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3 avril 2025
International
Par Hamidou ANNE
DIEU SAURA RECONNAITRE LES SIENS
Nous avons hérité de la République de nos pères fondateurs. Elle ne nie aucune composante socioculturelle ; elle n’a pas de religion ni d’affiliation politicienne, mais elle fonde le socle commun à partir duquel nous bâtissons une histoire
«N’obéis pas à ceux qui crient en mensonge, ils aimeraient bien que tu transiges avec eux afin qu’ils transigent avec toi. Et n’obéis à aucun grand jureur, méprisable, grand diffamateur, grand colporteur de médisance.» Le Noble Coran (68 : 8-11)
Je racontais à un proche ma récente visite à Joal puis à Fadiouth, sur les terres de mes esclaves sérères, qui ont tous les défauts mais gardent une qualité : celle d’être les parents de sang et de terroir de l’illustre Léopold Sédar Senghor. Mon interlocuteur me fit remarquer que les Sérères de Fadiouth ont un autre mérite : ils ont eu le bon goût d’avoir donné au Sénégal deux cardinaux. D’abord, le regretté Monseigneur, le Cardinal Hyacinthe Thiandoum, archevêque de Dakar pendant quatre décennies. Ensuite, Son Eminence Monseigneur Théodore Adrien Sarr, créé Cardinal par la Sainte-Eglise de Rome en 2007.
La chrétienté sénégalaise a toujours joué un rôle d’avant-garde malgré son statut de minorité. C’est un fervent chrétien, lecteur attentif du prêtre jésuite Teilhard de Chardin, qui a fondé notre Etat. L’Eglise a accompagné la formulation de politiques ambitieuses dès les premières heures de l’indépendance. Le Père Lebret, prêtre dominicain, a conçu avec Mamadou Dia le premier plan quadriennal de développement du Sénégal. Mgr Sarr rappelait dans une interview, il y a 15 ans, le souci de l’Eglise de proposer aux hommes «un salut global» conformément au message du Christ de sauver l’homme dans son «être total». A côté des églises, sont érigés des dispensaires, des écoles, des centres de promotion et de renforcement de la dignité humaine. L’Eglise a formé des millions d’enfants du Sénégal. Elle ne leur a pas offert comme horizon indépassable l’insulte et la calomnie sur les réseaux sociaux.
Je tiens à rappeler le travail des Spiritains de Ngazobil, qui ont ouvert au savoir un petit enfant devenu Père de la Nation.
Je pense aux différents ordres des Sœurs de l’Immaculée Conception, de Saint-Joseph de Cluny, les Bénédictines et les Bénédictins, les Frères Carmes, Caritas, Présence Chrétienne, Clairafrique...
Tous ces ordres, toutes ces initiatives, toutes ces personnalités contribuent à la formation des esprits et à l’épanouissement social et humain des Sénégalais. Ceux qui les menacent ne sont pas à leur hauteur en termes de qualité et de hauteur. Sont-ils dans la continuation du projet de la «Dahwa» ? C’est peine perdue car le Sénégal est un peuple sans couture. Par surcroît, si le caractère sensible de la question ne nous interdisait d’en rire, il aurait été savoureux de voir ceux qui ont déchiré le voile de pudeur au Sénégal et promu l’injure à l’encontre de nos guides religieux s’ériger en musulmans modèles, en se présentant en défenseurs du foulard.
Nation pétrie dans la foi, le Sénégal s’est toujours honoré d’être une société détribalisée, où les polémiques entre les diverses composantes religieuses n’existent pas. Les musulmans et les chrétiens «font mélange» pour ne se définir que Sénégalais, renvoyant à notre devise nationale. Dans nos foyers, les imams côtoient les prêtres dans une parfaite ordination. De temps à autre, comme en ce moment, quelques zélés tentent de briser le cycle vertueux du vivre-ensemble. Ces derniers sont des rentiers de l’obscurantisme et de la disharmonie. Les cours des maisons et les médias responsables ont refusé d’entendre et de relayer leurs saillies. Ils ont pris le chemin des réseaux sociaux, là où l’insulte et l’outrance octroient célébrité fugace et fortune sans lendemain. Malgré les errements et les velléités transgressives propres aux hommes politiques, nous avons eu la chance, depuis le président Senghor jusqu’au président Sall, d’avoir des dirigeants intransigeants sur la laïcité, responsables et soucieux de la préservation de ce qui fonde notre pacte national : le respect de la différence des confessions, la diversité culturelle et surtout l’allégeance des hommes et femmes qui incarnent le pouvoir politique à la République. Nous avons hérité de la République de nos pères fondateurs. Elle ne nie aucune composante socioculturelle ; elle n’a pas de religion ni d’affiliation politicienne, mais elle fonde le socle commun à partir duquel nous bâtissons une histoire, un destin commun et une ambition économique et sociale.
Comme l’école, la laïcité est un fondement de notre République. Elle permet aux Sénégalais de vivre en harmonie sans se jauger, ni se juger. Elle est garante de l’équilibre des relations entre le centre politique et les pôles de foi qui rayonnent dans tout le Sénégal et au-delà. Le choix de maintenir la laïcité malgré les harangues de ses ennemis, dans la Constitution, honore notre pays. Car elle seule garantit la liberté de croire ou de ne pas croire sans que cela ne soit un débat public. L’Etat respecte tous les cultes, mais reste équidistant pour jouer son rôle de rempart et de recours dans le jeu démocratique et social. La foi des gens ne saurait constituer un débat public ni une source de paroles médisantes.
Revenons-en à la polémique stérile, à l’agitation démagogique, qui n’ont leur place ni dans le moment ni dans le lieu, censés être ceux de la célébration de l’excellence. Je dois confesser que quand la médiocrité est invitée à célébrer l’excellence, un biais cognitif s’instaure. Je pense aux pauvres enfants, qui ont travaillé d’arrache-pied une année durant, et qui espéraient être célébrés devant leurs parents, leurs familles et leurs amis. On devait les montrer en exemple comme la future élite de la République. Hélas, un adulte aussi incompétent qu’encombrant a décidé de gâcher la fête, de parasiter la célébration de l’école républicaine et des écoliers pour se mettre en scène. Les meilleures blagues sont pourtant les plus courtes.
Je suis convaincu, au nom de la liberté, qu’on ne saurait accepter l’interdiction du port du voile dans les écoles de la République. Et selon ma compréhension, les établissements visés ne le souhaitent pas. Pire, l’Etat du Sénégal, en concertation avec le Diocèse a réglé cette question depuis 2019. A quoi sert-il alors de réveiller avec désinvolture des polémiques inutiles sinon à montrer que le culte du travail, dans le silence et la solitude, n’est pas sa plus grande qualité. Le costume d’Etat est décidément trop grand pour des épaules rompues à l’outrance verbale et au radotage sans fin.
Les menaces proférées vis-à-vis d’écoles confessionnelles mais ouvertes à tous les enfants du Sénégal sont aussi à mettre au crédit de l’ignorance, de l’incompétence et de l’incapacité à s’élever. Dans ses Mémoires d ’ o u t r e - t o m b e , Chateaubriand avait prévenu : «Une ambition dont on n’a pas le talent est un crime.»
Je suis d’ailleurs peu surpris par ces menaces grossières, qui relèvent davantage de la pollution sonore que de la déclaration générale d’une politique pour le quinquennat à venir. Elles sont surannées et demeurent inopérantes, car nous sommes un pays de démocratie et de liberté, où l’expression des citoyens est garantie par les textes fondamentaux.
Depuis quelques années, de nombreux compatriotes, qui n’ont pas cédé à la tyrannie verbale, alertent sur l’affaissement de la République et les pulsions velléitaires d’individus mus par le besoin de tout conflictualiser pour récolter des dividendes électoraux sur l’autel du face-à-face permanent entre les Sénégalais.
Des dirigeants incompétents et incultes fondent leur ascension politique sur l’instrumentalisation de la violence verbale et physique. Le sectarisme, le régionalisme et l’islamisme sont des instruments au service d’un projet dont l’Adn est le populisme.
Je suis rassuré, car souvent un homme qui parle trop lit peu. Or le refus d’apprendre, conformément à la première parole du Coran, précipite la chute. La vie chère, les drames de l’émigration, l’insécurité sur les routes, la guerre à nos frontières commandent de retourner à la lecture de l’Ecclésiaste : «Il y a un temps pour jeter des pierres et un temps pour les ramasser.»
Au travail ! Dieu Lui saura reconnaître les siens.
Par Vieux SAVANÉ
LA LAÏCITÉ À LA SÉNÉGALAISE, UN IMPÉRATIF VITAL
La question du voile à l’école se pose non point en se couvrant la tête mais en promotion du vivre-ensemble. Si derrière tout ce tintamarre s’exprimait un désir d’émancipation vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, elle est d’une paresse confortable
Alors même qu’il s’entretenait la veille avec les lauréats du Concours général qu’il avait conviés à une réception, le Premier ministre Ousmane Sonko avait « immédiatement arrêté le discours qu’il faisait sur la laïcité et la religion au Sénégal », lorsque l’appel du muezzin pour la prière du crépuscule a retenti aux alentours, rapporte « Le Témoin » de mercredi dernier. Selon toujours le journal, « à la fin de l’appel de la prière », le Premier ministre « a eu droit à un tonnerre d’applaudissements » de la part de nos futures élites. « Et si des cloches avaient retenti d’une église voisine » s’interroge le Témoin ? Bien que la question posée soit pertinente, il n’en demeure pas moins que Barthélémy Dias avait adopté la même attitude lors d’une réunion politique. Lui aussi, avait été ovationné. C’est dire ! Il ne reste donc plus qu’à souhaiter qu’en cas d’urgence dans leurs futurs domaines de compétences, cette promotion de cracks n’ait pas un cas de conscience entre l’appel à la prière d’un muezzin ou celui du bedeau qui sonne les cloches de l’Eglise. Gageons plutôt qu’en bons apprenants, ils s’inscrivent dans une logique de vénération du travail en faisant leur cette sentence de Cheikh Ahmadou Bamba, à savoir : « Travaille comme si tu ne devais jamais mourir, et prie comme si tu devais mourir demain ».
Il est surtout à se désoler que cette séquence quelque peu déroutante a eu lieu dans un contexte qui s’est voulu vindicatif, prévenant de sa volonté de ne pas cautionner que le port du voile puisse ne pas être accepté dans une quelconque institution scolaire. Une prise de position affichée dans un brutalisme qui vient s’agréger à tous ces bruits et fureurs qui polluent les sujets religieux et qu’il convient de contenir au plus vite avant qu’ils ne développent des antagonismes inappropriés.
Musulmans, chrétiens, animistes, athées entretiennent pourtant de bonnes relations tout en laissant à l’Autorité Suprême le soin de reconnaître les Siens. Cela se manifeste quotidiennement dans la mixité de nos familles mais aussi lors de différentes fêtes religieuses symbolisées notamment par la distribution de la viande de mouton aux voisins catholiques lors de la fête de Tabaski , ou alors celle de la distribution de « ngalax » par la communauté catholique aux frères et sœurs musulmans.
Dans ce pays, faut-il le rappeler, un fervent catholique a été porté à la magistrature suprême contre Lamine Guèye, un adversaire politique de confession musulmane. La Grande mosquée de Dakar a été inaugurée en 1964 en présence du président Léopold Sédar Senghor, sa majesté le Roi Assane II du Maroc et El Hadj Abdoul Aziz Sy Dabakh. Le chef de l’Etat assistait lui-même à la prière de l’Aïd par une présence remarquée à la mosquée. On a eu dans une même famille recomposée un archevêque catholique et un imam. Qui ne souvient par ailleurs de ce qu’il s’est passé en 2006 lors de la profanation de la Cathédrale en plein Vendredi Saint par des policiers qui cherchaient à interpeller Jean Paul Dias ? A la Cathédrale on se rappelle encore avec une vive émotion de la présence des dignitaires musulmans venus massivement en soutien contre cette ignominie. Lorsque en 2012, la Zawiya d’El Hadj Malick Sy de Dakar a été l’objet à son tour de profanation avec des tirs de grenades lacrymogènes sur des manifestants du M23 protestant contre un 3e mandat de Abdoulaye Wade, on a assisté à ce même mouvement de solidarité avec la présence remarquée des dignitaires catholiques. C’était un des grands moments de communion et d’unité nationale dont le Sénégal a le secret.
Promouvoir le vivre-ensemble
Quel intérêt y a-t-il donc à exacerber des tensions inutiles, si l’on sait que la question du voile à l’école se pose autrement. Non point en se couvrant la tête mais en promotion du vivre ensemble. Dans les règlements intérieurs de l’enseignement catholique, il est en effet question de ne pas accepter le refus de serrer la main d’un camarade de sexe opposé, de partager un même table-blanc avec un camarade de sexe opposé. Qui peut défendre que dans une institution privée, de surcroit religieuse, une personne de confession différente puisse s’y inscrire en toute connaissance de cause et exiger au nom de sa religion de ne pas serrer la main de garçon, de ne pas se mettre en short pour la gymnastique. C’est assurément fort de café d’autant plus que rien ne s’oppose à ce qu’elle s’inscrive dans une institution privée en accord avec ses attentes.
Alors qu’il est question d’un état des lieux sur la situation du pays, il importe de rappeler qu’il est attendu du président de la République et de son gouvernement de veiller à trouver des solutions aux problèmes que traversent les populations. Ces derniers poussent notamment nombre de jeunes à continuer de risquer leurs vies en s’embarquant pour l’Europe tant décriée, à la recherche d’un avenir dont ils se sentent exclus chez eux. La semaine dernière un internaute vivant aux Etats-Unis a informé ses followers que 40 000 Sénégalais avaient foulé le sol américain via le Nicaragua. Pendant ce temps, dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 août, cinq enfants talibés sont morts calcinés dans un violent incendie, dans un village rattaché à la commune de Tivaouane. Ce sinistre a réveillé le souvenir funeste d’il y a 11 ans , où par une nuit du dimanche 3 au 4 mars 2013, il a été constaté la mort atroce de 9 jeunes talibés à la suite d’un incendie dans un bâtiment insalubre de la Médina. En dépit de tout cela, le problème des enfants talibés demeure toujours aussi poignant.
En tout état de cause, si derrière tout ce tintamarre s’exprimait un désir d’émancipation vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale, disons-le tout net, la voie choisie est celle d’une paresse confortable. La souveraineté tant chantée ne saurait en effet se résumer à une posture déclamatoire. Elle est un comportement, un combat qui consiste à se donner concrètement les moyens de son autonomie et de son indépendance. Et cela ne pourra se faire que par une exaltation de la valeur travail, de l’éthique et de la morale. Elu pour exécuter le programme qu’il a « vendu » à ses compatriotes, le président de la République et le gouvernement qu’il a mis en place sont au service de leur pays. Ils ne sont pas la République mais ses serviteurs. En ce sens nulle arrogance et surtout l’humilité de celui qui se sait en mission commandée tant les tragédies qui explosent sous nos yeux obligent à se mobiliser autour des véritables enjeux. Il faut donc avancer, promouvoir la laïcité à la sénégalaise, cette façon bien originale de rendre effectif l’exercice de toutes les croyances tout en entretenant un rapport apaisé avec elles, refusant ainsi de patauger dans le poto-poto des polémiques inutiles qui sonnent comme l’expression d’une incapacité à saisir les problèmes à bras le corps
LE MALI ROMPT SES RELATIONS DIPLOMATIQUES AVEC L'UKRAINE
Bamako accuse Kiev d'être impliqué dans une lourde défaite de l'armée malienne et du groupe Wagner fin juillet dans des combats contre des séparatistes et des jihadistes dans le nord.
Le Mali a rompu dimanche ses relations diplomatiques avec l'Ukraine, accusant ce pays d'être impliqué dans une lourde défaite de l'armée malienne et du groupe Wagner fin juillet dans des combats contre des séparatistes et des jihadistes dans le nord.
Le gouvernement du Mali, dirigé depuis 2020 par une junte, a décidé de la "rupture avec effet immédiat de ses relations diplomatiques avec l'Ukraine", a déclaré son porte-parole, le colonel Abdoulaye Maïga.
Les séparatistes et les jihadistes ont affirmé avoir tué des dizaines de membres du groupe paramilitaire russe Wagner et de soldats maliens lors de combats à Tinzaouatène, à la frontière algérienne dans l'extrême nord-est du pays. L'armée malienne et Wagner avaient reconnu des pertes importantes, sans donner de bilan précis. Cette défaite est la plus lourde subie en une bataille par le groupe Wagner en Afrique, s'accordent les analystes.
Le gouvernement du Mali "a pris connaissance, avec une profonde stupeur, des propos subversifs par lesquels Andriy Yusov, porte-parole de l'agence ukrainienne de renseignement militaire, a avoué l'implication de l'Ukraine dans une attaque lâche, traître et barbare de groupes armés terroristes ayant entraîné la mort d'éléments des Forces de Défense et de Sécurité maliennes", dénonce M. Maïga dans le communiqué.
"Le fait que les rebelles aient reçu les données nécessaires qui leur ont permis de mener à bien une opération contre les criminels de guerre russes, a déjà été observé par le monde entier. Bien entendu, nous ne divulguerons pas les détails. Plus d'informations à venir ici aussi", avait déclaré lundi M. Yusov à la télévision ukrainienne. Une vidéo qu'avait relayé l'ambassadeur ukrainien au Sénégal.
"Ingérence étrangère"
Le gouvernement malien juge que ces actes "violent la souveraineté du Mali, dépassent le cadre de l'ingérence étrangère, et constituent un soutien au terrorisme international". Il va saisir les autorités judiciaires compétentes, prendre les "mesures nécessaires pour prévenir toute déstabilisation du Mali à partir d'Etats africains, notamment à partir d'ambassades ukrainiennes installées dans la sous-région, avec des terroristes déguisés en diplomates", a dit M. Maïga
Samedi, les nouvelles autorités sénégalaises avaient indiqué avoir convoqué l'ambassadeur d'Ukraine à Dakar pour avoir publié une vidéo de soutien aux récentes attaques meurtrières contre l'armée malienne et ses alliés russes. "Constant dans sa position de neutralité constructive dans le conflit russo-ukrainien, le Sénégal ne peut tolérer une quelconque tentative de transférer sur son territoire la propagande médiatique en cours dans ce conflit", avait déclaré le ministère sénégalais des Affaires étrangères dans un communiqué.
La junte au Mali dirigée par le colonel Assimi Goïta a depuis 2022 multiplié les actes de rupture. Elle a rompu l'alliance ancienne avec la France et ses partenaires européens, pour se tourner militairement et politiquement vers la Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a réaffirmé cette semaine son soutien à Bamako, lors d'un appel téléphonique avec son homologue malien Abdoulaye Diop.
Les groupes armés séparatistes ont perdu depuis 2023 le contrôle de plusieurs localités du Nord, après une offensive de l'armée malienne qui a culminé par la prise de Kidal, bastion de la revendication indépendantiste et enjeu de souveraineté majeur pour l'Etat central.
par Alioune Tine
DIRE ET NE PAS DIRE, L'IMPLICITE ET LE PRÉSUPPOSÉ
Les autorités doivent réexaminer leur communication, car il ya trop de couacs, trop de fronts, et des colères émergentes. L'impression d'impréparation aux fonctions éminentes d'exercice du pouvoir d'État est de plus en plus manifeste
Nous avons un contexte politique propice aux tensions, aux polémiques, aux malentendus, aux disputes, bref on assiste à un malaise ambiant, palpable.
L'État doit absolument veiller à retaurer la sérénité, à l'intercompréhension et de privilégier le dialogue aux polémiques inutiles. Les autorités de l'État devraient elles-mêmes prendre les initiatives idoines pour créer toutes les conditions requises pour qu'il soit mis un terme à une polémique inutile. Les questions de foi et de croyances mobilisent plus les émotions que la raison. Ce sont des débats passionnels qui peuvent vite déraper.
Le Sénégal est un pays où le dialogue et les rapports sociaux entre les musulmans et les catholiques sont exemplaires. Les autorités politiques doivent les renforcer. D'ailleurs, il faut reconnaître que les autorités actuelles l'on fait.
La polémique actuelle est née des presupposés et malentendus liés aux contentieux sur la question du voile vidé en 2019, par le dialogue. Le malentendu actuel a pour source les déclarations "polémiques " du Premier ministre, perçues comme une "provocation" par nos frères chrétiens. Cette sortie peut être réglée par le dialogue et la concertation avec les protagonistes. Il faut le faire maintenant, l'initiative doit émaner de l'État. L'église est toujours disponible pour le dialogue et la paix civile. Les autorités de l'État doivent réexaminer leur communication,car il ya trop de couacs, trop d'incompréhensions, trop de fronts, et des colères émergentes. La désillusion frappe à la porte.
La révolution démocratique et sociale que nous avons vécue a mobilisé tous les segments de la société qui ont manifesté un immense désir de changement, exceptionnel sur toute la ligne et une confiance sans limites aux jeunes leaders politiques actuels et en tête Ousmane Sonko. Sans Sonko, Diomaye ne serait jamais président de la République, c'est tout le sens de Diomaye moy Sonko. C'est aussi l'émergence d'un hyper-Premier ministre, avec un hyper-pouvoir auquel Sonko, mais aussi les Sénégalais ne sont pas préparés. L'impression d'impréparation, d'inexperience, aux fonctions éminentes d'exercice du pouvoir d'État est de plus en plus manifeste. Notamment dans un contexte révolutionnaire complexe, avec un héritage politique, démocratique et dans le domaine de la gouvernance catastrophique. Que le gouvernement n'arrête pas de ressasser mais le peuple qui a chassé le régime de Macky Sall, en a déjà pris acte. Le contexte actuel exclut le management en surplomb, management du confinement gouvernemental, qui tient tous les citoyens à distance, qui communiquent peu ou pas du tout avec les citoyens et acteurs sociaux.
Dans cette situation, le Premier ministre Ousmane Sonko a un rôle bien ingrat, il travaille énormément et reçoit tout les coups, il faut le reconnaître, et cela peut avoir un impact sur les affects. Il doit ouvrir des fenêtres d'opportunités de conversation avec les auteurs et citoyens en détresse.
Tout cela se comprend dans le contexte exceptionnel dans lequel, ils ont pris le pouvoir : de la prison au Palais.
Pour dire que tout ne fait que commencer, tout peut être amélioré avec les interactions sociales tous azimuts avec les citoyens et les acteurs sociauxen en détresse, tout peut être redressé. Comme je l'ai dit et répété, il faut mettre la société en mouvement.
Les attentes sont très fortes.
L'espoir suscité par ceux qui ont terrassé le régime de Macky Sall est encore là, mais on assiste à la naissance de doutes et d'une impression de désenchantement.
Il faut rapidement en prendre acte et rassurer les gens. Réviser la communication du gouvernement, restaurer la confiance et l'espoir.
Le titre est emprunté à Oswald Ducrot, philosophe et linguiste.
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VISAS SCHENGEN, UNE ODYSSÉE KAFKAÏENNE
Sociétés privées, intermédiaires douteux, chancelleries... tous se partagent le gâteau Schengen, évalué à plus de 50 millions d'euros par an, rien que pour l'Afrique
Dans les coulisses de la forteresse Europe, se joue chaque jour un drame silencieux : la quête du précieux sésame Schengen. Pour des milliers d'Africains, ce visa est devenu le Saint Graal moderne, aussi insaisissable que convoité.
Imaginez un labyrinthe bureaucratique où chaque tournant cache un nouveau piège. D'abord, le casse-tête des rendez-vous. Tels des billets pour un concert de rock star, ils s'arrachent à prix d'or sur un marché noir florissant. Ensuite, le parcours d'obstacles financiers : frais de dossier, frais de service, frais de traitement...
Et que dire de cette loterie où même les gagnants peuvent se retrouver perdants ? Tel ce chef d'entreprise togolais, pourtant habitué des voyages d'affaires, soudain privé d'accès à l'Eldorado européen sur un simple refus administratif.
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LES CLÉS DE LA REDDITION DES COMPTES
L'avocat Pape Djibril Kante préconise dans un premier temps la négociation et les remboursements en cas de bonne foi, sans exclure les poursuites judiciaires en cas de malversations graves. Il souligne aussi l'impératif d'une communication claire
Dans une intervention remarquée lors de l'émission "Objection" sur Sud FM ce dimanche 4 août 2024, Me Pape Djibril Kante, avocat sénégalo-canadien spécialiste en droit des affaires, a mis en lumière l'importance et les mécanismes de la reddition des comptes au Sénégal.
"La reddition des comptes n'est pas un épouvantail, mais un processus normal et nécessaire de bonne gouvernance", a affirmé un emblème Me Kanté. Selon lui, ce processus implique une vérification systématique de l'utilisation des deniers publics, une pratique qui devrait être routinière plutôt qu'exceptionnelle.
L'avocat a détaillé les étapes clés de ce processus : "Il faut d'abord identifier les comptes concernés, qu'ils soient publics ou privés. Ensuite, des experts doivent examiner ces comptes, établir des bilans et demander des justifications aux gestionnaires. " Me Kanté a insisté sur le rôle crucial des corps de contrôle dans cette démarche.
Face aux craintes de "chasse aux sorcières", l'avocat a plaidé pour une approche équilibrée : "La négociation doit être privilégiée dans un premier temps. Si les personnes concernées sont de bonne foi et prêtes à collaborer, on peut envisager des remboursements ou des arrangements." Toutefois, il n'a pas écarté la possibilité de poursuites judiciaires en cas de mauvaise volonté manifeste ou de malversations graves.
L'invité de Baye Omar Gueye a également souligné l'importance de la transparence dans ce processus : "Il faut communiquer clairement avec la population à chaque étape, expliquer les procédures et les délais. La justice ne doit pas être expéditive, mais elle doit être efficace et visible. "
Abordant la question des contrats et conventions, l'avocat a estimé que la reddition des comptes pourrait mener à des renégociations, notamment dans les secteurs minier et pétrolier. "C'est l'occasion de rééquilibrer les intérêts du Sénégal et d'assurer que nos ressources profitent réellement à la population", at-il déclaré.
Enfin, Me Kante a insisté sur la nécessité d'une réforme judiciaire pour garantir l'impartialité et l'efficacité de ce processus. "Une justice indépendante et bien équipée est essentielle pour mener à bien cette reddition des comptes", at-il conclu.
MENDY EN DEMIE-FINALE DES 110M HAIES AUX JO DE PARIS
Le natif de Grand Yoff ambitionne de décrocher une deuxième médaille olympique pour le Sénégal après celle en argent d’Amadou Dia Ba obtenue en 1988 à Séoul
L’athlète sénégalais Louis François Mendy s’est qualifié dimanche pour les demi-finales des 110 m haies des Jeux olympiques de Paris après avoir réalisé un chrono de 13 secondes 31, a constaté l’envoyé spécial de l’APS
Louis François Mendy a notamment remporté sa série et réalisé sa meilleure performance de l’année.
Le natif de Grand Yoff, un quartier de la banlieue de Dakar, porte-drapeau du Sénégal à la cérémonie d’ouverture des JO de Paris, va disputer la demi-finale mercredi à partir de 17h10.
Louis François Mendy ambitionne de décrocher une deuxième médaille olympique du Sénégal après celle en argent d’Amadou Dia Ba obtenue en 1988 à Séoul (Corée du Sud).
Cheikh Tidiane Diouf (400 m) va disputer, les qualifications dans sa catégorie, cet après-midi à 17h45 au Stade de France.
Participant pour la première fois aux JO, le sociétaire de l’AS Douanes va essayer d’améliorer ses performances et continuer son apprentissage du haut niveau.
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LE SERMENT DES IRRÉDUCTIBLES
EXCLUSIF SENEPLUS - Lorsque des voix citoyennes se rassemblent, l'espoir de changement renaît. À travers son objectif, Joe Gaye Ramaka immortalise "Sursaut Citoyen", ce creuset d'une société civile déterminée à préserver la démocratie sénégalaise
Au Sénégal, la démocratie est un bien précieux mais fragilisé. Face à la dérive autoritaire du régime de l'ex-président Macky Sall, un vent de résistance civique s'est levé. "Sursaut Citoyen", ce creuset transcendant les clivages, réunit des personnalités influentes telles que Mamadou Ndoye, René Lake, Penda Mbow, Ass Mademba Ndiaye, Mamadou Lamine Loum, Alioune Tine, Mame Mame Adama Gueye, ou encore Thiaba Camara autour d'un objecti f: la préservation des valeurs démocratiques.
Dans ce documentaire de 14 minutes, le célèbre réalisateur Joe Gaye Ramaka ausculte les entrailles de ce mouvement cathartique. Des coulisses de l'élaboration du "Pacte de bonne gouvernance démocratique" aux soubresauts de la dernière présidentielle, le cinéaste nous plonge dans l'âpre lutte pour faire entendre la voix du peuple.
Au-delà du simple documentaire, cette œuvre représente une ode à la résilience d'un peuple qui, portant haut les recommandations des Assises nationales et les conclusions du rapport de la Commission nationale de réforme des institutions, exige la concrétisation du Pacte de bonne gouvernance démocratique.
par Ousseynou Nar Gueye
PROBLÉMATIQUE POLITIQUE ET ÉLECTORALE DU CONCEPT DE "PROJETS DE SOCIÉTÉ" VERSUS "LE PROJET" DE PASTEF
"Projet de société" doit cesser d'être un gros mot au Sénégal. Il n'y a pas meilleur projet de société que de bâtir une communauté où les inégalités économiques sont réduites à des gaps "normaux", entre les plus riches et les plus pauvres
Dommage : avant mars 2024, "le Projet" de Pastef, il s'est arrêté pile avant de devenir... "Projet de société". Émergence foudroyante du "Projet" pastefien dans les urnes, toutefois. Et "noyade" collective des "programmes électoraux" des 17, voire des 18 autres candidats présidentiels de mars 2024. Quel(s) candidat(s) à nous avoir parlé du seul genre de "projet" qui vaille la peine d'être présenté en campagne électorale présidentielle : le "projet de société "?
Mais d'abord, pour circonscrire cette grande affaire de "projets de sociétés concurrents entre eux", parlons de l'état de la richesse mondiale et de l'égalité de sa répartition ainsi que de la carence cyclique des mécanismes de redistribution de la fortune des riches et des supers-riches, par le mécanisme de l'impôt et des taxes. L'éditorial de Marie-Eve Fournier dans le média canadien « La Presse », le 27 juillet dernier, me fournit le prétexte de cette tribune que je commets ce 3 août 2024.
La Québécoise y écrit ceci : "Le fameux palmarès Forbes des milliardaires – en dollars américains – compte aujourd’hui 2712 noms. Grande surprise : 200 Indiens en font partie, dont 10 dans le top 100. Pendant ce temps, 90 % de la population de l’Inde (soit plus d'un milliard de personnes!) gagne moins de 150 $ US par mois, rapporte Paris Match (soit 90.000 FCFA).
Les inégalités dans le pays le plus populeux de la planète ne cessent de croître. Une récente étude du World Inequality Lab a permis de déterminer qu’en Inde, le 1 % des plus riches détient 40 % des richesses du pays. Cette concentration dépasse celle qu’on voit aux États-Unis, en Afrique du Sud ou au Brésil, pays particulièrement inégalitaires.
Certains observateurs accusent le modèle économique du premier ministre indien, Narendra Modi, de favoriser l’élite du pays au détriment de la population pauvre. Ses réformes auraient contribué à l’enrichissement fulgurant des grands conglomérats, dont celui de Mukesh Ambani, 11e fortune mondiale. L’homme qui gère un empire diversifié – pétrochimie, télécommunications, vente au détail, services financiers – vaut 117 milliards.
Le mariage, célébré pendant quatre mois dans différentes villes balnéaires d’Inde et d’Occident jusqu’en mi-juillet 2024, de Radhika Merchant et d’Anant Ambani, fils du milliardaire indien, a coûté 800 millions de dollars US. Pris sur la fortune d'Ambani, qui pèse donc, répétons-le, 177 milliards de dollars US, selon Forbes. Cette somme fait de lui la personne la plus riche d’Asie.
Une donnée permet aisément de saisir l’ampleur de la richesse de cet homme : 0,5 %. Eh oui, la facture de ce mariage qui dépasse l’entendement ne représente que 0,5 % de sa fortune.
Ce n’est assurément pas un cas unique au monde. Les inégalités s’accentuent un peu partout, ce qui met notamment en péril la cohésion sociale. Oxfam qualifie même les inégalités extrêmes de « violence économique ». Les choix politiques biaisés en faveur des personnes les plus riches et les plus puissantes « sont directement préjudiciables pour la grande majorité des citoyens ordinaires dans le monde », plaide l’organisation. Voilà pourquoi il faut trouver des moyens de mieux répartir la richesse. ". C'est ce qu'écrit la journaliste canadienne Mme Fournier.
A mon tour, j'analyse que : le type de "développement" (sic) économique, qui n'est que "violence économique" aussi, que nous voyons avancer en Afrique subsaharienne risque de nous conduire dans 30 ans à la même situation que celle de l'Inde actuelle - et le Sénégal n'y échappera pas, comme on peut le voir en extrapolant la courbe de sa trajectoire historique de « développement économique» - : celle de devenir des pays "riches", peut-être même "développés", ou à tout le moins "émergents", avec 1% de riches ploutocrates prébendiers, rentiers et accapareurs qui possédera 80% (!) des richesses nationale, suivis très loin après en termes de pouvoir d'achat, par une classe moyenne de 10% de la population qui travaille entre les multinationales implantées ici, dans les conglomérats sénégalais à capital et à gestion familiales du 1% cité plus haut, dans la Fonction publique et les collectivités territoriales, dans des activités commerçantes pour lesquelles ils préfèrent "s'arranger" avec les douaniers aux points d'entrée dans le pays (aéroport AIBD, ports et frontières terrestres) puis "amadouer" les contrôleurs fiscaux qui les trouvent dans leurs commerces, plutôt que payer des impôts et taxes en bonne et due forme...: Au total donc, c'est là une classe moyenne qui jongle pour faire face à ses dépenses familiales pendant qu'elle est assaillie par "l'impôt social" des démunis qui leur quémandent inlassablement (membres de la parentèle proche ou éloignée, mendiants des rues devenus cour des miracles des estropiés, des albinos (!!), de quêteurs plus ou moins bien portants, plus ou moins bien ou mal fagotés; les petits mendiants dit talibés aux carrefours devenus les terrains de jeu de leur enfance à l'innocence confisquée; et des gens à métiers précaires et emplois non-décents comme ceux qui crapahutent sur le goudron pour vendre des bibelots made in Asia aux automobilistes pressés, et dont, ceux dits « marchands ambulants » qui ont pourtant un étal fixe ); la classe moyenne est prise en sandwich comme vous le voyez; car enfin donc, près de 90% de la population de ces pays africains sera constituée de miséreux (90% parmi lesquels la longue litanie de quêteurs cités plus haut, pour ne parler que de métiers avouables).
Quand nous serons deux milliards d'Africains, c'est cela qui nous pend au nez.
Cela se voit et se vit déjà dans les "grands pays africains" (Afrique du Sud, Nigéria, Kenya, Égypte...) avec des ghettos-bidonvilles de millions de personnes, sans eau courante et à branchements électriques sauvages, qui ceinturent les hautes tours des centres-villes des capitales.
Cela se vit déjà, aussi, au Sénégal, cette inégalité économique indécente : au moins symboliquement et certainement plus que de façon imaginaire, quand plusieurs dizaines de millions en "briques" de 10.000 FCFA sont théâtralement distribuées dans les cérémonies de mariages des ploutocrates, et changent de mains sans justificatif rationnel, ni origine fiscalement traçable, avec force folklore et déclamations de griottes. Des scènes de ce que l'on se complaît à appeler "la haute", retransmises sur Tik Tok.
C'est aussi cet idéal de richesses furieusement réparties dans un seul bord de 1% de nos happy-few que "nos séries sénégalaises" nous font miroiter comme étant notre avenir indépassable, (notre "American Dream" à la sauce gombo subsaharienne) et qu'elles inoculent comme une drogue dure dans le cerveau des jeunes gens (jeunes filles surtout, à qui ces films tentent de démontrer que le mariage en soi est une option de carrière professionnelle et une sorte d'auto-entrepreneuriat), des « executive women » (pour lesquelles regarder des bouts de ces séries sénégalaises est leur sas de décompression après le boulot) et des « desperates housewives » flanquées de co-épouse(s) (qui peuvent ainsi rêvasser de revanche sociale pour elles et faire un transfert sur les déboires de leur mâle polygame, en se mettant dans la peau des actrices, par l'intermédiaire des amourettes rocambolesques contées dans nos fameuses "séries sénégalaises" donc). Il y a 20 ans ? Ce sont elles qui sont allées accueillir l'actrice indienne Vahidehi à l'aéroport de Yoff, jusqu'à frôler l'évanouissement et la crise de nerfs. La série hindoue Vahidehi, décrivait déjà ces univers glamour et des histoires à l'eau de rose mâtinées de sombres menaces de vengeances aux motifs parfois ésotériques. Le seul progrès? C'est que nous avons désormais nos actrices de séries sénégalaises, en veux-tu en voilà. Si les emballages corporels ont changé, la marchandise proposée reste la même : vendre du rêve, du glamour, du sélect, des fashionables people et des Very Impossible People, du clinquant, l’obtention facile et même miraculeuse de toujours plus de richesses, la présentation ostentatoire des objets de pouvoir économique que sont les voitures 4x4, écrans plasma TV de 10 mètres carrés et autres iPhone 15 pour lesquels salive la populace ; et toujours mettre l'amour à toutes les sauces, sentiment amoureux qui finit toujours, bien sûr, par triompher.
Ce que ne décrivent pas (pas encore...) nos "séries sénégalaises", c'est ceci : la violence brute, les agressions meurtrières, les braquages sanglants qu'il y aura ici dans vingt ans, dans trente ans : quand les Sénégalais(es) qui tentent d'émigrer vers l'Occident par pirogues cesseront de tourner cette auto-violence réelle et cette auto-attentat à leur vie qu'ils s'infligent en s'entassant dans des pirogues, pour devenir des protestataires pour la justice économique, des émeutiers réguliers, des hyènes urbaines qui mordent les mollets et arrachent les biens de leurs concitoyens mieux lotis par Dame fortune; quand aussi, les binômes de scootéristes, ces As du vol à l'arrachée, auront systématiquement sur eux des machettes et puis, pourquoi pas, au fil du temps, évolution et modernisation oblige, de plus en plus d'armes à feu. Quand enfin, les grappes de millions de « jeunes de moins de 19 ans » (qui représentent actuellement 50% de la population sénégalaise) submergeront des services publics à la capacité d’accueil dépassée, des services sociaux qui ne peuvent croître exponentiellement, des infrastructures sursollicitées qu'on ne peut remplacer chaque année, et que leurs diplômes/formations ou défaut de diplômes / de compétences professionnelles, leur interdiront un emploi décent, dans un marché de l’emploi (formel et informel cumulés) où arrivent chaque année 400.000 Sénégalais d'une même classe d'âge. Les voitures des honnêtes gens seront alors braquées aux feux- rouges, avec pistolet sur la tempe du conducteur, obligé de céder le volant et la voiture qui va avec.
Ce sera ça : la vraie loi des séries. Au sens propre.
Bon. Bref. Revenons à nos moutons. Voici comment la Canadienne Marie-Ève Fournier conclut son éditorial dans « La Presse » :
" Un projet de taxe mondiale sur la fortune ou d’impôt minimum pour les super-riches se trouve justement au menu de la rencontre des ministres des Finances du G20 qui se tient actuellement à Rio de Janeiro. C’est un pas encourageant. Mais dès le début des échanges sur le sujet, les États-Unis ont dit qu’ils ne voyaient « pas le besoin » d’une telle mesure. Le Brésil en a quand même fait une priorité. Selon le président de gauche Luiz Inácio Lula da Silva, il faut taxer les milliardaires, car « en haut de la pyramide, les systèmes fiscaux ne sont plus progressifs, mais régressifs ». Ainsi, « les super-riches paient proportionnellement moins d’impôts que les travailleurs ». Sa proposition est notamment soutenue par la France, l’Espagne, l’Afrique du Sud, la Colombie et l’Union africaine. Impossible de s’entendre, toutefois, quand le pays qui a permis à Elon Musk et Jeff Bezos de devenir les deux hommes les plus riches du monde s’oppose à toute négociation internationale à ce sujet. Ce n’est guère étonnant, mais il faut s’en désoler avec vigueur, surtout quand on sait que le taux d’imposition du 1 % des plus riches dans les pays du G20 est passé depuis 1980 de 60 % à 40 %, selon les calculs d’Oxfam. Jusqu’où faudra-t-il se rendre pour que les États-Unis, qui carburent aux excès, allument enfin sur les conséquences des inégalités ?".
En ce qui concerne votre serviteur que je suis, voici ce que je pense et ce que je crois : ceci est aussi, fortement, un débat africain et même sénégalais, sur notre avenir collectif en tant que communautés.
Nous avons nos pirogues d'émigrants que tous qualifient de suicidaires, sauf eux-mêmes ? Les USA ont leur mur-passoire à la frontière Sud avec le Mexique, où dix millions de migrants illégaux sont entrés, rien qu'en 2024, y compris en pataugeant dans le fleuve Rio Grande.
Ceci pour dire que la sécurité et la prévention policière, l'engagement des militaires et des fonctionnaires administratifs pour la gestion des flux migratoires (ces arrivants, légaux ou illégaux doivent être documentés !) seront les premières fondations de l'édifice social pour que la réduction des inégalités ne se fasse pas comme dans la jungle, à coups de "donne-moi ceci!" et de "je te prends, ça!". Seulement si ce minimum de filet sociétal de la force symbolique de protection de tous, est assurée, alors, les politiciens africains, dont c'est la charge, pourront nous proposer des politiques publiques et des politiques de développement pouvant aboutir au résultat efficace d’une redistribution équitable de la richesse produite.
Pour cela, il faudra que nos politiciens, y compris sénégalais, osent dire qu'ils proposent "un projet de société" à nos compatriotes. Et cesser de parler de "programme électoral". "Projet de société" doit cesser d'être un gros mot au Sénégal. Et il n'y a pas meilleur projet de société que de bâtir une communauté où les inégalités économiques sont réduites à des gaps "normaux", entre les plus riches (qui doivent être taxés et imposés sur leur fortune dormante – souvent immobilière- et aussi sur leurs revenus ) et les plus pauvres (que des filets sociaux financiers doivent empêcher de finir en itinérance dans la rue, à dormir à la belle étoile sur des feuilles de cartons aplatis, y compris sur les trottoirs de l'avenue Ponty !). Au nom de la lutte contre les inégalités sociales, qui sont souvent des inégalités de classe.
Le pouvoir politique y aura son rôle primordial à jouer. Il y faudra de l'avoir, pris dans la poche de l'État comme dans les poches des riches et des supers-riches. Il y faudra le savoir et la quête de ce savoir, dans un système éducatif repensé et non-malthusien, pour que le savoir soit la meilleure arme à acquérir pour changer d'échelle sociale, aussi bien par l'entrepreneuriat privé que par l'ascenseur de la méritocratie républicaine, que le pouvoir politique (les élus majoritaires) doivent garantir, sous la surveillance de leur contrepoids que sont les opposants politiques et les alliés objectifs des causes sociales et de la lutte contre les inégalités, qu'est: la société civile. Au nom de « la promotion de l’égalité des chances ».
Parce que tous nos politiciens sénégalais ont déserté l'approche de campagne électorale présidentielle par proposition de "Projet de société" aux électeurs, ayant certainement eu peur de heurter le Sénégalais lambda, qui lui, est présumé être sûr que sa société a finie d'être bâtie et bien bâtie depuis belle lurette, et n'a donc plus besoin d'être remise en projet de déconstruction ou de reconstruction, sauf pour réparer ici et là quelques mœurs anciennes et policées devenues corrompues pas les politiciens (‘‘Na ñu défaraat jikko yi’’, disent-ils...). Le Sénégalais lambda pense-t-il cela ? Rassuré qu'entre les immuables de sa vie que sont le tiéboudiene, les trois normaux d'ataya, ses grand-places, ses matchs de navétanes plus populaires que les matchs de foot du championnat de la ligue Pro, ses intermittents de l'agriculture qui cultivent la terre quatre mois sur douze et dorent leurs orteils en éventail au soleil les autres huit mois de l'année, ses Magals, ses Gamous, ses tours de famille, sa revue de presse en "radiovision", eh bien, il n'y a aucun projet de société qui vaille : puisqu'on a déjà la société parfaite léguée de longue date par nos vaillants ancêtres, nos pères jamais économes de leurs efforts pour ramener la dépense quotidienne pour les repas de la maisonnée, nos mères vertueuses qui nous ont porté dans leur dos avec un pagne- rabal et non pas avec une double feuille de papier-journal, et enfin, last but not least : la longue lignées de nos Sages et Guides religieux, de feus les fondateurs de confréries maraboutiques jusqu'à leurs khalifes actuels sur terre, sans oublier le clergé des "abbés".
C'est cela le postulat de la plupart de nos "leaders" politiques ? Alors, qui se hasarderait à proposer un "Projet de société" aux électeurs d'un pays où "Tout est déjà Téranga, et cela, de tout temps, cette Téranga" ?. Eh bien, cette façon de voir notre Sénégal est un mépris condescendant de la part des politiciens, pour la grande masse des électeurs, que certains titres de presse sénégalaise désignent impudiquement et impunément comme ..."le bétail électoral".
Résultat de cette politicaillerie à courte vue, sans audace collective d'espérer et sans volonté transformationnelle de notre communauté nationale ? Ceux, les seuls, qui avaient le mot "Projet" à la bouche, et même pas de "Projet de Société" conceptualisé, à part de crier "Rupture! Rupture!"; ceux-là ont préempté l'élection présidentielle de mars 2024 à campagne-éclair, remportée par leur tête de gondole inattendue qu'est le président Diomaye.
Qu'est donc le "Projet "? On aura mis du temps à commencer à le savoir. Après quatre mois de pouvoir Pastef et de régime Diomaye-Sonko, il semblerait que "le Projet" , c'est : Jub, Jubal, Jubanti.
Jub, Jubal, Jubbanti ? Cela me semble l'amorce de ce qui peut devenir un vrai "projet de société". Même si cela reste encore une auberge espagnole aux couleurs Pastef, où chacun trouvera ce qu'il y aura apporté. Et où tout le monde prendra ce qu'il croit y avoir trouvé.
Ousseynou Nar Gueye est éditorialiste (Tract.sn) et Directeur Général d'Axes & Cibles Com.
L’AMBASSADEUR UKRAINIEN CONVOQUÉ POUR DES PROPOS POLÉMIQUES
Le ministère sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères a vivement réagi suite à une publication controversée de l’ambassade d’Ukraine à Dakar, en lien avec la récente bataille de Tinzaouatène, dans le nord du Mali.
Le Sénégal a convoqué l’ambassadeur d’Ukraine suite à une publication de l’ambassade suggérant un soutien ukrainien aux rebelles maliens.
Le ministère sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères a vivement réagi suite à une publication controversée de l’ambassade d’Ukraine à Dakar, en lien avec la récente bataille de Tinzaouatène, dans le nord du Mali. Cette bataille, qui s’est déroulée du 25 au 27 juillet 2024, a opposé les forces armées maliennes et leurs alliés russes du groupe Wagner aux rebelles du Cadre stratégique permanent pour la défense du peuple de l’Azawad (CSP-PDS), d’un coté, et aux jihadistes du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM), d’un autre.
L’objet de la controverse est une vidéo de propagande partagée sur la page Facebook de l’ambassade ukrainienne. Dans cette vidéo supprimée de la page, le porte-parole du renseignement ukrainien affirme que son pays a fourni des informations aux rebelles touaregs du CSP dans leurs affrontements avec les Forces armées maliennes et les instructeurs russes de Wagner. La vidéo était accompagnée d’un commentaire de l’ambassadeur ukrainien jugé inapproprié par les autorités sénégalaises.
Selon le ministère sénégalais, l’ambassadeur aurait apporté « un soutien sans équivoque et sans nuance à l’attaque terroriste perpétrée, entre les 25 et 27 juillet 2024, dans le Nord Mali, par des rebelles Touaregs et des membres du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) contre les Forces Armées du Mali (FAMa) ».
Le Sénégal, qui maintient une position de « neutralité constructive dans le conflit russo-ukrainien », a fermement condamné cette publication. Les autorités sénégalaises ont déclaré que le pays « ne peut tolérer une quelconque tentative de transférer sur son territoire la propagande médiatique en cours dans ce conflit ».
Le gouvernement sénégalais a souligné que « notre pays qui rejette le terrorisme sous toutes ses formes ne saurait accepter sur son territoire et en aucune manière, des propos et gestes allant dans le sens l’apologie du terrorisme, surtout lorsque ce dernier vise déstabiliser un pays frère comme le Mali ».
En réponse à cette situation, Dakar a affirmé avoir convoqué l’ambassadeur d’Ukraine au Ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères. Lors de cette convocation, « il lui a été rappelé les obligations de discrétion, de retenue et de non-ingérence qui doivent accompagner la gravité et la solennité de sa mission ».
Le Sénégal a profité de cette occasion pour « réitérer sa condamnation, avec la dernière énergie, de l’attaque commise par ces groupes terroristes en terre malienne ». Le pays a également renouvelé « au Gouvernement et au peuple du Mali sa solidarité sans faille » et présenté « ses sincères condoléances aux familles des victimes » tout en souhaitant « un prompt rétablissement aux blessés ».