PUBLICATION DE LA LISTE DES MÉDIAS RECONNUS, ENTRE CONFUSION ET INCOHÉRENCE
Ce travail de reconnaissance en vue d’une régulation efficace et dynamique des médias aurait gagné en fiabilité et en transparence si le MCTN avait pris le temps d’étudier le secteur en profondeur

La volonté du MCTN de réguler le secteur des médias est à saluer car les reformes ont été menées à un temps record dans un but d’assainir l’écosystème médiatique qui est en souffrance depuis plusieurs années, cependant il convient aussi de relever quelques observations qui pourraient aider à mieux affiner la démarche. Le ministère a publié une liste pour chaque catégorie de médias jugés conforme aux dispositions du code de la presse. La liste telle que publiée donne l’impression que nous disposons de cinq catégories de médias, à savoir les télévisions, les radios généralistes, la presse écrite, les radios communautaires, la presse en ligne et les Webtv. Cette classification semble ignorer la spécificité de chaque média et rend difficile le travail de reconnaissance et de régulation.
D’abord concernant les télévisions, un travail de fond aurait permis de faire la différence entre les types de télévisions, sur la même liste, on mélange les télévisions généralistes (Tfm, Waltv, 2stv…), les télévisions régionales (Saloum tv), les télévisions religieuses (Touba tv Mourchid tv, Médina Baye tv) et les chaînes internationales (F24, China tv). Ces chaînes découlent certes du modèle de flot (programme de flux), mais elles appartiennent à des catégories différentes tant dans le mode de financement que dans la régulation. En les regroupant sur une même liste, on leur attribue des fonctions et des missions similaires.
Pourquoi c’est important, si on applique le code de la presse dans toute sa rigueur, les télévisions religieuses ne devraient jamais figurer sur la liste, car l’article 144 du code la presse précise qu’« aucune licence ne peut être accordée à un parti politique, à une alliance ou groupe de partis politiques, à une ethnie ou à un groupe d'ethnies et à une communauté́ religieuse. » Sur la liste y figurent au moins 7 chaînes religieuses et une chaîne appartenant à un groupe ethnique. Donc, sur le tableau présenté, seulement 7 chaînes sont des télévisions généralistes qui se distinguent des autres de par leur portée générale et leur valeur informationnelle.
Le même constat sur la liste des radios enregistrées ou on mélange les radios généralistes, commerciales (Rfm, Walfm, Sudfm...), les radios musicales(Vibe radio), les radios internationales et quelques stations qui devraient figurer sur la liste des radios communautaires (Zigfm, Alfayda fm). Dans certains cas, on ne fait pas de différence entre groupes de presse et le support appartenant au même groupe de presse. Dans la catégorie radios enregistrée, on cite Emedia, Groupe futurs média Walfadri qui ne sont pas des radios mais des groupes ou entreprises de presse regroupant plusieurs supports médiatiques.
Le même mélange de genre est constaté sur la liste des médias en ligne. La démarche pose problème, vu, les exigences du code la presse, on ne peut pas mesurer la conformité d’un média en ligne par le simple fait d’un dépôt de dossier. Le code précise que le média en ligne doit employer, à titre régulier, au moins trois (3) journalistes, En outre, l’entreprise de presse en ligne doit disposer d’un directeur de publication et d’un rédacteur en chef justifiant respectivement d’au moins dix (10) années et sept (07) années d’expérience professionnelle. Le médias doit mettre, à disposition du public, un contenu original, composé d’informations présentant un lien avec l’actualité et ayant fait l’objet, au sein du service de presse en ligne, d’un traitement à caractère journalistique, notamment dans la recherche, la vérification et la mise en forme de ces informations. Au vu de ces exigences, on ne peut pas définir la conformité de ces médias en ligne sans faire une analyse de contenu des sites concernés pour évaluer la nature et la valeur journalistique des informations diffusées.
Ce travail de reconnaissance en vue d’une régulation efficace et dynamique des médias aurait gagné en fiabilité et en transparence si le MCTN avait pris le temps d’étudier le secteur en profondeur. Avec le bouleversement numérique, le travail de régulation des médias est devenu très complexe, des études sérieuses ou une simple consultation des travaux universitaires en amont auraient pu permettre une bonne compréhension et une meilleure appréhension des enjeux du secteur des médias.