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4 avril 2025
Développement
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LES MENSONGES DE THIAROYE
Une enquête du Monde révèle un dispositif impressionnant déployé ce matin-là : un millier de soldats, des blindés, des mitrailleuses face à des hommes qui réclamaient leur solde. Bilan ? 300 à 400 victimes, bien loin des 35 morts officiellement reconnus
Le Monde livre une reconstitution minutieuse du massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944 près de Dakar, où l'armée française ouvrit le feu sur ses propres tirailleurs. Une enquête approfondie qui révèle les nombreuses contradictions dans les archives militaires et met en lumière l'ampleur réelle de ce drame longtemps minimisé.
Selon la reconstitution du Monde, basée sur les archives militaires, l'opération débute avant l'aube. Un dispositif impressionnant est déployé : un millier de soldats, dont 120 Français, trois automitrailleuses, un char et deux blindés encerclent le camp où dorment les tirailleurs. À 7h15, entre 800 et 1000 hommes sont rassemblés sur l'esplanade centrale.
La version officielle de l'époque, rapportée dans les documents militaires, évoque une rébellion violente nécessitant l'usage de la force. Mais les historiens consultés par Le Monde, notamment Armelle Mabon, pointent de nombreuses incohérences dans les rapports officiels. "Aucun officier ne disait la même chose. Ça a été commandé par des écrits sur ordre", révèle l'enquête.
L'un des points les plus controversés reste le bilan humain. Si les autorités militaires n'ont reconnu que 35 morts, les recherches historiques suggèrent un nombre bien plus élevé. Armelle Mabon, citée par Le Monde, estime qu'il y aurait eu "entre 300 et 400" victimes, se basant notamment sur la manipulation des chiffres d'embarquement au port de Morlaix.
"508 cartouches ont été tirées", note un rapport du colonel Carbillet cité par le quotidien. Pour les historiens, ce volume de tirs "sur une foule compacte" suggère "un carnage de grande ampleur". Le drame pose également la question de la préméditation, certains documents évoquant une "mission de réduire les mutins".
Le Monde souligne que de nombreuses zones d'ombre persistent, notamment en raison d'archives manquantes ou inaccessibles. "Je suis convaincue que ces archives existent, mais qu'elles sont des archives que j'appelle interdites ou secrètes", affirme une historienne citée dans l'enquête. Une certitude demeure cependant : ce 1er décembre 1944, l'armée française a délibérément ouvert le feu sur ses propres soldats.
L'UASZ EN LOCK-OUT
Le Conseil académique présidé par le recteur Alassane Diedhiou, annonce la fermeture du campus pédagogique et la dissolution des instances étudiantes. Les résidents du campus social ont 48 heures pour libérer les lieux
(SenePlus) - Le Conseil académique de l'Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ) a ordonné la fermeture immédiate du campus pédagogique et la dissolution des instances étudiantes, selon un communiqué signé ce mercredi 27 novembre 2024 par le Recteur, Professeur Alassane Diedhiou.
Les mesures sont drastiques : fermeture du campus "jusqu'à nouvel ordre", dissolution des amicales d'étudiants et de leur coordination, suspension des activités de renouvellement. Seuls le Centre universitaire de Kolda et l'UFR 2S échappent à cette décision, mais devront privilégier les cours en ligne.
La direction du Centre Régional des Œuvres Universitaires Sociales de Ziguinchor (CROUS/Z) a emboîté le pas au Conseil académique en ordonnant également la fermeture du campus social. Les étudiants résidents disposent d'un délai de 48 heures, soit jusqu'au vendredi 29 novembre à 18h30, pour libérer leurs chambres et restituer le matériel mis à leur disposition (draps, couvertures).
Pour tenter de sortir de la crise, le Conseil académique a saisi les instances internes (conseils d'UFR et de département) afin qu'elles proposent des modalités de reprise. Le CROUS/Z précise de son côté qu'il "reste attentif à toute évolution concernant la situation" et tiendra les étudiants informés "des prochaines étapes dès que possible".
Ces décisions, prises conjointement par les plus hautes instances de l'université, marquent un tournant dans la gestion d'une crise dont les causes n'ont pas été précisées dans les communiqués officiels.
DES PRODUCTEURS DÉÇUS PAR LE PRIX PLANCHER DE 305 FRANCS CFA POUR L’ARACHIDE
Sidy Ba, secrétaire général du CCPA, critique une augmentation jugée insignifiante et appelle l’État à protéger les agriculteurs contre les pratiques des huiliers, tout en révisant un décret jugé obsolète.
Le prix plancher fixé à 305 francs Cfa le kilo d’arachide n’emballe pas les producteurs. Ces derniers, par la voix de Sidy Ba, secrétaire général du Cadre de concertations des producteurs agricoles (Ccpa), se disent déçus de cette décision.
«On attendait plus. C’est insignifiant cette hausse. Le prix plancher de l’année dernière était à 280 francs Cfa. On y ajoute 25 francs Cfa de plus, on dit qu’on a battu les records. Ce prix est en deçà de nos attentes», dit-il. Selon lui, vers la fin de la campagne de l’année dernière, le kilogramme d’arachide était entre 350 et 375 francs Cfa. Avant la fin de l’année dernière, le prix était à 375 francs Cfa.
« Avec ce nouveau régime, on pensait que les paysans allaient sortir de la précarité. Avec l’hivernage qu’on a eu, on attendait à ce que le prix du kilo soit fixé à 500 francs Cfa. Fixer le prix à 305 francs Cfa, c’est proposer moins que le prix de la fin de la campagne de l’année dernière. L’hivernage de cette année n’est pas bon. Il n’y a pas assez de productions. Nous pensions qu’ils allaient proposer mieux», se désole le porte-parole des producteurs. «Les prix du carburant, des sacs, de la main d’œuvre ont haussé. Pour charger un camion, la tonne est fixée à 3 000 francs Cfa. Alors que la tonne était à l’époque à 700 francs Cfa sans le prix de la tonne kilométrique entre l’usine et les points de chargement», explique-t-il.
Néanmoins, Sidy Ba recommande à l’Etat de ne pas laisser les producteurs à la merci des huiliers. Selon lui, si le pouvoir laisse ce prix entre leurs mains, ils vont les étrangler. «Ils vont nous planquer des abattements qui crèveront nos économies. Le système par lequel ils passent pour acheter nos produits date de très longtemps. C’est un décret qui date de 1985», rappelle-t-il.
Ce décret, devenu caduque, dit-il, organisait la collecte des arachides. Ce qui lui fait dire que les choses ont maintenant changé. Il rappelle que les agriculteurs donnaient leurs graines aux organisations qui les livraient aux usines. D’après lui, certaines organisations de producteurs sont tombées en faillite dans le circuit de la commercialisation à cause de ce décret et des abattements qu’on leur inflige.
LE DIFFICILE CHEMIN DE LA RÉCONCILIATION NATIONALE
Comment juger sans rouvrir les plaies ? Comment oublier sans trahir les victimes ? Le Sénégal se trouve face à ces questions cruciales après trois années de violences politiques à l'origine de plusieurs dizaines de morts
(SenePlus) - La société civile se mobilise contre la loi d'amnistie votée à la veille de l'élection présidentielle de mars 2024. Un débat crucial qui ravive les souvenirs des "heures sombres" qu'a traversées le pays, rapporte le quotidien La Croix dans un reportage.
Le bilan est lourd : au moins 65 morts selon Amnesty International, des milliers de blessés et des centaines de militants emprisonnés, parfois torturés, durant les trois années de violences politiques entre 2021 et 2024. "Les morts n'ont plus de parole, les vivants ne veulent pas de l'amnistie", tranche Mamadou Seck, un ancien manifestant cité par le quotidien français.
Si la loi d'amnistie promulguée par l'ancien président Macky Sall a permis la libération d'un millier de personnes, dont Ousmane Sonko, elle est vivement contestée. "Utiliser les moyens de l'État pour comploter, tirer, tuer des manifestants désarmés, on ne peut pas l'effacer comme si ça n'avait jamais existé", a récemment déclaré l'actuel Premier ministre lors d'un meeting à Ziguinchor.
Le nouveau pouvoir, avec le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, promet d'abroger cette loi et d'indemniser les victimes. "Une commission a été chargée de les répertorier", précise Oumar Alioune Kane, responsable de la communication du Pastef, dans La Croix. "Les indemnités vont être évaluées ou données. Les auteurs de la répression seront jugés et effectueront leur sentence."
Cette volonté s'accompagne d'initiatives citoyennes comme CartograFree Sénégal, un projet né sur Twitter pour documenter les violences policières. "C'est une initiative politique, mais apartisane, fondée sur deux piliers : informer le public sur la répression d'État et promouvoir la nécessité de justice", explique l'historien Florian Bobin au journal.
Alioune Tine, fondateur de l'Afrikajom Center, milite pour une approche plus large : "Je plaide en faveur d'une commission justice, vérité et réconciliation. Il nous faut une introspection en tant que société. Des divisions profondes doivent être comblées. Le temps est venu de faire mémoire."
Les premiers signes d'apaisement sont déjà visibles. Selon Ousmane Diallo d'Amnesty International, "il y a clairement une rupture. Avant on raflait des gens chez eux à des heures indues. Certes, des arrestations demeurent mais suivant un processus légal et transparent qui respecte les droits de la défense." Un changement que confirme Alioune Tine : "Les lignes ont bougé sur les droits de l'homme. [...] On sent plus de sérénité."
L'ANGOISSE DES LIBANAIS DE DAKAR
Implantée depuis plus d'un siècle dans le pays, cette diaspora se mobilise face aux bombardements qui frappent leur pays d'origine. Entre rapatriement des proches et organisation de l'aide, ils refusent de rester spectateurs du drame qui se joue
(SenePlus) - La communauté libanaise de Dakar se mobilise face aux bombardements qui frappent leur pays d'origine. Dans un reportage publié par le quotidien La Croix, les témoignages révèlent l'inquiétude et la solidarité d'une diaspora profondément enracinée au Sénégal depuis plus d'un siècle.
Au cœur du quartier du Plateau à Dakar, les enseignes témoignent d'une présence libanaise bien ancrée : "Chez Farid", "L'Orientale", le concessionnaire Choueiry ou encore le coiffeur Safieddine. Selon La Croix, environ 30 000 Libanais, souvent binationaux, vivent aujourd'hui au pays de la "teranga". Une présence qui remonte aux années 1890, quand les premiers migrants, initialement en escale vers l'Amérique, sont restés faute de moyens pour traverser l'Atlantique.
Cette communauté historique vit désormais dans l'angoisse depuis le début des bombardements israéliens le 23 septembre. "Ce n'est pas une guerre, ce sont des massacres. Ces lâches lancent des bombes sur les civils, bien à l'abri de toute riposte, depuis leur ordinateur", déplore Walid Ezzedine, 64 ans, cité par La Croix.
Face à la situation, la diaspora s'organise. Le 22 novembre, jour de la fête nationale libanaise, un rassemblement de soutien a été organisé. "On a eu l'autorisation la veille. Toute la nuit, j'ai confectionné des drapeaux et des banderoles", confie Walid Ezzedine, qui avait déjà organisé une manifestation similaire mi-octobre.
L'aide s'organise aussi concrètement. "On a ouvert nos maisons à Beyrouth pour accueillir les réfugiés du Sud", explique Zouheir Zeidan, évoquant les chaînes de solidarité mises en place via plusieurs associations basées à Dakar, Abidjan et Lagos.
Le gouvernement sénégalais participe également à l'effort, comme en témoigne le rapatriement de 117 Libanais du Sénégal, accueillis personnellement par le président Bassirou Diomaye Faye. Une action qui illustre les liens étroits entre les deux pays.
"Si demain le Liban venait à disparaître, que serons-nous, d'où viendrons-nous ?", s'inquiète Zouheir Zeidan dans les colonnes de La Croix. Une interrogation qui reflète l'angoisse d'une communauté tiraillée entre deux patries, dont l'une est aujourd'hui menacée. "Je veux un Liban vivant, libre, pour que mon fils puisse y vivre", conclut Walid Ezzedine, incarnant l'espoir d'une diaspora qui refuse de voir disparaître ses racines.
LA CNES S’ENGAGE POUR LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE
Ce partenariat prévoit la mise à disposition de terres pour les membres de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal et l’installation de chambres froides afin de réduire les pertes post-récoltes et renforcer la production agricole.
Dakar, 26 nov (APS) – La Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES) a décidé de soutenir la politique de souveraineté alimentaire du gouvernement, sur la base d’un protocole d’entente qu’elle a signé, mardi, à Dakar, avec le ministère de l’Agriculture et celui chargé de l’Industrie et du Commerce.
Le président de la CNES, Adama Lam, a lancé un appel à l’augmentation de la production agricole et à la construction de chambres froides en vue d’une bonne conservation des produits.
‘’Nous avons sollicité le ministère de l’Agriculture, de la Sécurité alimentaire et de l’Élevage, et le ministère de l’Industrie et du Commerce, pour qu’ils permettent au secteur privé de s’investir […] dans la résorption du déficit de production alimentaire et le stockage des produits agricoles’’, a dit M. Lam.
Selon le président de la CNES, le gouvernement, sur la base du protocole d’entente, mettra des terres à la disposition des membres de cette organisation d’employeurs, pour leur permettre de contribuer à la politique de souveraineté alimentaire de l’État.
En contrepartie des terres mises à la disposition de ses membres, la CNES, l’une des principales organisations patronales du pays, va installer des chambres froides dans plusieurs régions du pays pour faciliter le stockage des produits agricoles, a dit son président.
‘’Nous enregistrons des pertes importantes post-récoltes, de l’ordre de 30 %. Nous perdons chaque année 100.000 tonnes d’oignon et dépensons 45 milliards de francs CFA pour importer le même produit’’, a signalé Sergine Guèye Diop, le ministre de l’Industrie et du Commerce, pour montrer à quel point la conservation est importante.
Les importations de produits agricoles coûtent au Sénégal environ 1.000 milliards de francs CFA par an, selon M. Diop.
La construction des chambres froides va réduire considérablement les pertes de récoltes, a-t-il assuré.
par Cheikh Bamba Dioum
APRES LA RAZZIA DE PASTEF, LA PRESSE VA-T-ELLE SE RADICALISER OU S’ASSAGIR ?
La presse a toujours été le principal vecteur des grandes révolutions. En 2024, la presse sénégalaise a voulu ramer à contre-courant en soutenant vaille que vaille la contre-révolution.
La presse a toujours été le principal vecteur des grandes révolutions.
En 2000 et en 2012, le Sénégal n’avait pas échappé à cette règle quasi universelle.
En 2024, la presse sénégalaise a voulu ramer à contre-courant en soutenant vaille que vaille la contre-révolution. La plupart d’entre eux, totalement acquis à la cause de l’ancien régime, ont farouchement refusé le sevrage inévitable, contrairement au Peuple qui a tôt compris que le lait qui le nourrissait il y a douze ans n’était plus adapté à son âge.
On a vu de véritables As du journalisme donner l’impression de se muer en mercenaires suicidaires de la plume et de l’audiovisuel.
D’autres ont simplement brisé leurs plumes et renversé l’encrier pour prendre la tangente politique qui mène vers des chemins sinueux. D’autres encore plus coriaces ont préféré étaler leur insolence matinale ou nocturne face à leurs invités, fussent-ils de hautes autorités, ministres et tous ceux qui osent donner du crédit au vent du changement.
Mon Dieu, qu’est-ce qui est à la base de ce tintamarre stérile «des grandes gueules» qui brouillent les ondes radio, télévisées et incitent les auditeurs et téléspectateurs à déserter leurs sources d’informations préférées au profit de pseudos journalistes des réseaux sociaux comme source de soulagement ?
La pré-campagne et la campagne électorales pour les Législatives de 2024 ont donné deux faces d’un même Sénégal : d’un côté celle d’une presse qui, plus que l’opposition, a remué ciel et terre pour mettre Ko le redoutable Sonko, d’un autre côté, celle du Peuple qui, contre vents et marées, a imposé la tête de liste de Pastef, l’invincible Rambo, le phénomène politique qui a battu tous les records de résistance, de combativité, de popularité, d’estime et d’espoir.
La presse, ou plus exactement une certaine presse, à travers ses multiples plateaux de télévision, sa cascade de journaux quotidiens et ses journalistes experts en manipulation, a utilisé toutes les techniques de communication imaginables pour présenter le lion roi de la forêt comme un vulgaire chat de rue. Elle a failli réussir son projet diabolique en convainquant et en donnant les moyens à une opposition défaite, endormie sous le coup de massue reçu à l’issue de l’élection présidentielle du 24 mars 2024. Il est vrai que, quand des journalistes au verbe facile et la plume acerbe décident de mettre du venin au bout de leurs flèches, les cibles doivent préparer leurs tombes.
Mais c’était sans compter qu’en face, il y avait un Peuple vacciné et déterminé.
Certes, Rambo était lui-même suffisamment musclé et bien préparé au combat, mais le Peuple, malgré une apparence innocente, voire naïve, face à l’offensive de la presse, attendait avec empressement l’affrontement du 17 novembre pour hurler dans les urnes son cri du cœur. Le résultat sans appel a fait de Sonko et de Pastef les grands vainqueurs, l’opposition la grande perdante et la presse en question et son armada de journalistes et chroniqueurs, des prêcheurs bredouilles.
Les acrobates ont fabriqué un combat virtuel entre Sonko le Rambo et le téméraire Dias fils, négligeant sciemment les deux derniers présidents du Sénégal qui ont dirigé le pays successivement pendant douze ans chacun et qui se sont coalisés pour la circonstance. Là, au vu des résultats, la presse n’a pas eu totalement tort, car Ousmane et son parti ont été largement plus lourds que les deux présidents et leurs deux régimes réunis sur une même balance.
Par contre, Dias le maire est sorti abasourdi de l’illusion dans laquelle les médias l’avaient installé pour constater qu’il pesait, sans exagérer, cent fois moins que le colosse Sonko. La tension a été bien entretenue autour de son fief «Baobabs», mais aucun coup ne retentit malgré son talent digne du Far West.
Pour donner du tonus à leur campagne et soutenir le challenger, un colistier s’est échauffé du côté de Bakel, un laps de temps, pour défier à ses dépens l’autorité, avant de s’éclipser.
Le résultat du pesage a donné 3 kg pour Dias et 130 kg pour Sonko. Cela correspond relativement au poids du chat et du lion, contrairement à l’objectif que s’était fixé arbitrairement la presse rebelle.
Cette presse, qui a écrit des milliers de lignes et pondu des gigas de décibels à travers «les grandes gueules» des télévisions, radios et autres réseaux sociaux, va-t-elle se radicaliser ou se remettre en question, et reprendre l’orthodoxie journalistique qui rend une presse crédible ? Il ne s’agit pas de s’incliner, mais plutôt de s’assagir.
Le pouvoir, qui a obtenu les coudées franches pour mener à bien son projet, doit éviter le piège de vouloir rendre les coups encaissés dans la traversée du désert, au risque de ne pas arriver à destination. Il a intérêt à se réconcilier avec toute la presse pour le bien de la Nation.
Enfin, les ministres doivent comprendre que leur place n’est plus autour des plateaux et des débats pour justifier tel ou tel acte, mais plutôt sur le terrain des réalisations.
Cheikh Bamba DIOUM
lettre d'amérique, par rama yade
QUEL RÔLE POUR LE MAROC SOUS UNE ADMINISTRATION TRUMP ?
Le Maroc est l’un des plus anciens alliés des Etats-Unis, ayant été parmi les premiers à reconnaître l’indépendance de la jeune Nation américaine sous le règne du Sultan Mohammed III
Parmi les 55 pays africains, tous ne seront pas logés à la même enseigne dans leur relation avec la nouvelle Administration Trump. Si la plupart se montrent attentistes, il en est un dont la position à Washington pourrait être renforcée par la nouvelle Présidence Trump : le Royaume du Maroc. Il est fondamental de le mentionner en raison de l’impact des ambitions marocaines dans la sous-région africaine.
Le Maroc, un très vieil allié des Etats-Unis
Le Maroc est l’un des plus anciens alliés des Etats-Unis, ayant été parmi les premiers à reconnaître l’indépendance de la jeune Nation américaine sous le règne du Sultan Mohammed III. En 1786, cette reconnaissance a été scellée par la signature d’un traité de paix et d’amitié, toujours en vigueur. Désigné comme un allié majeur non membre de l’Otan en 2004, le Maroc joue également un rôle important dans la lutte internationale contre le terrorisme.
Le Président Trump a rappelé ces liens en décembre 2020 lorsque, quelques semaines avant la fin de son premier mandat, il a reconnu le Sahara occidental comme faisant partie du Maroc.
Les Accords d’Abraham
Un mois plus tard, l’ambassadeur des EtatsUnis au Maroc se rendait dans la ville saharienne de Dakhla pour entamer le processus d’ouverture d’un consulat, projet que le Président américain Joe Biden n’a pas finalisé. Le récent soutien de la France à cette vieille revendication marocaine (annoncé devant le Parlement marocain lors de la visite historique du Président Macron à Rabat le mois dernier) pourrait aider le Maroc à accélérer cet agenda.
Israël fait aussi partie des pays qui ont reconnu la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2023, trois ans après que le Maroc a rejoint la liste des pays arabes qui ont normalisé leurs relations diplomatiques avec Israël par le biais des Accords d’Abraham, une série de traités de paix avec Bahreïn et les Emirats arabes unis, ensuite rejoints par le Soudan sous l’impulsion de Donald Trump. Cependant, les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et les bombardements et l’invasion de Gaza par Israël qui en ont résulté, ont provoqué des manifestations massives au Maroc en soutien à la population palestinienne. Le Maroc a également rapidement envoyé de l’aide aux Palestiniens piégés dans la bande de Gaza et, devant les Nations unies, a réaffirmé la nécessité de respecter les droits des Palestiniens, sans toutefois rompre ses relations avec Israël.
Dans de telles circonstances, il ne fait aucun doute que, quelle que soit la stratégie de Trump au Moyen-Orient, le Maroc aura un rôle central.
Les ambitions africaines du Maroc
Mais, sous le Roi Mohammed VI, le royaume s’est assigné un rôle qui va bien au-delà du Moyen-Orient. Sur son flanc sud, le Maroc, de retour dans l’Union africaine depuis 2017, continue de creuser son sillon africain, avec des ambitions régionales.
Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, la France, prenant acte du rôle africain croissant du Maroc, invoquait récemment son souhait de s’appuyer sur lui pour regagner le terrain perdu en Afrique, en particulier au Sahel. Washington pourrait lui emboîter le pas. En novembre 2023, Mohammed VI a annoncé une nouvelle initiative pour permettre aux pays du Sahel - Mali, Niger, Tchad et Burkina Faso- d’avoir accès à l’Océan atlantique via des projets de développement de grande ampleur. Ce plan nécessitera sans aucun doute une coordination avec les Etats-Unis qui, la même année, avaient également lancé un «Partenariat de coopération atlantique», incluant de nombreux pays africains dont le Maroc, et des pays sahéliens comme le Sénégal et le Nigeria.
Sur le front des défis sahéliens, la présence de plus en plus marquée des réseaux sudaméricains de trafic de drogue sur le Golfe de Guinée, d’où ils alimentent les mouvements terroristes qui sèment le chaos au Sahel depuis vingt ans, devrait également renforcer la coopération avec les Etats-Unis.
Entre la Chine et les Etats-Unis
Il est cependant un domaine dans lequel les deux vieux partenaires devront s’accorder : la loi sur la réduction de l’inflation (Ira) dont le volet «crédits d’impôts», mis en place par Joe Biden, bénéficie largement à l’économie du Maroc en raison de l’accord de libre-échange qui le lie aux Etats-Unis depuis janvier 2006. Pour bénéficier de cet écosystème favorable, de nombreuses entreprises chinoises se sont tournées vers le Maroc, y réalisant des investissements importants dans le domaine des véhicules électriques. Deuxième investisseur du continent, après l’Afrique du Sud, le Maroc a besoin de ces atouts pour renforcer sa position d’acteur-clé de l’industrie verte en Afrique. Or, tout à leur rivalité avec la Chine, les Etats-Unis de Trump pourraient vouloir revisiter l’Ira, contraignant le Maroc à adapter sa stratégie d’équidistance entre ces deux puissances.
Il est vrai que la Chine étant le principal partenaire commercial de l’Afrique depuis 20 ans -avec un volume d’échanges cinq fois supérieur à celui que les Etats-Unis ont avec le continent-, la façon dont Trump envisagera son partenariat avec le Maroc en dira long sur ses intentions vis-à-vis de l’Afrique elle-même.
Rama YADE
Directrice Afrique Atlantic Council
par Koor Mayé
COP29 : UN PROGRÈS APPARENT, MAIS UN SYSTÈME À REPENSER
L'universalisme actuel, fondé sur des rapports de force déséquilibrés, doit être remplacé par un multilatéralisme inclusif, équitable et respectueux des différences
La Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP29) qui s'est déroulée au cours des deux semaines précédentes à Bakou en Azerbaïdjan s'est conclue avec l'adoption, entre autres, de nouveaux engagements financiers pour les pays en développement, marquant une avancée notable sur le papier. Le triplement des financements publics pour atteindre 300 milliards de dollars à partir de sources publiques par an d'ici 2035, ainsi que l'ambition d'accumuler 1300 milliards de dollars US par an à partir de sources publiques et privées, sont salués comme des victoires.
300 milliards en 2025 vaudraient 210 milliards en 2035
Bien que les 300 milliards de dollars par an sur une période de 10 ans représentent une avancée sans précédent le financement climatique, il faut souligner qu'en 2035 ce montant n'aura pas la même valeur qu'en 2025 en raison de l'inflation projetée. Par exemple avec une inflation de 3%, les 100 milliards de dollars qui auraient été déjà débloqués dans le cadre de l'accord précédent en 2020, auront en 2035, le même pouvoir d'achat que 155 milliards de dollars, avec un taux d'inflation annuel modeste de 3%. Selon le site Bloomberg, avec un risque d'inflation plus élevé, 300 milliards de dollars en 2035 pourraient ne même pas doubler, à plus forte raison tripler le montant du financement climatique reçu par les pays en développement aujourd'hui.
Le triplement tant loué ne l'est donc que pour 2025; En effet, chaque année qui passe, il faut soustraire 9 milliards de ce montant du fait de l'inflation.
Par ailleurs, au-delà de ce grand montant, l'on peut s'interroger sur la qualité du processus ayant abouti aux engagements dans les négociations climatiques, comme d'ailleurs dans d'autres négociations internationales ainsi que sur leur effectivité. Bref, la question du caractère démocratique du processus et de certaines décisions qui en sortent reste entière.
Des négociations climatiques : un cercle vicieux ?
Les dialogues multilatéraux sur le climat, malgré quelques progrès indéniables, semblent souvent prisonniers d'une mécanique de compromis éternel, où chaque pas en avant est suivi d'attentes frustrantes. Faut-il pour autant les abandonner ? Laisser la planète s'emballer sous le poids de l'inaction ? Ou continuer à participer à un cirque hypocrite qui dissimule les vrais enjeux derrière des accords de façade ?
Le cœur du problème réside dans la réticence persistante des grandes puissances, principales responsables historiques des émissions de gaz à effet de serre, à assumer leur rôle. Les discours sur la transition énergétique et les promesses de financement sont souvent contrecarrés par une absence de volonté réelle de transférer des ressources financières et des technologies aux pays du Sud, ceux-là mêmes qui subissent les pires impacts climatiques.
Un universalisme impérialiste à combattre
Ces négociations, il faut le rappeler, s'inscrivent dans un cadre plus large, celui d'un universalisme vertical et impérialiste. Les normes, les priorités et les visions de l'Occident continuent d'être imposées au reste du monde, créant une asymétrie flagrante dans les décisions et les responsabilités. Cette domination des valeurs occidentales ignore les besoins, les priorités et les visions des peuples du Sud, réduisant ainsi le multilatéralisme à un outil de contrôle plutôt qu'à un espace d'inclusion et de justice.
Si les négociations sur le climat doivent réellement servir à construire un avenir durable, il est impératif de renverser ce modèle. L'universalisme actuel, fondé sur des rapports de force déséquilibrés, doit être remplacé par un multilatéralisme inclusif, équitable et respectueux des différences.
Le besoin d'une alternative radicale
Ce qui frappe, c'est l'aliénation collective dans laquelle nous sommes plongés. Nous avons été conditionnés à célébrer des miettes comme des victoires historiques. Pourtant, des alternatives existent. Enda Tiers Monde et d'autres organisations engagées depuis des décennies nous rappellent qu'un autre chemin est possible. Il ne s'agit pas seulement d'obtenir plus de financement, mais de repenser les structures mêmes de ces négociations pour sortir de cette impasse hypocrite.
La solution ne réside pas dans des réformes mineures mais dans un réveil collectif. Ce réveil doit venir de ceux qui comprennent que les enjeux climatiques ne se résument pas à des objectifs chiffrés, mais touchent aux fondements mêmes des systèmes économiques, financiers et politiques mondiaux.
Vers un multilatéralisme inclusif
L'urgence est de susciter un vaste mouvement mondial capable de remettre en question les fondements actuels des négociations climatiques. Ce mouvement doit œuvrer à l'établissement d'un multilatéralisme inclusif, où chaque pays, chaque peuple, et chaque voix auront un poids égal. Ce n'est qu'en enterrant l'universalisme vertical et en construisant un système basé sur la coopération et la justice climatique que nous pourrons espérer des avancées significatives.
Un chemin à tracer. La COP29 aura marqué une étape, mais le véritable défi reste entier. La planète ne peut plus attendre, et les populations les plus vulnérables ne peuvent plus subir. Il est temps de transformer ces dialogues en véritables actes de justice, portés par un mouvement inclusif et mondial, qui fera enfin passer l'humanité avant les intérêts étroits des grandes puissances.
Koor Mayé est Docteur en géographie, Spécialiste en planification, financement et gestion du développement sobre en carbone et résilient au changement climatique.
L'AFRIQUE FRANCOPHONE SE DOTE D'UN BILLBOARD POUR SA MUSIQUE
Africa Music & Charts, qui sera lancé le 28 novembre à la Biennale de Dakar, promet de révolutionner l'industrie musicale du continent en instaurant un système transparent de certifications et de classements
(SenePlus) - Une initiative majeure vient combler un vide crucial dans l'industrie musicale africaine. Africa Music & Charts, qui sera officiellement lancé ce 28 novembre 2024 lors de la Biennale de Dakar, ambitionne de devenir la référence en matière de certifications musicales et de classements en Afrique francophone, selon un communiqué de presse parvenu à notre rédaction.
Ce projet répond à un besoin pressant dans une région où la scène musicale est en pleine effervescence. Portée par une population jeune et connectée, l'Afrique francophone voit émerger de nouveaux talents tandis que son patrimoine musical historique connaît une seconde vie grâce aux plateformes de streaming comme YouTube. Pourtant, jusqu'à présent, ce succès restait difficile à quantifier.
Africa Music & Charts entend changer la donne en instaurant un système de certifications basé sur des critères précis : ventes physiques, écoutes en streaming et téléchargements. Une approche qui vise à apporter plus de transparence et de crédibilité à l'industrie musicale africaine, tant au niveau régional qu'international.
La structure bénéficie du soutien d'un conseil de professionnels impressionnant, réunissant des figures majeures de l'industrie musicale africaine issues de labels prestigieux comme Universal Music, Sony Music, Warner Music, mais aussi d'acteurs plus récents tels que Believe, IDOL, Keyzit, Bomayé Musik et Hoside.
"Le lancement d'Africa Music & Charts envoie un message beau et fort", déclare Diadame Diaw, présidente de l'organisation. "Notre mission est de rassembler, valoriser et soutenir cette industrie en pleine expansion. En unissant nos forces nous pourrons structurer notre secteur et révéler au monde la diversité et la richesse de notre musique africaine."
Cette initiative marque une étape importante dans la professionnalisation de l'industrie musicale en Afrique francophone. En offrant enfin des données fiables et une reconnaissance officielle, Africa Music & Charts pourrait bien devenir un outil indispensable pour accroître la visibilité des artistes africains sur la scène internationale.