TRADIPRATICIENS ET PUBLICITE MENSONGERE, UN FLEAU IMPUNI AU SENEGAL
L’affaire Alima Fall, alias Suppo, et de ses coaccusés relance un débat brûlant au Sénégal : celui des pharmaciens ambulants et surtout des tradipraticiens aux pratiques souvent douteuses.

L’affaire Alima Fall, alias Suppo, et de ses coaccusés relance un débat brûlant au Sénégal : celui des pharmaciens ambulants et surtout des tradipraticiens aux pratiques souvent douteuses. Pendant que ces derniers se livrent à une promotion effrénée de leurs « médicaments miracles » sur toutes les plateformes médiatiques (télévisions, radios, presse écrite et digitale), les lois censées encadrer la publicité des produits médicaux restent lettre morte.
Pourtant, « la législation sénégalaise est claire : la vente de médicaments est un monopole réservé aux pharmaciens, et toute publicité à caractère médical est formellement interdite », rappelle le célèbre avocat sénégalais, Me Massokhna Kane, président de l’association SOS Consommateurs.
Mais, à croire que certains bénéficient d’une impunité totale.
La situation est d’autant plus alarmante que ces tradipraticiens prospèrent sur la détresse des populations, en quête de solutions rapides à leurs problèmes de santé ou de vie.
De prétendues potions aux vertus « infaillibles » sont proposées pour soigner le diabète, l’hypertension, l’impuissance masculine, l’infertilité, ou encore garantir la richesse et le succès amoureux.
Le tout dans une mise en scène bien huilée, avec des témoignages fabriqués de toutes pièces et des animateurs complices qui vantent ces produits sans le moindre recul.
Malgré les nombreuses alertes des professionnels de santé et des associations de consommateurs, les pouvoirs publics n’ont jamais réellement pris ce dossier à bras-le-corps.
Des propositions de loi ont été déposées à l’Assemblée nationale pour interdire ces pratiques frauduleuses, mais elles dorment dans les tiroirs depuis des années.
Pendant ce temps, des milliers de Sénégalais continuent d’être victimes de ces charlatans modernes, certains allant jusqu’à mettre leur vie en danger en abandonnant des traitements médicaux avérés au profit de ces « remèdes miracles ».
Il est temps que les nouvelles autorités étatiques réagissent avec fermeté.
L’État ne peut pas se contenter d’un simple effet d’annonce ou d’opérations ponctuelles pour faire semblant de s’attaquer au problème.
Il faut des mesures concrètes :
Un cadre juridique renforcé;
Une application stricte des sanctions contre les contrevenants ;
Un contrôle rigoureux des contenus diffusés sur les médias.
Les chaînes de télévision et les radios qui diffusent ces publicités mensongères doivent aussi être tenues responsables de leur rôle dans la propagation de ces pratiques dangereuses.
Espérons que cette fois-ci, les décideurs politiques prendront enfin la pleine mesure du danger que représentent ces marabouts-tradipraticiens et mettront un terme à cette anarchie.
Car il en va non seulement de la santé publique, mais aussi de la crédibilité de nos institutions face à un fléau qui perdure depuis bien trop longtemps.