LES ÉLEPHANTS, UNE SELECTION EXEMPLAIRE
L’image avait le tour du monde. Didier Drogba, capitaine emblématique des Éléphants de la Côte d’Ivoire avait réuni l’ensemble de ses coéquipiers, implorant Laurent Gbagbo, alors président et Alassane Dramane Ouattara à une réconciliation nationale

L ’image avait le tour du monde. Didier Drogba, capitaine emblématique des Éléphants de la Côte d’Ivoire avait réuni l’ensemble de ses coéquipiers, les genoux à terre, implorant les autorités ivoiriennes, particulièrement Laurent Gbagbo, alors président de la République et Alassane Dramane Ouattara, chef de l’opposition à une réconciliation nationale. C’était le 8 octobre 2005. Les Éléphants venaient de composter leur ticket pour la coupe du monde 2006 en Allemagne, devant le Cameroun de Samuel Eto’o Fils dans un duel à distance qui avait tenu en haleine toute l’Afrique, voire le monde entier.
Un appel qui va malheureusement tomber dans l'oreille d’un sourd, puisque quelques années après, le pays va sombrer dans une crise politico-militaire entre le Nord et le Sud. Entre catholiques et musulmans sous le concept de l’ivoirité, qui aurait apparu en 1945 à Dakar, avec des étudiants ivoiriens avant de disparaitre pour ne réapparaitre qu'en 1994 avec l’ancien président Henri Konan-Bédié.
Ce qui va pousser Didier Drogba a monté à nouveau au créneau, pour lancer un nouvel appel au calme. «Nous sommes particulièrement affectés par les événements qui marquent la Côte d'Ivoire aujourd'hui et en appelons à la raison pour que cesse toute violence. Nous souhaitons faire cet appel solennel à l'apaisement dans notre pays pour éviter de nouvelles vies sacrifiées», écrit le capitaine emblématique, double ballon d’or de la CAF, dans un communiqué.
Alors que le pays était divisé en deux, les joueurs de football, eux, continuent à être exemplaires de par leur attitude sur le terrain et en dehors, avec des messages de paix, en refusant tout partie pris. Elle est restée une sélection digne, patriotique, melting-pot avec les meilleurs footballeurs ivoiriens du moment, de toutes les ethnies, de toutes les origines, du Nord, au Sud, d’Est en Ouest. Sans occulter les binationaux. Musulmans et catholiques se côtoyaient. Ils ont su former une dream-team qui aurait dû régner sur le continent de 2006 à 2015, sous l’influence d’une star internationale. Natif d’Abidjan, Drogba sera formé en France. Le Mans, puis l’En avant Guingamp, il va ensuite déposer ses baluchons à l’Olympique de Marseille, avec cette finale mémorable en coupe de l’UEFA. Il touchera le graal avec Chelsea en remportant la Ligue des champions en 2012.
En dehors de Didier Drogba, on se souviendra de Yaya Touré, recordman du ballon d’or africain (2011, 2012, 2013 et 2014). Mais surtout, d’un certain Kopa… Barry. Et oui, un Barry ivoirien qui a offert aux Éléphants leur deuxième étoile. Mais aussi, un Seko Fofana né en France. Sans être contraint à renoncer à la nationalité française, il a su porter haut les couleurs ivoiriennes jusqu’à la victoire finale devant les Super Eagles du Nigeria. Ce 10 février 2024, c’était toute une Côte d’Ivoire qui était fière de ses enfants. Cette Côte d’Ivoire ou se côtoie toutes les nationalités africaines. Cette Côte d’Ivoire est blanche, elle est arabe, elle est noire. C’est ce qui fait son charme et sa puissance symbolisée par les Éléphants. Ce serait pathétique que des hommes politiques mus par des intérêts bassement personnels, réveillent à nouveau les démons de la xénophobie, du sectarisme confessionnel, voire de la discrimination pour sombrer le très beau pays dans le chaos alors qu’il a pris son envol vers l’émergence.