«LE SENEGAL A LE POTENTIEL POUR GAGNER LA CAN MAIS IL FAUDRA ETRE UNI MENTALEMENT»
Comme c’est le cas lors des grandes compétitions internationales, Habib Béye sera encore au cœur du dispositif mis en place par la chaine Canal+ pour vivre la Coupe d’Afrique des nations qui se déroule du 21 juin au 19 juillet en Egypte.

A quelques jours de cette grande fête du football, l’ancien international sénégalais jette un regard sur l’équipe du Sénégal qui engage la compétition en «favori». Mais faut-il lui endosser le statut de favori ? Le consultant franco-sénégalais donne son avis, livre les chances de succès du Sénégal mais parle du «très attendu» Sadio Mané, considéré comme le leader de l’équipe d’Aliou Cissé.
«Je ne rejoins pas les gens qui disent que le Sénégal est le favori numéro 1. Ce n’est pas parce que vous avez la meilleure équipe sur le papier que vous êtes le favori d’une compétition comme la Can. J’en ai disputé quatre (2002, 2004, 2006 et 2008). L’historique a énormément d’importance. Le Cameroun qui a gagné la dernière Can, n’avait forcément pas la meilleure équipe du tournoi. Mais l’expérience et l’historique de cette nation, qui a beaucoup remporté de titre continentaux, ont aidé cette équipe à aller jusqu’au bout de cette compétition. Le Sénégal n’a gagné aucun titre en Afrique. C’est un déficit d’expérience même si l’équipe a de la qualité. Lorsque nous sommes arrivés à la Can, il y a deux ans, la phase de poules de l’équipe du Sénégal était convaincante, mais contre le Cameroun, on a vu les joueurs un peu tendus. Cette équipe n’était pas forcément libérée. Résultats : on a perdu aux penalties.
«LE SENEGAL DOIT ASSUMER CE STATUT DE FAVORI»
«Il faut considérer le Sénégal comme un favori au vu des forces en présence. Lorsqu’on le voit depuis des années dans les éliminatoires, le Sénégal a le potentiel pour gagner la compétition, mais il faut être capable d’endosser ce statut de favori. J’avais dit que l’équipe, un moment, manquait un peu de caractère mais pas du tout de qualité. Il y a eu quelques échecs, du fait que l’équipe était qualifiée en 8e de finale à la Coupe du monde alors que le parcours avait très bien commencé face à la Pologne. On pensait que c’était la suite de 2002 en Coupe du monde. Mais cela s’est arrêté à peu de chose, sur des cartons jaunes. J’espère qu’Aliou Cissé et son groupe vont tirer les enseignements du dernier Mondial pour mieux repartir. Ils l’ont fait parce que c’est la seule équipe invaincue dans les qualifications avec le maximum de points en phase de poule. Le staff et l’équipe travaillent bien. Nous avons des joueurs qui sont en train de montrer de grandes qualités. Sadio Mané a représenté le continent africain avec ce titre en Ligue des champions. Au vu de sa saision exceptionnelle avec Liverpool, il sera un des leaders. Il ne peut pas être le seul leader de cette équipe sénégalaise. Aucun d’entre nous ne peut dire si le Sénégal va gagner la Coupe d’Afrique. A l‘époque, on l’était sur le papier mais on n’a pas gagné. En 2004, après avoir fait la Coupe du monde, on avait dit que le Sénégal va gagner la Can mais on a perdu contre la Tunisie en quart de finale. Endosser le statut, il faut le faire, il ne faut pas se cacher. Le Sénégal doit assumer ce statut de favori. Il se démontre sur 90 minutes et pendant toute la compétition. Le Cameroun n’est pas l’équipe la plus forte de la dernière Can.
«EN 2002, NOTRE EQUIPE AVAIT DU CARACTERE»
Qu’est ce qui manque à l’équipe du Sénégal ? L’équipe a manqué de mental à un moment donné. Ce qui a fait notre force en 2002, est que notre équipe avait du caractère. On avait des talents, on avait tout, on avait Diouf, Fadiga, Henri Camara etc. On avait des joueurs de devoirs comme Aliou Cissé, Ferdinand Coly, Lamine Diatta, Omar Daf. On n’avait pas de talents exceptionnels, mais on avait un mental extraordinaire. On est parti en Egypte, le Maroc était favori mais au mental et au caractère, on a réussi. Tout le monde nous voyait en Coupe du monde comme la risée du monde. Mais on est revenu avec la place de quart de finaliste en 2002. Parce que l’équipe avait à un moment un niveau au dessus de la moyenne. Lorsque l’on a perdu cette mentalité, les talents étaient les mêmes mais pas les résultats. En 2004, on est sorti en quart de finale, en 2006 en demi-finale et en 2008 à Tamalé, on n’a même pas passé le premier tour. L’équipe était considérée comme favorite mais comme elle a perdu, en quelque sorte, son âme. On avait un égo un peu plus important. A partir du moment où vous ne gagnez pas un trophée, c’est un échec ! L’équipe du Sénégal manque juste de caractère et de mental. Je ne dis pas qu’ils ne l’on pas acquis maintenant mais c’est ce que j’avais senti dans les compétitions précédentes.
«ALIOU CISSE EST TRES OUVERT A LA DISCUSSION...»
« Je me refuse de donner des conseils à Aliou Cissé. Quand je suis au téléphone avec mon ami Lamine Diatta qui est dans le staff, je peux échanger pendant 1 à 2 minutes avec Aliou Cissé. Je ne me permets pas de lui donner des conseils. J’estime que son métier est très difficile. Surtout en tant que sélectionneur du Sénégal. Etre aujourd’hui sélectionneur en Afrique est très compliqué parce que nous sommes tous des sélectionneurs et nous voulons tous donner conseils. Sauf que lui, il est à l’intérieur et maîtrise la plupart des éléments de son équipe. Ce n’est pas mon cas. J’analyse. Il a plus de paramètres que moi. Je lui pose des questions sur son équipe, son ressenti. Par exemple ce qu’il a essayé de mettre contre la Pologne, le Japon et il me donne sa réponse. C’est lui le sélectionneur. Certaines personnes partagent mes idées mais il n’y a aucune certitude que mon idée fonctionne. Aliou Cissé est très ouvert à la discussion. Il m’écoute. C’est quelqu’un que je soutiens depuis le début. Ce qu’il fait est très difficile. Il est important de ne pas le juger avant qu’il n’ait rendu son bilan. Après, on sera capable de parler de son bilan.
«L’EQUIPE DU SENEGAL DOIT ABORDER CETTE CAN AVEC ENORMEMENT DE CONFIANCE»
«Si le Sénégal va en finale, il y aura de la fierté. L’équipe du Sénégal doit aborder cette Can avec énormément de confiance. Je suis persuadé qu’ils ont la capacité pour la gagner. Mais il y a d’autres équipes qui ont la volonté, mais il peut se passer pleines de choses. Il faut avoir la confiance et il ne faut leur fixer de limites».
«SADIO MANE N’EST PAS LE LEADER CHARISMATIQUE MAIS LE LEADER TECHNIQUE»
«Vous n’avez jamais vu Sadio Mané haranguer ses partenaires. C’est un garçon qui est discret. Il n’est pas le leader charismatique mais le leader technique. Il évolue autrement avec l’équipe du Sénégal parce que ce n’est pas le même système. Sadio Mané est capable de faire gagner la Can au Sénégal mais il ne doit pas être seul. Il le fera avec son équipe. A la lumière de ce qu’il a fait cette saison, on peut voir un grand Sadio Mané. Lorsque Salah a gagné le ballon d’or africain, il a joué la finale de la Can. La compétition a un rôle pour le Ballon d’Or. Mais pour cette Can, Sadio doit élever son niveau car lors de la dernière Can, il a été à un niveau plus réduit. Il a marqué 22 buts. La saison de Sadio Mané est plus aboutie que celle de Mohamed Salah. L’un des meilleurs joueurs de Liverpool en Ligue des champions, c’est Sadio Mané» « Sadio Mané doit être épaulé » «J’entends des critiques sur Sadio Mané disant qu’il n’a pas le niveau de Liverpool. Sans faire offense aux joueurs qui jouent autour de Sadio Mané, en club, ils jouent avec Mohamed Salah et Firmino. Messi n’a jamais été fort avec l’Argentine qu’il l’a été avec le Barça. Ronaldo avec le Réal plus qu’avec le Portugal. Je crois que Sadio Mané doit être épaulé. Vous pensez que Fadiga ou El Hadji Diouf avaient fait tout seul le travail alors qu’ils étaient les immenses talents de cette équipe ? Ils vous diront qu’ils ont des Pape Bouba Diop, des Pape Sarr, Salif Diallo. Pour gagner les compétitions, il faut ce supplément d’âme. C’est ce qui fait que le Cameroun a gagné, il y a deux ans. Le Sénégal a le potentiel pour gagner la Can mais il faudra être uni mentalement. Cette équipe du Sénégal grandit, il faut le pousser pour qu’elle puisse faire une grande Can.
BALLON D’OR : «JE VOIS SADIO MANE PARMI LES 5 MEILLEURS JOUEURS EUROPEENS»
«Je me suis exprimé l’année dernière pour dire qu’il y a une incompréhension de voir Sadio Mané terminé à la 23e place du classement du Ballon d’Or, derrière Agüerro. Il a marqué 10 buts, il est buteur en finale de la Ligue des champions, il fait une grosse saison avec Liverpool et on le met à 10 places derrière les Anglais et même derrière Firmino alors qu’il marqué plus qu’eux. On m’a interpellé pour demander est ce que les footballeurs africains sont jugés de la même façon que les footballeurs brésiliens ? J’aimerais voir où Sadio Mané sera situé cette année. Meilleur buteur de Premier League, victorieux de la Ligue des champions, je vois Sadio Mané parmi les 5 meilleurs joueurs européens. On attend pour voir s’il sera jugé de la même façon que les Argentins ou autres Portugais.»
«JE SUIS UN GRAND SUPPORTER DE LA VAR»
«Je suis un grand supporter de la Var. Parce que dans le passé, le football a montré des injustices incroyables. Il est important d’avoir cet outil. Maintenant, reste à savoir l’utilisation que vous en faites. Dans le football moderne, on ne peut pas se permettre d’avoir ces erreurs. On va revenir à la finale de la ligue des champions de la Caf. C’était un fiasco total. Toutefois, la Var n’est pas le fiasco. C’est un outil qui est fait pour aider les arbitres. Si on arrive à gommer 80% des erreurs grossières qui vous empêchent d’aller en 8e de finale, en quart de finale de la Can, je pense que c’est un outil important. L’utilisation peut s’améliorer car on se rend compte qu’il a une interprétation qui existera toujours. Vous avez vu le pénalty du défenseur parisien Kipembé lorsque le PSG a été éliminé par Manchester United. Tout le monde a eu un avis différent sur la Var. C’est l’avenir de notre football».