UN APPETIT A PEINE DISSIMULE POUR LES RESSOURCES NATURELLES AFRICAINES
Tournée africaine du ministre chinois des Affaires étrangères : L’expansion rapide de la présence chinoise sur le sol africain soulève de sérieuses inquiétudes quant à ses conséquences pour les pays-hôtes

L’expansion rapide de la présence chinoise sur le sol africain soulève de sérieuses inquiétudes quant à ses conséquences pour les pays-hôtes. Bien que présentée comme un partenariat stratégique et sincère, par certains dirigeants africains, cette relation asymétrique cache une réalité bien plus douteuse.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a commencé à l’année diplomatique 2025 par une tournée en Afrique. Il s’est rendu en Namibie, en Rdc, au Tchad et au Nigeria, en vue de renforcer les liens diplomatiques et commerciaux entre la Chine et plusieurs pays du continent. Ce voyage témoigne d’un intérêt stratégique de la Chine pour l’Afrique pour satisfaire un appétit croissant pour les ressources naturelles et les avantages économiques qu’y nourrissent ses industries.
Plusieurs médias et experts ont à cet égard analysé la visite du ministre chinois en Afrique en montrant comment chaque étape suivait une logique d’exploitation de ressources locales pour servir les intérêts de Pékin. Alors que la Chine continue de s’implanter plus profondément en Afrique, des critiques émergent sur les méthodes employées, souvent perçues comme des formes d’exploitation, parfois allant jusqu’à des pratiques douteuses, voire de pillage.
L’Afrique, un réservoir de ressources pour la Chine
La tournée de Wang Yi intervient à un moment où la Chine intensifie ses efforts pour sécuriser l’approvisionnement en ressources naturelles essentielles à son modèle économique. En effet, la Chine dépend largement des ressources naturelles africaines pour alimenter ses industries, en particulier dans les secteurs de l’énergie et des technologies de pointe. Le cobalt, le lithium, le cuivre et d’autres minéraux, présents en grande quantité en Afrique, notamment dans un pays comme la Rdc, sont vitaux pour les industries chinoises, notamment celles liées à la fabrication de batteries et de véhicules électriques.
La stratégie de la Chine repose en grande partie sur l’exploitation de ces ressources en Afrique, dans le cadre de contrats commerciaux et de projets d’infrastructure, souvent à travers des entreprises d’Etat. Ce modèle permet à Pékin de contrôler une part significative des matières premières nécessaires à sa croissance industrielle. Mais cette recherche incessante de ressources n’est pas sans conséquences, tant pour l’environnement que pour les populations locales.
Par cette visite de Wang Yi, en Namibie, au Congo, au Tchad et au Nigeria, la Chine cible ainsi stratégiquement les minerais critiques (lithium, uranium, pétrole), les terres rares et les ressources énergétiques, proposant des investissements massifs en infrastructures (projets ferroviaires, centrales électriques, barrages) comme monnaie d’échange pour un accès privilégié aux matières premières. Cet impérialisme économique où les pays africains deviennent progressivement dépendants des investissements chinois, sans réel bénéfice à long terme.
Les projets d’infrastructure servent principalement les intérêts de Pékin : sécuriser des routes commerciales, faciliter l’extraction des ressources et étendre son influence géopolitique, tout en maintenant ces Etats dans une situation de subordination économique subtile mais efficace.
Une exploitation des ressources souvent critiquée
Les investissements chinois en Afrique sont présentés comme un moyen de soutenir le développement du continent. Ceci a été rappelé encore lors du dernier Forum Chine-Afrique dont les travaux ont été co-présidés par Bassirou Diomaye Faye. A l’issue de cette rencontre, la Chine a encore promis de sortir à nouveau le chéquier pour appâter des économies faibles et largement secouées par la pandémie et la guerre en Ukraine. Pékin annonce 50 milliards de dollars pour l’Afrique, pour les trois ans à venir dont 29 milliards de prêts, 11 milliards d’aide et 10 milliards d’investissements. Soit 10 milliards supplémentaires par rapport au sommet de 2021. Mais la coopération chinoise, notamment en termes d’impact, soulève des inquiétudes croissantes. Des pratiques d’extraction peu scrupuleuses et une gestion négligente des ressources naturelles sont fréquemment signalées. Des rapports soulignent que certaines entreprises chinoises ne respectent pas toujours les normes environnementales ou sociales en vigueur dans les pays africains, notamment ceux au sud du Sahara. Ces pratiques incluent, entre autres, des conditions de travail précaires, un faible respect des droits des travailleurs et des dégâts environnementaux importants, notamment dans les mines de cobalt en République Démocratique du Congo.
Par surcroit, des accords commerciaux entre la Chine et certains pays africains sont souvent accusés de favoriser les intérêts chinois au détriment des bénéfices pour les populations locales. Les autorités africaines, en quête de financement pour leurs projets d’infrastructure, signent parfois des contrats qui ne garantissent pas une gestion équitable des ressources. Dans certains cas, ces accords sont même perçus comme des formes de «pillage légal» des ressources naturelles de l’Afrique, sans que les pays producteurs en tirent des bénéfices durables. L’exploitation des ressources se fait souvent dans des conditions où la part revenant aux populations locales est marginale, et où les retombées économiques pour les pays-hôtes sont limitées.
Des préoccupations ont également été soulevées concernant la transparence des accords, souvent opaques, qui permettent à des entreprises chinoises d’obtenir des concessions de manière douteuse. Une étude du New Lines Institute pointe du doigt la gestion de la corruption, la faiblesse des contrôles locaux et l’absence de réciprocité dans les échanges commerciaux. La Chine, bien qu’investissant massivement en Afrique, n’hésite pas à privilégier ses intérêts nationaux, quitte à fermer les yeux sur des pratiques corruptrices ou nuisibles aux pays africains.
Des relations dominées par les intérêts chinois
La visite de Wang Yi souligne également un autre aspect des relations sino-africaines : la manière dont la Chine façonne les partenariats économiques en fonction de ses propres intérêts. En effet, la Chine a intérêt à renforcer les chaînes de valeur régionales en Afrique, mais en mettant en place des structures qui lui permettent de contrôler directement l’accès aux ressources stratégiques. Cette approche favorise un système où les gains économiques sont orientés principalement vers les entreprises chinoises, renforçant la position dominante de la Chine sur le continent.
Dans ce cadre, la Chine ne se contente pas de bénéficier des ressources naturelles. Elle s’assure également un accès privilégié à des secteurs-clés de l’industrie africaine, tels que la construction, l’énergie et les télécommunications, en imposant des conditions favorables à ses entreprises. Ce modèle s’apparente davantage à une relation de dépendance économique qu’à une coopération équilibrée.
La tournée de Wang Yi en Afrique met ainsi en lumière un modèle de coopération qui sert avant tout les intérêts économiques et stratégiques de la Chine. Surtout que Pékin se soucie si peu, voire pas du tout, du sort des démocraties et des libertés malmenées dans de nombreux pays africains, alors qu’elle a le pouvoir d’exercer une pression sur le sujet. Son refus de se soucier de démocratie est un blanc-seing pour de nombreux autocrates et un permis d’agir en toute impunité, surtout lorsqu’on fleure en plus avec les annonces souverainistes voire anti-occidentales.
L’exploitation des ressources naturelles du continent africain soulève aussi des questions cruciales sur la durabilité de ces relations. Si les promesses de développement et de soutien sont régulièrement avancées, la réalité des investissements chinois en Afrique révèle une logique de domination économique et d’exploitation des ressources, parfois au détriment de l’environnement et des conditions de vie des populations locales.
Une emprise sur les consciences et les économies africaines
Cette exploitation chinoise effrénée compromet aussi bien l’écologie que le développement économique des nations africaines alors que la Cop de Bakou vient de s’achever. La Chine détient désormais 20% de la dette totale des pays africains, soit 134 milliards de dollars. Cette dépendance financière croissante place les nations africaines dans une position vulnérable, limitant leur capacité à négocier des accords équitables.
Autant de révélations qui inquiètent quant à la stabilité future de certains Etats, déjà confrontés à des défis sécuritaires et économiques de taille. En proie depuis plusieurs années à l’influence russe, les Etats putschistes du Sahel rangés sous la nouvelle bannière de l’Aes (Alliance des Etats du Sahel), par exemple, renforcent désormais leur partenariat avec la Chine dont les intentions ne semblent pas plus louables que celles de la Russie de Poutine et ses miliciens de Wagner.
Une nouvelle forme de colonialisme ?
A l’heure où sur le continent la rengaine France-Dégage est sans cesse agitée et où le discours souverainiste sans contenance technique prend de l’ampleur, sont célébrés militants et leaders dont le discours tend au changement de maître. Virer Jean pour adouber Sergueï ou Lee.
La Chine s’infiltre dans cette faille et place ses pions tout en ne reniant rien de ses visées impérialistes. La stratégie chinoise a évolué d’une simple prise de participation minoritaire à un contrôle total de projets miniers majeurs. Cette approche agressive s’apparente à une forme moderne de colonialisme économique, où les ressources africaines sont exploitées au profit principal de l’industrie chinoise.
Alors que la Chine se présente comme un partenaire de développement, la réalité sur le terrain raconte une histoire différente. L’exploitation minière chinoise en Afrique, souvent menée sans respect des lois locales ni considération pour l’environnement et les communautés, pose de sérieuses questions sur la durabilité et l’équité de ce partenariat.
En plus d’être préjudiciable aux populations africaines et à leur environnement, cette stratégie chinoise fait donc de l’ombre aux intérêts russes sur le continent et laisse présager une nouvelle guerre d’influence entre les deux compétiteurs. Il est crucial que les nations africaines réévaluent ces relations et exigent des accords plus équitables qui protègent véritablement leurs intérêts à long terme.
Birane GAYE
Expert en géopolitique