‘’L’UNIVERSITÉ MÉRITE MIEUX QUE DE PETITS DÉBATS’’
VALÉRIE PÉCRESSE, DR HONORIS CAUSA

Elle a observé de très près le mouvement de contestation qui a escorté le choix porté sur elle comme Docteur Honoris Causa de l’Ucad. Mais Valérie Pécresse, exministre des Universités et de la Recherche, qui a porté un projet contesté sur les réformes universitaires, encourage les autorités à aller de l’avant.
C’est presqu’inédit : La cérémonie de remise du titre de Docteur Honoris Causa à Valérie Pécresse a été délocalisée à l’hôtel Terrou-Bi pour éviter un grabuge qui rappelle le sabotage de la leçon inaugurale de la Fondation Léopold Sédar Senghor.
Cette fois-ci, c’est le Syndicat autonome des enseignants du supérieur (Saes) qui a contraint les autorités universitaires à s’exiler loin de l’université.
Car ils ont occupé l’Ucad 2 où devait se tenir la manifestation. Malgré tout, le rectorat a tenu à lui donner un cachet académique. Député et ancien ministre des Universités et de la Recherche de France, Valérie Pécresse avait porté en 2007 la controversée loi sur l’autonomie des universités.
La ministre avait mené plusieurs réformes qui lui ont valu, hier, le titre de Docteur Honoris Causa décerné par l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar.
Aujourd’hui, l’Ucad a voulu récompenser son combat et l’ensemble de son œuvre en faveur des universités françaises qui suscitent toujours une vague d’indignation de la part de la communauté universitaire sénégalaise et française.
Valérie Pécresse livre sa version de l’histoire : «Aujourd’hui, c’est symbolique que je sois fait Docteur Honoris Causa de l’Université de Dakar au moment où le gouvernement sénégalais entame une réforme au sein de l’université. Ce titre m’a été décerné pour mon rôle dans la réforme de l’université française. Je pense qu’il faut négocier, convaincre et favoriser le dialogue. Mais il faut aussi savoir de temps en temps tenir tête et faire face à certains corporatismes et conservatismes.»
Malgré l’adversité, elle soutient que la «réforme est nécessaire pour moderniser et faire avancer un pays. Après la France, le moment est venu pour le Sénégal de s’engager pleinement dans la modernisation de ses universités. C’est un investissement formidable pour l’avenir».
En tout cas, elle pense qu’il faut poursuivre les réformes pour offrir à l’université publique de meilleures perspectives. «Avec 2 millions et demi de jeunes, l’université est la pierre angulaire d’un Sénégal émergent. L’Ucad m’a fait un grand honneur et c’est une grande responsabilité. Je travaillerai alors pour que l’amitié franco-sénégalaise se traduise en un partenariat et un échange avec les jeunes étudiants et chercheurs», dit-elle.
Sereine, l’ex-ministre du gouvernement de Sarkozy n’a pas été perturbée par le mouvement de contestation organisé par les enseignants du supérieur qui contestent le prix qui lui a été décerné. Elle relativise cette crise : «Je sais que c’est compliqué lorsqu’on change le statut des enseignants et les règles de gouvernance des universités, mais il faut que tout le monde s’élève pour l’intérêt général. Je suis sûre que l’université du Sénégal sortira renforcée de ce mouvement de réformes. Il y a une voie de sortie générale. Une grande Nation ne peut se construire sans une université moderne et offensive.»
Quid de la délocalisation de la cérémonie dans un hôtel en lieu et place de l’université ?
«Il n’y a jamais de réformes sans contestations. J’ai fait une réforme très difficile et très contestée. Il fallait que le gouvernement s’y colle. Il ne faut pas faire de la politique avec l’université. Il faut la prendre comme le bien commun d’un pays. Qu’on arrête les présupposées politiques et qu’on se retrousse les manches pour que les universités du monde entier soient des lieux de progrès. L’université mérite mieux que des querelles politiques et politiciennes. Elle mérite mieux que de petits débats. Elle nous rassemble tous et se trouve bien au-delà des clivages politiques. Elle est au cœur de l’avenir de l’Afrique et de l’Europe. Nous devons défendre l’université tous ensemble.»