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4 avril 2025
Société
par Arame Gueye Sène
AIDE AU DÉVELOPPEMENT, LEVIER OU ILLUSION ?
Entre volonté de transformation, dynamiques de dépendance et jeux de pouvoir, la question reste entière : comment construire un modèle où les acteurs locaux ne subissent plus, mais définissent eux-mêmes leur trajectoire de développement ?
À la fin de mes études en économie et sociologie du développement, avec une spécialisation sur les enjeux et pratiques du développement dans les pays du Sud, je ne voulais plus travailler dans ce domaine. Trop de contradictions, trop d’enjeux géopolitiques dissimulés derrière des discours altruistes. Je voyais un écosystème dominé par des logiques d’assistance plutôt que de transformation structurelle, avec des interventions souvent déconnectées des réalités locales et des projets qui disparaissent une fois les financements épuisés.
Je constatais aussi un déséquilibre profond dans la prise de décision : les priorités du développement étaient souvent définies à l’extérieur, par des bailleurs dont les intérêts ne coïncidaient pas toujours avec ceux des populations locales. Loin d’être un levier d’autonomisation, l’aide publique au développement semblait parfois entretenir une forme de dépendance, freinant l’émergence de solutions locales et le renforcement des institutions nationales.
J’étais convaincue que les pays du Sud ne se développeraient pas grâce à l’aide publique au développement, mais plutôt en misant sur leurs propres ressources, en définissant leurs propres stratégies et en repensant leurs modèles de gouvernance.
Pourtant, plus de 10 ans plus tard, j’évolue toujours dans cet univers, au plus près des réalités du terrain. J’ai commencé comme bénévole dans des initiatives locales et des associations, avant de co-fonder Social Change Factory, une organisation engagée pour une jeunesse actrice du changement. Entre-temps, j’ai également travaillé au sein d’ONG internationales et d’agences des Nations unies sur les migrations mixtes et la redevabilité humanitaire découvrant différentes approches et logiques d’intervention.
Et une chose est claire : ce n’est ni blanc ni noir. Et il est impossible de nier que l'aide apporte des solutions. Il est impossible de nier ce que cette aide a permis en terme de vies qui ont été sauvées, d'emplois et d'opportunités qui ont été créés, d'infrastructures permettant un accès à l’eau potable et aux sources d’énergie qui ont été construites et de nouvelles technologies qui ont pu être partagées.
Le développement est une mécanique complexe, où se mêlent besoins réels, stratégies politiques et intérêts parfois contradictoires – qu’ils soient institutionnels ou personnels. Entre volonté de transformation, dynamiques de dépendance et jeux de pouvoir, la question reste entière : comment construire un modèle où les acteurs locaux ne subissent plus, mais définissent eux-mêmes leur trajectoire de développement ?
Quand nous disions récemment dans une tribune collective publiée par Le Monde : « Ne coupez pas l’aide publique au développement, repensez-la » nous ne nous doutions pas que quelques mois plus tard, le gouvernement américain allait décider de suspendre USAID.
Tout cela pose une question essentielle : qui définit les priorités du développement, et dans quel intérêt ? Car, comme le Général De Gaulle le rappelait : "Les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts."
Alors, quels devraient être ceux des Africains et Africaines ?
BARGNY FACE À LA COUR SUPRÊME, UN PROCÈS DÉCISIF CONTRE LA CENTRALE À CHARBON
Les organisations locales et internationales réclament son démantèlement, invoquant des violations du code de l’environnement et des engagements du Sénégal en matière de protection écologique.
La Cour suprême du Sénégal va se prononcer, ce 13 février, sur la demande d'arrêter les activités de la centrale à charbon de Bargny. Un combat mené par les populations et les environnementalistes.
Un procès historique aura lieu ce jeudi. Un procès aux enjeux cruciaux d’ordre environnemental, foncier, socio-économique et sanitaire. En effet, la Cour suprême du Sénégal statuera, ce jeudi, sur la requête "pour excès de pouvoir face au rejet implicite’’ du ministère de l’Environnement portant sur la demande de cessation des activités de la centrale à charbon installée à Bargny. "Celle-ci se situe à moins de 500 mètres des écoles et des habitations, ce qui constitue une violation flagrante des dispositions pertinentes du code l'environnement", estime le Réseau des associations pour la protection de l'environnement et de la nature (Rapen) dans une note.
"Depuis près de 10 ans, poursuit-on, plus de 70 000 habitants souffrent de la dégradation du bassin atmosphérique de Bargny et de perturbations sonores continuelles". Les défenseurs de l’environnement ajoutent que la présence des installations classées "incommodes, insalubres et dangereuses" augmente le niveau de la pollution et affecte la santé des populations surtout avec les poussières de charbon qui s’échappent de l’usine sous l’effet des vents. Ils s’insurgent aussi contre sa proximité avec le site de transformation de Khelcom occupé par des milliers de femmes.
Toujours, dénoncent ces associations locales de défense de l’environnement regroupées au sein du Rapen, la présence d’hydrocarbures constatée sur les produits halieutiques ainsi que les particules de cendres demeurent un problème délicat. Devant cette situation, elles ont engagé, depuis des années, le combat pour le démantèlement de l’Unité avec l’appui de Natural Justice. "La vie de toute une communauté est menacée avec cette centrale à charbon installée au cœur de Bargny et qui constitue un coup dur pour les populations pratiquant l’agriculture et l’élevage. Les communautés se sont toujours opposées à la centrale qui occupe 29 hectares des terres qui étaient destinées aux victimes de l’érosion côtière", fulmine Rapen.
L’organisation fait remarquer qu'aujourd'hui, Bargny vit sous la crainte d’une disparition au regard des effets environnementaux cumulatifs engendrés par les industries polluantes.
Les impacts qui pèsent sur les communautés
À côté des communautés depuis plusieurs années, l’organisation Natural Justice "trouve inadmissible que la population de Bargny subisse un préjudice environnemental, social et économique sous l’indifférence totale des autorités sénégalaises". En effet, elle souligne que le Sénégal a consacré le droit à un environnement sain dans sa Constitution de 2001 révisée, droit universellement reconnu par la résolution du 26 juillet 2022 de l’ONU portant sur le droit à un environnement sain, propre et durable. Ainsi, il est demandé au ministre de l’Environnement et de la Transition Écologique de faire respecter la réglementation nationale et de mettre entre œuvre les engagements environnementaux internationaux du Sénégal.
"La présence de cette centrale aggrave la survie des communautés qui sont grandement impactées par l’érosion côtière. En effet, des terres initialement destinées à l’agriculture, à l’habitat et à l’élevage ont été affectées au site industriel", s’insurgent encore ces associations. Qui s’appuient sur les résultats de l’étude sur les impacts cumulatifs des installations industrielles à Bargny, menée en 2022 par Natural Justice, pour mener son combat judiciaire.
Lesdits résultats, en effet, font ressortir les impacts qui pèsent sur les communautés. Il s'agit notamment de : la pollution thermique, l’altération de la qualité de l’air et la destruction de l'écosystème marin ; la contamination de l'eau et du sol qui menace la disponibilité de l’eau potable et la dégradation du couvert végétal ; les impacts sur les moyens de subsistance notamment les terres cultivables, la pêche et activités connexes. Quant aux impacts sociaux, ils sont liés à la culture, la sécurité, et l’habitat.
LA GENDARMERIE NATIONALE INTERPELLE 16 CANDIDATS À L’ÉMIGRATION
L’opération a également permis la saisie d’un GPS et de 13 bidons de 60 litres de carburant hors-bord, destinés à l’expédition clandestine.
Dans le cadre de la lutte contre l’émigration irrégulière, la Gendarmerie nationale a mené une nouvelle opération le mardi 11 février 2025 sur l’île de Sangomar.
Selon le communiqué de la gendarmerie, cette intervention a mobilisé la brigade territoriale de Fimela, la brigade de proximité de Niodior et l’Escadron de Surveillance et d’Intervention (ESI) de Sokone.
Les forces de sécurité ont interpellé seize (16) candidats à l’émigration, parmi lesquels six (06) femmes et deux (02) enfants. Les individus arrêtés sont de nationalité sénégalaise (08) et guinéenne (08).
L’opération a également permis la saisie d’un GPS et de 13 bidons de 60 litres de carburant hors-bord, destinés à l’expédition clandestine.
UNE COMMISSION CONJOINTE POUR ORGANISER LE DÉPART DES ÉLÉMENTS FRANÇAIS
Selon un communiqué, cette commission aura pour mission d’organiser la restitution des emprises militaires françaises au Sénégal d’ici la fin de l’année 2025.
Le Sénégal et la France ont convenu de mettre en place une commission conjointe afin de définir les modalités de départ des éléments français présents sur le sol sénégalais.
Cette décision, annoncée dans un communiqué conjoint du ministère de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères et du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, marque une étape importante dans la coopération militaire entre les deux pays.
Selon le communiqué, cette commission aura pour mission d’organiser la restitution des emprises militaires françaises au Sénégal d’ici la fin de l’année 2025.
« Les deux pays entendent travailler à un nouveau partenariat en matière de défense et de sécurité qui prenne en compte les priorités stratégiques de toutes les parties », précise le communiqué conjoint.
par Juliette Ba
LETTRE À FEU MATAR DIAGNE
Je le vois tous les jours en coaching. Des gens brisés, à terre, complètement vidés, épuisés mais qui sortent de chez eux, "sangssé". Le soutien moral, mental et psychologique ne devrait être ni tabou, ni un luxe
Deukk ak Société bo khamni paraître Moy la norme :
Tu te sens seul.e ?
"Sa yeufou toubabi yi nak ?"
Tu es découragé et déprimé ?
"Yow li nga rewée !"
Tu as des envies suicidaires eh tu t'isoles ?
"Ki da nu koy ligueey khana !"
Et quand au fond du trou tu oses enfin en parler ...
"Mo yow khana da nga guemoul yalla nak !!!"
Li dale Matar moome bettouma tey, bettouma euleuk...
Je le vois tous les jours en coaching. Des gens brisés, à terre, complètement vidés, épuisés mais qui sortent de chez eux, sangssé, tirés à quatre épingles, coiffés, parfumés et qui sourient toute la journée comme si tout allait à la perfection. Paraître di neu rey nitt nak !
Voilà le résultat d'une société ou paraître et faire semblant sont tellement devenus la norme que lorsque tu traverse une zone de turbulences tu n'as pas d'autres choix que de lécher tes plaies dans la solitude et en silence, tel un animal blessé...
Je ne connais que trop bien l'isolement et la solitude ressentis lorsque, au bout du rouleau et sans aucune solution, tu ne peux que t'en remettre à la toute puissance. Seulement voilà, parfois même une connexion avec la religion ou la spiritualité ne suffit pas.
Dans le brouillard de la détresse et la boue d'un quotidien qui te paraît de plus en plus sombre, en finir te semble le seul moyen d'arrêter la souffrance.
Car il faut toujours s'en rappeler. Ceux qui décident de partir avant l'heure veulent en finir avec la souffrance. Et cette impression de gouffre sans fin ...
Seule la capacité à dépasser les "futilités terrestres" libère l'Homme.
Sénégal ak Aduna sakh, kou fi amoul détachement ak lâcher prise do dem.
Do meussa Dem.
Cher Matar, di la Massa wou
Ak di massa wou sa njaboot ak sey mbokk.
Di la baalou akh nak !
De n'avoir pas vu
Ou pas voulu voir
De n'avoir pas su
Ou pas voulu savoir
De n'avoir pas pu
Ou pas voulu pouvoir
J'espère que ton départ et ton livre serviront la cause de toutes les personnes dont la santé mentale nécessite un accompagnement, un soutien, et surtout de la bienveillance ...
Pour avoir fait plusieurs dépression et plusieurs tentatives de suicide, je sais combien un psychologue, un psychiatre, un prêtre, un imam, une meilleure amie, un parent compréhensif peuvent changer la donne...
Pouvoir libérér la parole, vider son sac et son coeur et recevoir de l'amour, de la compassion et de l'empathie en échange.
On me dit toujours : pourquoi tu racontes ta vie et tes souffrances dans tes vidéos : la réponse est là : c'est avant tout une thérapie !!!
Le soutien moral, mental et psychologique ne devrait être ni tabou, ni un luxe. Surtout à l'Université où tout peut basculer si tu n'es pas solide dans ta tête ou si l'épuisement te ronge à petit feu...
Il devrait exister des unité d’accueil et de soutien dans toutes les universités...
Ta lettre est un cri dont le silence est assourdissant...
Cher Matar, massa et bon voyage là où tu ne souffriras plus.
Juliette Ba est journaliste et coach en mieux-être et harmonie du couple.
par Adama Dieng
MARIE JOSÉ CRESPIN, L'INTÉGRITÉ PLUTÔT QUE LES HONNEURS
Elle ne courait pas derrière les honneurs. Une perle rare dont l'éclat continuera à briller sur la terre du Sénégal. Une perle qui était passionnée par les perles. Elle n'était pas attirée par l'or
Depuis Abu Dhabi, alors qu'il était 4 h du matin à Dakar, j'ai été effondré en ouvrant le journal. Marie José était une amie intime. Récemment, à mon retour de Nouakchott, je disais à Dior Fall que je ne cessais de penser à Marie José et qu'à mon retour des Émirats arabes unis, je me rendrais à l'île de Gorée pour la revoir.
Allah, Le Tout Puissant, en a décidé autrement. Marie José s'en est allée sans que je la revoie ici-bas. Que les jardins du Paradis soient sa demeure éternelle. Mon cher Cherif Salif, je confirme ton témoignage. Elle était une femme merveilleuse, une juge d'une intégrité sans faille. Je l'avais associée aux travaux du Centre pour l'indépendance des magistrats et des avocats (CIMA) en qualité de membre du Conseil consultatif. Le CIMA était une structure créée au sein de la Commission internationale de juristes à Genève à l'époque où j'en étais le Secrétaire général.
Je me souviens de lui avoir demandé d'accepter d'être présidente de la Cour de cassation et Wade était disposé. Mais cela n'intéressait pas Marie-José. Elle me dira que même l'ambassadeur de France avait aussi tenté de la convaincre, mais en vain. Elle avait fait son choix. Elle ne courait pas derrière les honneurs. Une perle rare dont l'éclat continuera à briller sur la terre du Sénégal. Une perle qui était passionnée par les perles. Elle n'était pas attirée par l'or, ce métal qu'elle associait avec les pires horreurs qui ont marqué l'histoire de l'humanité.
Que Dieu lui accorde une place au Paradis.
ADAMA DIENG SALUE L'HÉRITAGE DE SAM NUJOMA
Pour l'ancien Sous-Secrétaire général des Nations Unies le premier président namibien incarne à lui seul la résistance et la détermination d’un continent aspirant à sa liberté et à son émancipation
C’est avec une profonde tristesse qu’Adama Dieng, ancien Sous-Secrétaire général des Nations Unies et ex-Conseiller spécial de l’ONU pour la prévention du génocide, a réagi à l’annonce du décès de Son Excellence Samuel Shafiishuna Daniel Nujoma, premier président de la République de Namibie.
Dans un message empreint d’émotion et de reconnaissance, M. Dieng a salué la mémoire d’un homme dont l’héritage dépasse largement les frontières de son pays. Figure emblématique de la lutte pour l’indépendance, Sam Nujoma fut à la tête de la South West Africa People’s Organization (SWAPO), jouant un rôle clé dans la lutte contre le colonialisme et l’oppression de son peuple.
Pour Adama Dieng, le premier président namibien incarne à lui seul la résistance et la détermination d’un continent aspirant à sa liberté et à son émancipation.
« Le président Nujoma était un combattant infatigable de la liberté et un visionnaire dont le sacrifice et l’engagement ont marqué l’histoire de la Namibie et de l’Afrique », a déclaré M. Dieng. Il a rappelé que l’accession de la Namibie à l’indépendance en 1990 sous la présidence de Sam Nujoma représentait l’aboutissement de décennies de lutte contre la domination étrangère et le début d’une nouvelle ère de souveraineté nationale. En tant que chef d’État, Sam Nujoma a œuvré à la consolidation de l’État namibien, à l’édification d’institutions démocratiques solides et à la promotion de la paix et de la cohésion nationale. Son leadership a permis d’établir l’État de droit, d’unifier la nation et de préserver les valeurs culturelles et traditionnelles de la Namibie.
« Son engagement en faveur de la paix et de la justice a laissé une empreinte indélébile non seulement en Namibie, mais aussi à travers l’Afrique et le monde. Son courage et sa vision resteront une source d’inspiration pour les générations futures », a souligné Adama Dieng.
Un hommage solennel au nom de PATROL–Africa
S’exprimant en sa qualité de fondateur et président d’honneur de l’Alliance Panafricaine pour la Transparence et l’État de Droit (PATROL–Africa), Adama Dieng a adressé ses sincères condoléances à la famille du défunt, à Nangolo Mbumba, président de la Namibie, ainsi qu’au peuple namibien tout entier. « Nous perdons un homme d’État d’exception, mais son héritage de sagesse, de sacrifice et de leadership continuera de guider l’Afrique et le monde », a conclu M. Dieng.
Alors que le monde rend hommage à Sam Nujoma, son nom restera gravé dans l’histoire comme l’un des grands artisans de la liberté en Afrique. Sa disparition constitue une immense perte, mais son combat et sa vision demeureront un héritage précieux pour les générations à venir.
SCANDALES DANS LES COMPTES DE L'ÉTAT
Dette sous-évaluée de 5.000 milliards FCFA, déficit réel deux fois plus élevé qu'annoncé, 114 milliards d'emprunt jamais versés au Trésor public. Le rapport de la Cour des Comptes dévoile cinq années de manipulation massive des finances publiques
(SenePlus) - La Cour des Comptes vient de publier un rapport accablant sur la gestion des finances publiques entre 2019 et mars 2024, mettant en lumière des irrégularités majeures, des dettes non comptabilisées, et des pratiques financières opaques qui ont pesé lourdement sur les finances de l’État. Ce rapport, qui fait suite à un audit approfondi, révèle des écarts significatifs entre les données officielles et la réalité des comptes publics, ainsi que des manquements graves dans la gestion de la trésorerie et de l’endettement.
Des recettes irrégulièrement rattachées et des créances non recouvrées
Le rapport de la souligne que des recettes fiscales ont été irrégulièrement rattachées à des exercices antérieurs, faussant ainsi les données budgétaires. Par exemple, des recettes perçues en 2020 ont été comptabilisées en 2019, réduisant artificiellement le déficit budgétaire de cette année-là. Ces pratiques ont été observées à la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID) et à la Direction générale des Douanes (DGD), avec un total de 131,04 milliards de F CFA irrégulièrement rattachés entre 2020 et 2024.
En outre, les restes à recouvrer (RAR), c’est-à-dire les créances fiscales non perçues, ont été sous-estimés. Le rapport du gouvernement indiquait un montant de 408,2 milliards de F CFA, mais la Cour a révélé que ce chiffre ne tenait pas compte des créances douanières de 261,71 milliards de F CFA, portant le total des RAR à 669,9 milliards de F CFA au 31 mars 2024.
Des dépenses fiscales non exhaustives et des exonérations non évaluées
La Cour a également constaté que les dépenses fiscales, notamment les exonérations accordées par l’État, n’ont pas été correctement évaluées. Le rapport du gouvernement ne fournissait pas de données pour les années 2022 et 2023, en violation des normes de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Selon la Cour, ces manquements empêchent une vision claire de l’impact des exonérations sur les finances publiques.
Des transferts massifs aux services non personnalisés de l’État
Le rapport révèle que les services non personnalisés de l’État (SNPE), des entités dépourvues de personnalité juridique, ont bénéficié de transferts budgétaires massifs, totalisant 2 562,17 milliards de F CFA entre 2019 et 2024. Ces transferts, effectués via des comptes de dépôt, ont échappé aux contrôles de régularité, exposant les deniers publics à des risques de mauvaise gestion.
Parmi les comptes de dépôt examinés, celui de la Cellule d’Appui à la mise en œuvre des projets et programmes (CAP/Gouvernement) a été utilisé pour des dépenses non autorisées, notamment des remboursements de dettes bancaires sans lien avec l’objet initial du compte. En 2023, un montant de 305,94 milliards de F CFA a été décaissé pour rembourser des dettes, sans que ces opérations ne soient retracées dans les comptes de l’État.
Des discordances dans les données sur les ressources extérieures
La Cour a relevé des écarts importants entre les données fournies par la Direction de l’Ordonnancement des Dépenses publiques (DODP) et celles du Tableau des Opérations financières de l’État (TOFE). Par exemple, en 2023, les dépenses financées par des prêts projets communiquées par la DODP étaient supérieures de 696,7 milliards de F CFA à celles enregistrées dans le TOFE. Ces écarts ont pour effet de minorer artificiellement le déficit budgétaire.
Une dette bancaire hors circuit budgétaire
Le rapport met en lumière une dette bancaire importante contractée hors des procédures budgétaires normales. Au 31 mars 2024, l’encours de cette dette s’élève à 2 517,14 milliards de F CFA, dont 1 961,07 milliards de F CFA de crédits directs et 357,89 milliards de F CFA de certificats nominatifs d’obligations (CNO). Ces dettes, souvent adossées à des lettres de confort signées par les ministres des Finances, n’ont pas été autorisées par le Parlement et ne figurent pas dans les lois de finances.
Un surfinancement utilisé pour des dépenses non budgétées
En 2023, un surfinancement de 604,7 milliards de F CFA a été dégagé, mais une partie de ces fonds (326,43 milliards de F CFA) a été utilisée pour des dépenses non prévues au budget, notamment des remboursements de dettes bancaires et des transferts à des entreprises publiques comme la Senelec et Air Sénégal. Ces dépenses, effectuées sans couverture budgétaire, ont été autorisées par le ministre des Finances, en violation des règles de la loi de finances.
Des dépôts à terme non reversés au Trésor
La Cour a également constaté que des dépôts à terme (DAT) d’un montant total de 141,09 milliards de F CFA, constitués par le Trésor public, n’ont pas été reversés. Ces fonds, bloqués dans des banques commerciales, ont été utilisés pour couvrir des dépenses non autorisées, sur instruction des ministres des Finances. Cette pratique contrevient aux règles de gestion des deniers publics, qui stipulent que seuls les comptables publics sont habilités à manier les fonds de l’État.
Un reliquat de 114,4 milliards de F CFA du Sukuk SOGEPA non versé au Trésor
Le rapport révèle également que sur les 247,33 milliards de F CFA issus de l’emprunt obligataire (Sukuk) émis par la Société nationale de Gestion et d’Exploitation du Patrimoine bâti (SOGEPA) en 2022, seulement 132,9 milliards de F CFA ont été reversés au Trésor public. Le reliquat de 114,4 milliards de F CFA a été utilisé en dehors des circuits budgétaires, sans justification claire.
Des déficits budgétaires sous-estimés
En recalculant les déficits budgétaires en tenant compte des dépenses non comptabilisées, des rattachements irréguliers de recettes et des dettes bancaires hors cadrage, la Cour a constaté que les déficits réels sont bien supérieurs à ceux affichés par le gouvernement. Par exemple, en 2023, le déficit recalculé s’élève à 2 291 milliards de F CFA, soit 12,3 % du PIB, contre un déficit officiel de 911,7 milliards de F CFA (4,9 % du PIB).
Une dette garantie sous-estimée
Le rapport du gouvernement indiquait une dette garantie de 535 milliards de F CFA, mais la Cour a révélé que ce montant est en réalité de 2 265,45 milliards de F CFA, incluant des garanties accordées à des projets dans le secteur de l’énergie, notamment à la Senelec. Ces garanties, non prises en compte dans les documents officiels, exposent l’État à des risques budgétaires importants.
Un appel à la transparence et à la responsabilité
La Cour des Comptes a formulé plusieurs recommandations pour améliorer la gestion des finances publiques, notamment la rationalisation des transferts aux SNPE, la clôture des comptes bancaires non gérés par des comptables publics, et la publication des rapports d’évaluation des dépenses fiscales dans les délais prévus par l’UEMOA. Elle appelle également à une meilleure coordination entre les différentes directions du ministère des Finances pour garantir l’exactitude et l’exhaustivité des données budgétaires.
Ce rapport, qui met en lumière des dysfonctionnements majeurs dans la gestion des finances publiques, soulève des questions cruciales sur la transparence et la responsabilité des gestionnaires publics. Il reste à voir comment les nouvelles autorités répondront à ces constats et quelles mesures seront prises pour éviter que de telles irrégularités ne se reproduisent à l’avenir.
DES POLICIERS CONDAMNES POUR IMPLICATIONS DANS L'AFFAIRE MOUHAMED DIOP
Six agents de police impliqués dans la mort tragique de Mouhamed Diop, dit Ameth Taya, survenue en mars dernier, ont été condamnés à trois ans de prison ferme et à une amende de 50 millions de francs CFA en guise de dommages et intérêts.
Six agents de police impliqués dans la mort tragique de Mouhamed Diop, dit Ameth Taya, survenue en mars dernier, ont été condamnés à trois ans de prison ferme et à une amende de 50 millions de francs CFA en guise de dommages et intérêts. Cette décision judiciaire a été rapportée par plusieurs médias, confirmant ainsi la reconnaissance de leur culpabilité par le tribunal de Pikine-Guédiawaye.
Le procureur du tribunal a retenu contre eux l’infraction de coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
Les faits remontent au 19 mars 2024, date à laquelle Mouhamed Diop a été arrêté par des policiers du commissariat de Pikine. Selon les rapports, le jeune homme a été violemment tabassé lors de son interpellation. Il a succombé à ses blessures dans la nuit du 24 au 25 mars, un drame qui a provoqué une vive indignation au sein de la population.
La mort de Mouhamed Diop avait entraîné une vague de manifestations de rue à Pikine, témoignant de la colère et de l’exaspération des habitants face aux violences policières.
Cette condamnation marque une décision judiciaire importante dans la lutte contre les abus des forces de l’ordre, tout en rappelant la nécessité d’un usage encadré et proportionné de la force par les autorités sécuritaires.
LA NATIONALE NUMERO 1 BLOQUEE
Des étudiants de l’Université du Sine-Saloum El Hadji Ibrahima Niass (USSEIN) ont barré la route nationale numéro 1 et brûlé des pneus, mercredi, pour dénoncer leurs »mauvaises conditions » d’études
Des étudiants de l’Université du Sine-Saloum El Hadji Ibrahima Niass (USSEIN) ont barré la route nationale numéro 1 et brûlé des pneus, mercredi, pour dénoncer leurs »mauvaises conditions » d’études, a constaté l’APS.
Leur manifestation intervient après une marche pacifique qu’ils avaient initiée la semaine dernière pour exiger de meilleures conditions d’apprentissage et le respect des engagements du ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI).
Des policiers du commissariat central de Kaolack sont intervenus pour disperser les manifestants, à l’aide de grenades lacrymogènes.