LA LEÇON DE MBAYE DIONE AUX HOMMES POLITIQUES SENEGALAIS
En choisissant de lâcher la proie de la banque pour l’ombre de la politique, Par idéal, l’excellent banquier abandonne une situation plus que confortable pour tenter sa chance dans le monde si cruel de la politique sénégalaise.

En général sous d’autres cieux, dans les pays que l’on qualifie de « démocraties avancées », on entre en politique après s’être accompli économiquement. Autrement dit, après avoir bien gagné sa vie et assuré ses arrières. On fait donc de la politique pour défendre ses idées, par idéal, par passion et par engagement. Par désir de servir la collectivité.
Tout le contraire de ce qui se fait chez nous, en Afrique, où la politique est considérée comme le moyen d’enrichissement le plus sûr et le plus rapide. De ce point de vie, ce que vient de faire Mbaye Dione — et quelques rares autres avant lui, sans doute — mérite d’être applaudi et cité en exemple. Car force est de reconnaître que ce n’est pas touslesjours qu’on voit un directeur général de banque — fût-ce un petit établissement financier — démissionner de ses prestigieuses fonctions pour s’aventurer dans la jungle de la politique. Surtout dansl’univers impitoyable de ce monde tel qu’il se présente dans notre pays. C’est pourtant ce qu’il vient de faire.
Elu député de la quinzième Législature, une fonction incompatible avec celle de directeur général d’une société nationale, encore que ce n’était pas le cas de la BIMAO (Banque des Institutions mutualistes de l’Afrique de l’Ouest), apparentée au Crédit Mutuel du Sénégal (CMS), il a donc opté pour le Parlement. Et renoncé à son confortable salaire de banquier pour un traitement cinq fois inférieur au moins. Par passion pour la politique. Par conviction, par engagement, par idéal. Jusque-là loin des feux de la rampe, il entend profiter de la formidable tribune de l’Assemblée nationale, des caméras et des projecteurs pourse faire connaître des Sénégalais et, pourquoi pas ?, briguer la présidence de l’Alliance des Forces de Progrès(AFP) du président Moustapha Niasse, un parti dans lequel il milite depuis sa création et dont il a été le patron du mouvement des jeunes. Là déjà, il prenait de grands risques car militer ouvertement dans un parti politique de l’opposition tout en étant cadre dans une grande banque étrangère, il fallait une sacrée dose de courage pour le faire et du courage, Mbaye Dione en a à revendre effectivement. Il entend donc désormais, en devenant honorable député, relancer le projet politique de l’AFP, une formation dans le creux de la vague depuis son compagnonnage avec l’Alliance Pour la République (APR) dans le cadre de la coalition Benno Bokk Yaakar (BBY). Pour ce nouveau challenge — la direction de l’AFP —, Dione a de fortes chances de succès en raison de ses excellents états de services politiques puisque, en plus d’avoir dirigé les jeunesses progressistes, il dispose d’une base solide à travers la commune de Ngoundiane, dans le département de Thiès, à la tête de laquelle il a été régulièrement plébiscité et où il n’a jamais perdu une seule élection. D’ailleurs, ses nombreuses réalisations dans les domaines de l’éducation et de la santé en particulier, mais aussi de l’électrification et de l’hydraulique rurales ont fini de transformer Ngoundiane en une commune moderne, d’où l’infinie reconnaissance des populations à son endroit. Surtout, surtout, en décidant de s’engager dans la mare à crocodiles de la vie politique nationale, Mbaye Dione veut contribuer à redorer le blason d’une opposition politique dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle ronronne et manque de crédibilité. Ce en contribuant à instaurer un débat politique basé sur desidées nouvelles. Ça tombe bien puisque, depuisle mois de mars dernier, une nouvelle génération, la sienne, est aux affaires après avoir envoyé à la retraite les dinosaures qui, depuis des décennies, exerçaient leur emprise sur le champ politique. Et alors que les précédentes législatures étaient surtout caractérisées par des invectives, des disputes de bornesfontaines, des insultes voire des scènes de pugilat, des débats au ras des pâquerettes en tout cas, lui, le banquier, pourra œuvrer à recentrer les débats sur les questions économiques quisont assurément les plus essentielles car impactant directement le vécu de nos compatriotes. Nul doute qu’il le fera avec la courtoisie qui l’a toujours caractérisé, lui l’opposant modéré qui abhorre les extrémismes et la radicalité.
Un Mozart de la banque
Mais Mbaye Dione est aussi, et surtout, un excellent banquier qui a blanchi sous le harnais de la finance et qui a fait ses preuves partout où il est passé que ce soit à la Société générale des banques du Sénégal (SGBS), au Crédit International mais aussi à la BIMAO qu’il dirige depuis cinq ans. C’est surtout à la tête de ce dernier établissement qu’il a montré l’étendue de ses talents. Lorsqu’il a été nommé par le conseil d’administration à la tête de cette institution aux capitaux exclusivement privés — eh oui, contrairement à ce qu’ont voulu faire croire certains —, en janvier 2020, il a trouvé une banque confrontée à d’énormes problèmes de gouvernance, d’exploitation et de management. Le personnel avait le moral dansles chaussettes et, comme si cela ne suffisait pas, dix collaborateurs venaient d’être licenciés pour motif économique. Inutile de dire que grâce à sa connaissance approfondie du secteur bancaire, son entregent et à sa rigueur professionnelle, Mbaye Dione avait réussi rapidement à inverser cette tendance négative. C’est ainsi que, dès la clôture de l’année 2020, après donc un an au guidon, cette banque habituée aux déficits abyssaux avait fait un bénéfice record de 2,5 milliards de francs. Une tendance quis’est maintenue depuis lors. Le résultat attendu pour cet exercice 2024 ne devrait pas constituer une exception en matière de bénéfices. Bien au contraire !
En seulement cinq ans, le banquier et politicien a triplé le total de bilan de la Bimao, fondée en 2010, en le portant de 34 milliards sur la période 2019-2019, à plus de 90 milliards en fin 2024. Mieux, le portefeuille de la banque a été multiplié par cinq passant de 400 comptes courants actifs à 2000. La performance est d’autant plus remarquable qu’elle a été réalisée dans trois agences seulement ouvertes à Dakar, à Kaolack et à Ziguinchor. Cette augmentation sensible du nombre de clients s’est accompagnée d’une diversification des activités de l’établissement avec aujourd’hui trois segments dont le marché des particuliers et des professions libérales, celui des PME et PMI et, last but not least, le marché des Institutions de microfinance et des Institutionnels qui est devenu le cœur de métier de la BIMAO.
En effet, dans ce dernier secteur de la microfinance, la banque a réussi à élargir son portefeuille aussi bien sur la place de Dakar que dans la sous-région où elle compte des clients de SFD (systèmes financiers décentralisés) disposant de bonnes signatures en Côte d’Ivoire, au Mali, au Burkina Faso et au Togo notamment. Toute cette expansion, voire ce développement fulgurant, procède d’une politique agressive initiée depuis 2023 pour booster le segment de la clientèle des particuliers grâce à la digitalisation des nombreux services de la banque, et l’introduction d’innovations comme la banque en ligne, le « banque to wallet », la monétique avec l’introduction des premières cartes bancaires GIM Uemoa etc. D’autres chantiers ont été lancés que Mbaye Dione ne finalisera malheureusement pas. Ce sera donc à son successeur de les mener à terme, le banquier de Ngoundiane étant de nouveau happé par la politique qui ne veut décidément pas lâcher. Une chose est sûre :s’il connaît dans ce nouveau champ auquel il a décidé de se consacrer désormais la même réussite qu’en matière de banque, alors on peut prédire sans risque de se tromper qu’il fera une excellent carrière politique. Et les Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko, El Malick Ndiaye et autres devront compter avec lui dans les années à venir. Pour notre part, au « Témoin », nous souhaitons bon vent à celui qui a été notre banquier toutes ces dernières années et dont le soutien ne nous a jamais fait défaut !