LA VISION «SOUVERAINISTE» DU «PREMIER MAODO» REVISITEE
Lors de la conférence autour du thème : «Mamadou Dia, un engagement pour l’indépendance et le développement du Sénégal», les panélistes ont largement survolé le parcours politique et la vision économique du « Premier Maodo »

Lors de la conférence autour du thème : «Mamadou Dia, un engagement pour l’indépendance et le développement du Sénégal», tenue samedi dernier à Dakar, les panélistes ont largement survolé le parcours politique et la vision économique du « Premier Maodo ».
Cette rencontre qui marquait le 16e anniversaire de sa disparition (25 janvier 2009) a aussi permis de réaffirmer l’importance de l’héritage de l’ancien président du Conseil du gouvernement. Le lancement des « Grandes conférences de Douta Seck » a été l’occasion pour célébrer le 16e anniversaire de la disparition de l’ancien président du Conseil (1958-1962). Lors de cette rencontre, les différents panélistes sont largement revenus sur l’importance de préserver la mémoire de l’ancien de Mamadou Dia dont l’œuvre politique et la vision peuvent constituer une source d’inspiration pour la nouvelle génération. Ainsi ont-ils abordé son programme politique autour du socialisme autogestionnaire, ses projets de modernisation de l’économie sénégalaise et son legs politique.
Pour Adama Baytir Diop, enseignant-chercheur en Histoire à la retraite qui a retracé le parcours politique de Mamadou Dia, le « Premier Maodo » est l’archétype même de l’homme politique modèle dont le sens premier de son action était la promotion d’une démocratie participative au service de tous les citoyens. « Mamadou Dia est le chantre d’une probité morale sans faille. Il s’était fixé comme mission de lutter contre le népotisme, le clientélisme et la corruption, vestiges du système colonial oppressant pour les masses. Son engagement politique s’est articulé autour de deux éléments : le socialisme autogestionnaire afin de promouvoir la démocratie participative et libérer les paysans, longtemps victimes d’un système d’assujettissement, et la promotion des valeurs citoyennes pour combattre les réseaux d’intérêt personnel au détriment du peuple », a déclaré le panéliste.
D’après M. Diop, ce projet politique, basé sur le souverainisme et le nationalisme, sera fortement combattu par une coalition de forces conservatrices. « Les élites urbaines, les maisons de commerce et certains milieux maraboutiques vont s’appuyer sur des parlementaires pour le combattre et le renverser. Ainsi, après les évènements de décembre 1962, il sera condamné à de la prison à vie avant d’être gracié par le président Senghor. Après sa sortie de prison, en 1974, il crée le Mouvement démocratie politique (Mdp) qui, en 1981, deviendra le Mouvement pour le salut et l’unité (Msu) », a rappelé Adama Baytir Diop.
Les freins à l’action politique de Mamadou Dia Pour sa part, Dr Ibrahima Dème, inspecteur de la Coopération à la retraite, a indiqué, dans son exposé, que le legs économique de Mamadou Dia peut se mesurer à l’aune de son attachement au développement de coopératives agricoles. « Mamadou Dia, à travers les coopératives agricoles, voulait mettre en avant le caractère communautaire de l’économie africaine qui se distingue par un système d’entraide et de coordination des communautés villageoises.
Par ailleurs, Mamadou Dia, qui a adopté le décret nº 60-177 du 20 mai 1960 portant statut des coopératives agricoles, voulait mettre fin à la mainmise des maisons de commerce et des sociétés d’indigènes de prévoyance sur le monde agricole. La vision de Dia était la mise sur pied d’une organisation économique basée sur des coopératives agricoles autonomes capables de gérer tous les aspects liés à la production et qui vont jusqu’à la commercialisation de leurs produits. Pour cela, il va créer l’Office de commercialisation agricole et des structures bancaires dans le but faciliter l’accès aux crédits pour les paysans », a-t-il affirmé.
Pour le panéliste, cette politique de formation, d’encadrement et de financement sur le monde rural peut servir de modèle aux nouvelles autorités. Prenant la parole, Alla Kane, député à l’Assemblée nationale et ancien responsable du Parti africain de l’indépendance (Pai), est revenu sur les limites de l’action politique de Mamadou Dia qui, d’après lui, l’ont empêché de mettre en œuvre sa vision d’un Sénégal souverain et totalement indépendant. « Mamadou Dia était investi de la mission historique, politique de conduire et d’organiser la constitution d’un État démocratique.
Or, ni l’Ups ni le gouvernement néocolonial n’avaient comme objectif la réalisation de la révolution démocratique. Surtout que son engagement politique l’avait empêché de penser à la création d’un parti national fort, capable d’engager la lutte pour l’indépendance, dans l’intérêt de la bourgeoisie nationale », dit le parlementaire. Selon le doyen d’âge de 15e législature, cette absence d’un parti bien organisé, avec un programme clair, des dirigeants et des cadres déterminés, a été son talon d’Achille. « S’il avait laissé, après son arrestation, un parti fort, même dans la clandestinité, celui-ci aurait pu engager, en alliance avec d’autres forces politiques et démocratiques, la bataille de mobilisation des masses par de puissantes manifestations pour l’arracher des mains de ses geôliers », a-t-il conclu.