CROISSANT… DE MARS
"Il peut rapprocher autour d’une théière et agrémenter des échanges, tout le contraire du croissant lunaire. Celui-ci est toujours au menu de discussions au début et à la fin de chaque ramadan."

Après la célébration de l’Eid communément appelé, sous nos cieux, fête de la Korité, les fidèles musulmans renouent, dans notre pays, avec les trois repas du jour. Nombreux sont ceux qui étaient pressés de déguster un bon croissant chaud au petit matin après un mois de jeûne.
Ils semblent respirer une bouffée d’air frais malgré les bienfaits thérapeutiques du mois sacré qui permet aussi, selon les exégètes, de se départir de certaines aspérités comme l’orgueil, la suffisance et de cultiver le sens du partage et du pardon. Dans un monde globalisé, le croissant est bien au menu au petit déjeuner même s’il n’arrive pas à supplanter des aliments traditionnels qui résistent à l’usure du temps. C’est le cas du bogobe, cette bouillie épaisse à base de farine, très prisée au Botswana, ou encore des ignames ou manioc très nutritifs en Guinée, pour ne citer que ceux-là. Toutefois, même s’il n’est pas riche en nutriments, le croissant est de plus en plus prisé dans plusieurs pays du monde à l’image du pain. Il est apprécié de partout et illumine les visages quand il est servi avec du bon café chaud. Il peut rapprocher autour d’une théière et agrémenter des échanges, tout le contraire du croissant lunaire.
Celui-ci est toujours au menu de discussions au début et à la fin de chaque ramadan. Il est parfois au cœur de sujet de dissensions. Chaque fois qu’il réapparaît, il intensifie son attraction, laissant souvent les musulmans sénégalais sur leur faim. L’observation du croissant lunaire, condition de la fixation du mois de ramadan, n’a pas permis d’harmoniser des positions dans certaines régions du monde islamique. À travers une analyse détaillée et profonde de la situation, des sociologues comme Moustapha Wone mettent en évidence cette nécessité de toujours relativiser. Il est question de faire en sorte que ce croissant lunaire, pas du tout savoureux, ne crée pas des germes de division. Pour lui, comme pour d’autres, tout est une question de croyances, d’habitude ou de conviction. Si dans notre pays, il n’est pas encore facile de célébrer la fête de Korité à la même date, chaque partie essaie d’avancer des raisons valables pour justifier la légitimité de son croissant lunaire. Certains s’appuient sur la tradition prophétique et essaient de la perpétuer en s’alignant sur La Mecque.
Une posture remise en question par ceux qui évoquent une différence du fuseau horaire et de l’espace géographique. Ils considèrent que pour obéir à cette logique, il faudrait commencer par s’acquitter des 5 prières quotidiennes au même moment que La Mecque. D’autres convoqueraient une tradition bien de chez nous et agiraient par solidarité locale ou parentale. Toujours est-il que pour des sociologiques, cette diversité de posture ne découle pas d’une absence de foi ou de volonté de s’unir autour de l’essentiel. Elle exige simplement une mise à niveau ou remise à niveau, quitte à engager des concertations avec toutes les parties concernées.
Tous reconnaissent qu’elle est bien lointaine l’époque où l’horizon ne dépassait pas les frontières du village ou du terroir. Même si tous ne semblent pas vibrer sur les mêmes fréquences, la position des fidèles musulmans n’est pas motivée par une désolidarité religieuse ou nationale selon les sociologies. Une différence de références est à l’origine de cette mésentente. Ce qui laisse croire que le croissant lunaire est apprécié à l’aune de la solidarité parentale ou territoriale. En tout cas, malgré des positions divergentes, le rêve est permis d’éliminer les influences négatives liées à l’apparition du croissant lunaire et de croire qu’une fête à l’unisson ne relève guère d’un poisson d’avril. Le recours à l’astronomie a permis d’enterrer des démons de la division… qui surgissent à l’ombre du mois lunaire