L’ADMINISTRATION SENEGALAISE, CETTE DEDAIGNEUSE
«Nous avons une administration républicaine, mais souvent figée dans des schémas dépassés ». a déclaré le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye lors de la Conférence des administrateurs et des managers publics (Camp) du 20 janvier dernier

«Nous avons une administration républicaine, mais souvent figée dans des schémas dépassés ». S’il y avait une seule phrase à retenir du speech du chef de l’État Bassirou Diomaye Faye lors de la Conférence des administrateurs et des managers publics (Camp) du 20 janvier dernier, c’est bien celle-là.
On pourrait y ajouter, une administration hypertrophiée, banalisée, paralysée, démystifiée et désacralisée que cela ne choquerait pas le commun des Sénégalais qui, dans leur écrasante majorité, ont une très mauvaise perception de leur administration et des services qu’elle leur offre. Et c’est à raison. Quel Sénégalais n’a pas, une seule fois de sa vie, été victime de lenteurs administratives ? Combien de fois un usager, sur pieds dès les premières heures de l’aube, brave une longue distance, débarque dans un service pour un document administratif et constater l’absence du préposé à ce service ou bien se voir jeter à la figure que le document en question n’est pas encore disponible ?
Pièces d’état civil, carte d’identité nationale, casier judiciaire, passeport, permis de conduire ou simple légalisation de papiers, le Sénégalais lambda n’est pas toujours certain d’entrer en possession de son document dans des délais raisonnables à l’ère du numérique. À plusieurs niveaux, la qualité de service au sein de l’administration sénégalaise est défectueuse. Prenons l’exemple de l’accueil au sein des structures hospitalières publiques, il est tout sauf accueillant, réconfortant, rassurant, chaleureux.
À la place, malade et accompagnant récoltent dédain et discourtoisie d’un fonctionnaire au regard torve comme s’il avait devant lui un quémandeur plutôt qu’un ayant droit d’un service public précis. Si ailleurs le client est roi, dans nos services publics l’usager est un valet qui doit aussi faire face aux longues attentes d’un préposé au service pour qui le respect des horaires est le cadet de ses soucis. On le voit donc, le laïus du président de la République résume de manière éloquente le mal qui ronge l’administration sénégalaise, engluée dans une complexité et une lourdeur des procédures de services publics qui en déroute plus d’un usager.
Au-delà de la bonne gestion des deniers publics, ce qui est surtout attendu des managers et administrateurs publics, c’est d’impulser une véritable rupture dans le fonctionnement des services sous leur autorité. Le diagnostic est posé depuis toujours, mais le chantier demeure inachevé. Et justement, parlant de schéma, il nous revient la mise en place, en 2013, du Schéma directeur de modernisation de l’Action publique (Sdmap) dont le but était, à l’époque, de simplifier les procédures d’offres de services publics. Pour sa mise en œuvre, il fut même créé une Délégation générale à la réforme de l’État et à l’assistance technique (Dgreat). Il n’en fut rien. Plus récemment, des ministères, avec différentes appellations – Réforme du service public, Transformation du secteur public, Renouveau du service public – ont été érigés pour prendre la question à bras-le-corps.
Les mauvaises habitudes persistent. Chaque nouvelle dénomination ministérielle cachant une réalité profonde difficile à juguler. Il faut croire que lenteurs et lourdeurs semblent être consubstantielles à l’administration sénégalaise, au grand détriment des pauvres usagers réduits à pousser plaintes et complaintes sans lendemain. L’actuel ministre de Fonction publique et de la Transformation du Service public (tiens, tiens), dans la foulée du constat présidentiel, a lancé des concertations pour la réforme du service public qu’il qualifie « d’impératif moral ». On lui souhaite bonne chance, espérant qu’il ne sera pas démoralisé face à cette tâche herculéenne dont les morales de l’histoire sont jusqu’ici peu inspirantes.