APPEL A LA LISCA POUR QU’ELLE SE TOURNE DAVANTAGE VERS LES AUTRES FORMES DE CANCER
Isaac Diop, Président de l’Association sénégalaise des laryngectomisés et mutilés de la voix, lance un appel à la Lisca

Comment avez-vous su votre maladie et quelle a été votre réaction sur le coup ?
Chez moi, tout a commencé par des problèmes respiratoires aigus. C’est ainsi que j’ai été orienté au service Orl de l’hôpital pour un traitement. Et j’avoue que lorsque j’ai recommencé à respirer normalement, c’était comme un nouveau souffle. J’ai sur-le-champ loué le Seigneur. Je vis avec cette maladie depuis maintenant 10 ans. Au temps, j’avais déjà pris ma retraite au ministère de la Santé, au niveau de la Pharmacie nationale d’approvisionnement. Par la grâce de Dieu, aujourd’hui, j’ai 80 ans. Moi je trouve que pour affronter cette maladie et vivre le plus longtemps possible avec elle, il faut être fort psychologiquement. Dans cette vie, tout se passe dans le mental car, à force de stresser pour la maladie, on meurt plutôt que prévu. Mais aussi, il faut avoir beaucoup de volonté.
Qu’est-ce qui vous a motivé à créer cette association ?
En fait, le but principal de la création de cette association qui existe depuis plusieurs décennies, c’est d’aider les malades atteints des cancers aérodigestifs (Larynx-Pharynx). Mais il y a aussi le volet sensibilisation, car beaucoup de malades sont désemparés. Nous les orientons vers les personnes ressources et surtout nous les accompagnons psychologiquement, en leur disant que c’est une maladie qui se soigne, si elle est très tôt prise en charge. En fait, nous sommes une famille sanitaire. C’est le professeur Malick Diop qui est notre Président d’honneur et moi je dirige l’association depuis 8 ans. J’ai fait un mandat de cinq ans et j’ai été réélu dernièrement. Nous sommes plus de 200 membres rien qu’à Dakar, et il y a également des antennes dans les régions. Nous sommes une association reconnue par l’Etat.
Quels sont les problèmes auxquels vous faites face au niveau de votre association ?
Les problèmes ne manquent pas. Notre problème majeur, c’est la subvention de l’Etat qui est modeste, on ne reçoit que 300 000 francs, pour une association qui a plus de 200 membres. C’est comme de la mendicité. Et pendant ce temps, dans les mairies, ils donnent des subventions d’un million. Avec cette maladie, on est quasiment ruiné, car le coût de la prise en charge est très élevé. Les scanners, les analyses, la radiothérapie, la chimiothérapie… tout est cher. Pour la rééducation vocale aussi, ce n’est pas évident, car il faut impérativement un orthophoniste, et au Sénégal, on a moins de 5 orthophonistes qui sont tous dans le privé. Pour la radiothérapie aussi, c’est tout un problème, car il n’y'en a qu’à l’hôpital Dalal jamm. C’est pourquoi nous appelons les nouvelles autorités à aider les malades atteints du cancer du larynx, car sans cet organe, on ne peut plus parler ; et quelqu’un qui ne parle pas, n’a pas trop d’utilité pour sa famille. On lance également un appel à la Lisca pour qu’elle se tourne davantage vers les autres formes de cancer, car en général ils ne font la communication que sur le cancer du sein et du col de l’utérus. Et souvent, ils reçoivent des financements dans le cadre du cancer. Nous sommes souvent stigmatisés ou marginalisés. Personnellement, un jour, je suis rentré dans un bus, mais quelqu’un m’a donné une aumône de 150 francs. Cela m’a fait très mal, j’ai même voulu lui retourner son argent, mais après je me suis retenue.
Quel est l’avantage d’être membre de cette association ?
En fait, ceux qui sont membres de l’association peuvent bénéficier de laryngophone qui coûte très cher (pas moins de 500 000 francs si vous l’achetez au Sénégal, mais à l’étranger cela coûte plus cher et peut aller jusqu’à 800.000 francs). Pour les implants, cela coûte des millions et à défaut de l’acheter en Europe, on peut l’avoir par le canal des Ong qui, parfois, nous en offre 3 à 4. En fait, tous les malades n’ont pas les moyens de se l’offrir. La dernière fois, on nous a offert 18 laryngophones, alors que notre association a 200 membres. Et pour le dispatching, on est obligé de le donner aux malades qui en ont le plus besoin.