) pris en compte, car ils vivent dans les mêmes conditions de détention que les adultes", déclarent les auteurs de cette étude publiée à l'occasion de la Journée internationale de la femme.
Le rapport a été réalisé par le Bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest du Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’homme et l’Association des juristes sénégalaises (AJS).
Il est basé sur des entretiens réalisés entre mars et juillet 2014 avec 152 femmes détenues dans cinq prisons accueillant plus de la moitié de la population carcérale féminine du Sénégal, à Liberté VI, Rufisque, Thiès, Kaolack et Tambacounda.
Le rapport signale "l’absence (…) d’un régime alimentaire adapté à l’âge des enfants" vivant avec leur mère en prison.
"Aucune des mesures préconisées" par le droit international "n’a été prise dans les établissements pénitentiaires" pour mettre les femmes enceintes ou allaitantes dans les conditions carcérales idoines, selon l’étude, qui a été présentée ce dimanche au garde des Sceaux, ministre de la Justice, Sidiki Kaba, à la prison pour femmes de Liberté VI, à Dakar.
Ses auteurs affirment que "11 enfants âgés de zéro à 20 mois étaient incarcérés avec leur mère", au moment de la réalisation du rapport, sans que des chambres leur soient réservées.
Ils déplorent qu’il n’existe pas d’"espaces de jeu" pour les enfants, ni de "garderies" pour eux, dans les prisons.
Serigne Mbacké Ndiaye, président de Convergence Libérale Patriotique, ancien ministre porte-parole d'Abdoulaye Wade est au micro de Baye Omar Gueye de (Sud Fm) dans l'émission Objection. Écoutez !
Pape Diop, président de Convergence Bokk Guiss Guiss et ancien président de l'assemblée nationale est au micro d’Elhadji Malick Ndiaye dans l'émission dominicale "Diano-bi" (Wolof) sur Sud Fm. Écoutez !
"Notre marche n'est pas encore terminée": cinquante ans après la répression sanglante à Selma d'une marche pour les droits civiques entrée dans l'histoire, Barack Obama a appelé à poursuivre la lutte contre la discrimination raciale aux Etats-Unis.
LE GROUPE JIHADISTE AL-MOURABITOUNE DE MOKHTAR BELMOKHTAR
Bamako, 8 mars 2015 (AFP) - Al-Mourabitoune, qui a revendiqué le premier attentat visant des Occidentaux dans la capitale du Mali, Bamako, est un mouvement armé jihadiste né en 2013 de la fusion du groupe de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar et d'une autre formation liée à Al-Qaïda.
Toujours actif au Sahel, le groupe a dit, dans un enregistrement diffusé par l'agence privée mauritanienne Al-Akhbar, vouloir venger son "prophète de l'Occident mécréant qui l'a insulté et moqué", en allusion aux caricatures de l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, ainsi qu'un de ses chefs, Ahmed el-Tilemsi, tué par l'armée française.
Al-Mourabitoune est né de la fusion des "Signataires par le sang" de Mokhtar Belmokhtar - un ex-chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), cerveau d'une massive et meurtrière prise d'otages sur un site gazier algérien - et du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao).
Le Mujao, implanté en particulier dans la région de Gao, dans le nord du Mali, fait partie des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda qui ont contrôlé cette partie du pays pendant près d'un an, entre le printemps 2012 et début 2013.
Ils ont été en grande partie chassés par l'opération militaire "Serval", lancée à l'initiative de la France en janvier 2013, à laquelle a succédé en août 2014 l'opération "Barkhane", dont le rayon d'action s'étend désormais à l'ensemble de la zone sahélo-saharienne.
Le 16 janvier 2013, des membres du groupe des "Signataires par le sang", unité combattante créée par Belmokhtar fin 2012, avaient pénétré sur le site du complexe gazier d'In Amenas, à quelque 1.300 km au sud-est d'Alger, et capturé des centaines d'Algériens et d'étrangers, en représailles à l'intervention française au Mali.
L'armée algérienne avait lancé l'assaut trois jours plus tard. Au total, 40 employés de 10 nationalités et 29 assaillants avaient péri. Quelques mois plus tard, le 23 mai 2013, un double attentat-suicide faisait 25 morts, essentiellement des militaires, dans le nord du Niger.
Les deux attaques, les premières du genre dans le pays, ont été revendiquées par les "Signataires par le sang" et le Mujao. Trois mois plus tard, ces deux groupes annonçaient, dans un communiqué à l'agence mauritanienne ANI, leur fusion en un seul mouvement appelé Al-Mourabitoune.
Mokhtar Belmokhtar, qui a réaffirmé en avril 2014 son allégeance au chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, est l'un des chefs jihadistes les plus redoutés du Sahel. Il milite pour un jihad sahélo-saharien et une grande coalition avec les jihadistes du Niger, du Tchad et de Libye.
Al-Mourabitoune a aussi revendiqué un attentat-suicide dans lequel un soldat français a été tué le 14 juillet 2014, jour de la fête nationale française, près de Gao.
A la mi-décembre, une opération des forces françaises et maliennes dans cette région a permis, selon Paris, la "neutralisation d'une dizaine de membres d'un groupe armé terroriste, dont Ahmed el-Tilemsi". Tilemsi, issu d'une tribu arabe de la zone, était un membre fondateur du Mujao. Il a été tué dans l'opération.
Bagdad, 8 mars 2015 (AFP) - L'allégeance annoncée du groupe islamique nigérian Boko Haram illustre l'internationalisation du groupe Etat islamique (EI). Voici un état des lieux de l'organisation extrémiste sunnite.
- Un "califat" et 25 "provinces"
L'EI a déclaré le 29 juin la création d'un califat à cheval sur l'Irak et la Syrie, deux des neuf pays dans lesquels il est implanté. Au total, le groupe, qui ne s'est pas publiquement prononcé sur l'annonce d'allégeance de Boko Haram, revendique 25 provinces ("Wilayat" en arabe) en Syrie, Irak, Libye, Yémen, Algérie, Arabie saoudite, Egypte, Afghanistan et Pakistan.
C'est en Irak, où l'EI trouve ses racines, que le nombre de provinces est le plus élevé: dix avec la création des wilayat de Dijla et de Jazeera en février. Viennent ensuite la Syrie (sept) et la Libye (trois).
Hors de ces pays et de l'Egypte, les autres Wilayat sont plutôt des groupes dont le chef de l'EI, Abou Bakr al-Baghdadi, a accepté l'allégeance, mais ne se sont pas illustrées par des "actions" particulières.
Au total, environ huit millions de personnes vivent dans des territoires contrôlés par l'EI en Irak et en Syrie, selon Pieter van Ostaeyen, spécialiste du Moyen-Orient. En Libye, "les territoires ne sont pas si grands et pas totalement contrôlés par les jihadistes".
Luay al-Khatteeb, chercheur associé au Brookings Institute, donne une fourchette plus basse "de 6 à 7 millions de personnes". Une vaste population qui oblige les jihadistes, estime le chercheur, à "avoir une puissante et nombreuse force armée".
- L'EI, combien d'hommes?
Il est extrêmement difficile d'évaluer les forces de l'EI car "il n'existe pas de sources solides pour donner un chiffre précis", souligne M. al-Khatteeb. "C'est un groupe terroriste non-conventionnel qui mène une guerre non conventionnelle", rappelle-t-il.
Il évalue le nombre de combattants "aux alentours de 80.000", dont "environ 20.000 étrangers". Pour M. Van Ostaeyen, l'EI peut compter sur 60.000 à 70.000 combattants même s'"il est très difficile de donner une estimation exacte". Si l'immense majorité se trouve en Irak et en Syrie, "on peut estimer de 1.500 à 2.000" le nombre de jihadistes ayant fait allégeance à l'EI en Libye.
Pour la seule Syrie, l'EI disposerait de 40.000 à 45.000 hommes, selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.
Dalia Ghanem-Yazbeck, analyste au Carnegie middle East Center, est beaucoup plus prudente sur le nombre de combattants. "Si l'on en compte 25.000 au total, c'est le maximum", affirme-t-elle, en demandant d'"arrêter de surévaluer leur nombre" car "c'est leur faire de la publicité".
- L'EI est-il riche?
Il est également impossible de déterminer les moyens financiers de l'EI, qui a mis la main sur les richesses économiques des régions conquises.
L'une d'elles est le pétrole extrait des puits en Syrie et Irak. "Ils en tirent beaucoup d'argent et le vendent à qui veut acheter", selon M. Van Ostaeyen.
En octobre, le sous-secrétaire américain au Trésor en charge du terrorisme et des renseignements financiers, David Cohen, avait déclaré qu'il lui rapportait un million de dollars par jour. Mais ce chiffre est contesté par l'expert al-Khatteeb, selon lequel l'EI produit "au maximum 50.000 à 60.000 barils par jour", une quantité insuffisante pour satisfaire la demande "des populations sous son joug".
Au pétrole, s'ajoutent les revenus tirés de la vente d'antiquités, des rançons, des taxes et extorsions imposées "aux commerçants locaux, qui doivent payer pour garder leurs magasins ouverts".
L'EI a pu aussi se servir dans les établissements financiers des villes conquises, comme Mossoul, où les réserves en liquide des banques atteignaient environ 400 millions de dollars avant l'offensive, selon des déclarations de Bashar Kiki, le chef du conseil provincial de Ninive, dont Mossoul est la capitale.
Les finances, pour Dalia Ghanem-Yazbeck, sont et resteront le nerf de la guerre. "Le jour où l'EI n'a plus d'argent pour financer la population qu'elle administre, alors celle-ci se retournera contre eux", prévoit-elle.
- Comment fonctionne l'EI?
La structure administrative de l'EI est calquée sur celle d'un Etat, avec à sa tête Abou Bakr al-Baghdadi, autoproclamé calife. Il est assisté par des adjoints "territoriaux" et un commandement militaire.
Baghdadi est également épaulé par le conseil de la choura, regroupant de hauts responsables jihadistes, et, selon des informations, il existe d'autres conseils spécifiques, notamment militaire, sécuritaire, financier et médiatique.
L'EI est par ailleurs passé maître en art de la communication en utilisant systématiquement les nouvelles technologies. Il est devenu "une marque qui attire, comme Coca-Cola ou Mc Donald's", explique Dalia Ghanem-Yazbeck.
"Sa véritable force est virtuelle, sur internet, sur Youtube... A chaque revers militaire ou presque, il sort une vidéo choc pour que l'on parle de lui. C'est une manière de compenser la défaite militaire par la propagande".
OFFENSIVE D'ENVERGURE CONTRE BOKO HARAM APRÈS SON ALLÉGEANCE À l'EI
Boureima HAMA, Phil Hazlewood |
Publication 08/03/2015
Niamey, 8 mars 2015 (AFP) - Les armées tchadienne et nigérienne ont lancé dimanche une offensive aérienne et terrestre d'envergure au Nigeria contre les islamistes de Boko Haram, au lendemain de l'"allégeance" par le groupe au mouvement jihadiste Etat islamique (EI).
"Très tôt ce matin, les troupes nigériennes et tchadiennes ont déclenché une offensive contre Boko Haram, sur les deux fronts, dans la zone de Bosso et près de Diffa", a déclaré à l'AFP une source gouvernementale nigérienne.
Des milliers de soldats nigériens et tchadiens étaient positionnés depuis plus d'un mois en posture défensive dans la province de Diffa, sous le feu de Boko Haram.
La veille, Abubakar Shekau, chef des insurgés nigérians, avait annoncé son allégeance à l'EI, formalisant cette déclaration sur Twitter dans un enregistrement audio de huit minutes en arabe, sous-titré en français et en anglais, promettant de "faire enrager les ennemis d'Allah".
Cette offensive d'envergure intervient à un moment clé. L'offensive régionale lancée fin janvier par le Tchad, le Cameroun et le Niger -- eux aussi touchés par des attaques islamistes dans la région du Lac Tchad -- a porté des coups aux jihadistes, qui ont dû abandonner plusieurs positions dans l'extrême nord nigérian.
Boko Haram, dont on évalue le nombre de combattants à plusieurs milliers et qui n'a cessé de recruter, continue à multiplier les attentats sanglants dans les grandes villes du Nord et les massacres de villageois dans les zones reculées, au Nigeria et parfois dans les pays voisins.
Samedi, au moins 58 personnes sont mortes et 139 autres ont été blessées dans trois explosions attribuées aux islamistes à Maiduguri, fief historique de Boko Haram et capitale de l'Etat de Borno (nord-est). Le même jour, l'armée nigériane a annoncé avoir repris de nouvelles localités du Nord-Est aux islamistes:
Buni Yadi et Buni Gari, dans l'Etat de Yobe, ainsi que Marte, dans l'Etat de Borno. Menacé, le groupe islamiste rassemblait cette semaine des troupes dans son fief de Gwoza, tandis que les massacres de civils se poursuivaient. Boko Haram avait conquis en juin 2014 la ville de Gwoza, dans l'Etat de Borno (nord-est), d'où Shekau avait proclamé en août l'instauration d'un "califat".
Cette déclaration faisait suite à une déclaration similaire de Baghdadi, au moment où l'EI s'emparait également de vastes territoires. Si l'annonce du ralliement à l'EI est le premier serment d'allégeance formel de Boko Haram à Baghdadi, des signes de rapprochement entre les deux groupes étaient visibles ces derniers mois.
Un rapprochement s'est également opéré dans les modes de communication, les vidéos de Boko Haram ressemblant de plus en plus à la propagande de l'EI, qui avait déclaré par le passé avoir reçu des serments d'allégeance d'islamistes nigérians.
- 'Alliés naturels'-
Boko Haram et l'EI "ont essuyé de nombreux échecs ces dernières semaines et ces derniers mois", et le serment d'allégeance "pourrait être une façon de lancer un message à leurs troupes, pour leur regonfler le moral et attirer de nouvelles recrues, surtout dans le cas de Boko Haram", explique Yan St-Pierre, expert en lutte contre le terrorisme pour l'entreprise berlinoise Modern Security Consulting.
Selon lui, la déclaration de Shekau est liée à la présence de l'EI en Libye, d'où Boko Haram est soupçonné de recevoir des armes et des munitions depuis longtemps. Dans de précédents communiqués, Shekau avait déjà évoqué Abou Baqr al-Baghdadi, le chef de l'EI, mais sans lui faire formellement allégeance.
Ce serment "pourrait pousser les Occidentaux à se mobiliser (...) en particulier la France, qui mène déjà une campagne militaire antiterroriste en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale", estime Ryan Cummings, de l'entreprise de conseil en sécurité Red24.
Les forces occidentales ne sont jamais intervenues sur le terrain dans le nord du Nigeria, même si quelques militaires français, canadiens et américains y sont déployés sur la frontière pour faire du renseignement.
Le président nigérian Goodluck Jonathan, pour qui Boko Haram est "Al-Qaïda en Afrique de l'Ouest", avait déclaré récemment disposer d'éléments attestant de liens avec l'EI, sans plus de précisions. "Aucun des (deux) groupes n'a d'inhibition en termes de violence. Ce sont des alliés naturels", estime Max Abrahams, spécialiste des groupes extrémistes à l'université de Boston (Etats-Unis). Des experts ont averti que les attaques risquaient de se multiplier à l'approche des élections présidentielle et législatives du 28 mars.
DEUX ENFANTS ET UN CASQUE BLEU TCHADIEN TUÉS À KIDAL, AU LENDEMAIN DE L'ATTENTAT DE BAMAKO
Bamako, 8 mars 2015 (AFP) - Deux enfants et un Casque bleu tchadien ont été tués dimanche par des tirs de roquettes à Kidal, dans le nord-est du Mali, au lendemain d'un attentat meurtrier à Bamako, le premier à frapper des Occidentaux dans la capitale.
Contrairement à l'attaque de Bamako, revendiquée par Al-Mourabitoune, le groupe jihadiste de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar, les auteurs des tirs de roquettes contre un camp de l'ONU à Kidal, fréquents dans ce bastion de la rébellion, ne se sont pas fait connaître dans l'immédiat.
La Mission de l'ONU au Mali (Minusma) a fait état d'un soldat tué et de huit blessés dans ses rangs, ainsi que de deux morts et trois blessés parmi la population civile à l'extérieur du camp.
Elle a précisé ensuite sur son compte Twitter que les deux civils tués étaient des enfants. Une source au sein de la Minusma a par ailleurs indiqué que le soldat tué appartenait au contingent tchadien, le plus important numériquement à Kidal.
"Vers 05H40 (locale et GMT) le camp de la Minusma à Kidal a essuyé plus d'une trentaine de tirs de roquettes et d'obus", et les Casques bleus ont répliqué peu après à deux kilomètres du camp, "une fois la provenance des tirs établie", selon un communiqué.
"Cette attaque intervient alors que des progrès ont été enregistrés à Alger lors des pourparlers de paix", ajoute la force de l'ONU, en référence à l'accord paraphé le 1er mars par le gouvernement, mais pas encore par la rébellion à dominante touareg du Nord.
Elle fustige "la lâcheté des auteurs de ces tirs qui ont également atteint des citoyens innocents". Une source sécuritaire au sein de la Minusma a indiqué à l'AFP que des roquettes étaient tombées dans un campement situé à environ trois kilomètres du camp de l'ONU, tuant des civils appartenant à la tribu arabe des Kountas.
Paris a condamné cette attaque, assurant que "la France soutient pleinement la Minusma dans sa mission de stabilisation au Mali".
- Deux mois après Charlie Hebdo -
Forte de quelque 10.000 militaires et policiers, la Minusma a annoncé samedi avoir "mis à la disposition des autorités maliennes des enquêteurs et experts en scènes de crime" pour retrouver les auteurs de l'attentat de Bamako, qui a fait cinq morts (trois Maliens, un Français et un Belge) et au moins huit blessés.
La sécurité était renforcée dimanche dans la capitale, où les contrôles étaient stricts sur les trois ponts enjambant le fleuve Niger, et la police anticriminelle était déployée en force, équipée de gilets pare-balles.
Une source policière a fait état d'"indices sur le véhicule qui a servi à transporter le commando auteur des crimes commis à Bamako", sans autre précision.
Dans sa revendication, le groupe Al-Mourabitoune a dit vouloir venger non seulement un de ses chefs, Ahmed el-Tilemsi, tué par l'armée française en décembre, mais surtout son "prophète de l'Occident mécréant qui l'a insulté et moqué".
Il faisait allusion aux caricatures du prophète Mohammed publiées par l'hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, dont une partie de la rédaction avait été massacrée deux mois auparavant, jour pour jour, par deux jihadistes à Paris, où le président malien Ibrahim Boubacar Keïta avait participé le 11 janvier à la grande "marche contre le terrorisme".
Le Premier ministre malien Modibo Keïta a appelé samedi tous les Maliens à la vigilance. "Nous devons rester vigilants, les populations doivent signaler les attitudes de personnes suspectes", a-t-il déclaré.
L'attentat, perpétré dans la nuit de vendredi à samedi dans un restaurant au coeur de Bamako, est le premier visant des Occidentaux dans la capitale, qui vit depuis 2012 sous la menace jihadiste.
Le nord du Mali était tombé début 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda , qui en ont été partiellement chassés par l'opération militaire "Serval", lancée à l'initiative de la France en janvier 2013, à laquelle a succédé en août 2014 l'opération "Barkhane", dont le rayon d'action s'étend à l'ensemble de la zone sahélo-saharienne.
Des zones entières échappent toujours au pouvoir central, mais les attaques jihadistes, qui s'étaient multipliées depuis l'été, surtout contre la Minusma, avaient récemment diminué d'intensité.