"DÉFENDANT LEURS INTÉRÊTS, LES ALLIÉS BOUFFENT DANS LE PÂTURAGE DU PRÉSIDENT"
COLONEL MALICK CISSE SUR LES TRANSHUMANTS

Benno bokk yaakkar est une coalition «soupe kandja», constituée le plus souvent, de leaders de partis malhonnêtes. Le président du Parti de la solidarité et du développement (Psd), qui s’exprime ainsi, certifie que ces transhumants sont dans leurs rôles. Dans cet entretient accordé à Grand-Place, Colonel Malick Cissé invite les politiciens, qui voient leurs mobilisés les échapper, à arrêter de crier scandale.
Grand-Place: En tant que conseiller politique de la coalition pour l’émergence, Takhawou Sénégal et souteneur du président Macky Sall, quelle analyse faites-vous des récentes sorties de certains alliés sur la situation nationale avec les changements de tempo et les variations de discours?
Colonel Malick Cissé: La coalition Benno bokk yaakkar (Bby) est une coalition soupe kandja, un méli-mélo. Autrement dit, c’est comme si on met du tout dans une marmite pour essayer de faire une sauce. Généralement elle n’est jamais agréable. Tous les alliés qui forment actuellement le Benno bokk yaakar, sont des gens honnêtes dans le sens où ils veulent supporter la candidature du chef de l’Etat. Ils défendent le contraire, l’intérêt de leurs partis, même s’ils «bouffent» dans le pâ- turage du président, Macky Sall. Ils sont là, justes, pour renforcer leurs partis. En créant un parti, c’était pour accéder au pouvoir et tous les moyens pour eux, sont bons pour pouvoir accéder à ce pouvoir. Même, en utilisant les moyens de l’autre. Si, l’autre étant un pouvoir, élu avec 65% des voix des Sénégalais, ne peut pas comprendre que ceux-là, même alliés, sont de futures adversaires. Ca vraiment, je pense que sa logique de dire que leur séparation ne viendra pas de moi, est un suicide politique. Au moment où il faudra se séparer de ces gens qui étaient morts politiquement, ce sera trop tard. Ces politiques, sans moyens financiers pour survivre, n’existaient plus depuis 2012. Le président, Macky Sall, en nommant certains ministres, Directeurs ou Pca, a renfloué les caisses de ces partis là. Actuellement, ils sont costauds. Comme disent les wolofs, Bo yaré sa khar, yow lay diékka mbeuk.
Selon vous le divorce entre le président et ses alliés est, donc, évident ?
Oui, c’est une évidence pour certains alliés. Sauf, le cas de l’Afp de Moustapha Niasse qui est clair. Lui, il dit: «Je suis avec Macky Sall jusqu’à la mort». Pour les autres, des soi-disant communistes et autres partis de gauche qui n’ont jamais gagné d’élections. Ces politiques, compliqués par nature, qui sortaient toujours des élections avec 0,00%, ne laisseront jamais en paix Macky Sall. Je ne les considère pas comme des politiciens de développement du pays. Ils ne méritent pas d’être appelés leaders, ne serait-ce que de par leurs accoutrements, leurs coiffures et tenues.
Si effectivement, il y’a rupture, ne serait-elle pas, une certaine forme de trahison ?
Non, un trahi, c’est celui qui croit à cette forme d’unité. Moi, je pense que le président, Macky Sall ne croit même pas à eux. Donc, il n’est pas trahi. C’est un politicien qui joue la forme. Déjà, ils sont venus l’appuyer en miettes pour certains. Les 65% obtenu, les voix émanant de ces gens là, représentent des miettes.
Quelle lecture faites-vous de la politique du président de la Ré- publique, Macky Sall. Est-il, sur la bonne voie ?
Oui, la coalition de l’émergence, Takhawou Sénégal a accepté de venir travailler avec lui, l’appuyer dans sa politique est déjà une bonne chose. Il est sur la rampe du développement du pays. Je donne toujours une parabole, un avion qui décolle, il fera beaucoup de bruits. Mais, le pilote, conscient de ce qu’il doit faire, va continuer à faire décoller son avion, malgré le bruitage qui tourne autour. Le président, Macky Sall, en tant qu’ingénieur est dans cette situation, puisque différents des autres présidents. Et, un ingénieur, il est parfois un carré, un cartésien qui va droit au but en s’entourant de tout ce qui est paramètre logique et objectif. Il ne fait pas de la politique, politicienne. Voilà le cas de Macky Sall. Donc, je pense que quel que soit le problème touché, c’est un président qui va réussir son objectif. Il connaît sa trajectoire et la traçabilité de son programme. Je crois vraiment au programme qu’il est en train de dérouler. Que l’ont ne soit pas trop pressé pour avoir des résultats à 3 ans de gestion du pouvoir. Je crois que quand il aura assez déroulé son programme, après avoir peint comme disent les autres, les travaux et projets laissés par son prédécesseur, vous verrez l’homme.
Si vous aviez un conseil actuellement à donner au président de la République. Quel serait ce conseil ?
Sur le plan général, j’ai été le conseiller de plusieurs présidents. Je lui dirais vas-y. Vous êtes sur la bonne voie. Mais aussi, je lui aurais dis de trouver de communicants pour l’intérêt national. C’est ça, le premier conseil que je lui donnerai. Il est sur le bon chemin, mais ses administrés ne perçoivent pas les actes qu’il est en train de poser. C’est là où le bas blesse. Le déroulement du programme, Yoonu yokkuté est au cœur du Plan Sénégal émergent (Pse). Ce que les gens ne disent pas, chaque fois qu’on dise oui, il a changé le Yoonu yokkuté. Alors que ce programme est une progression logique du Pse. Dans le cadre du projet touristique, j’ai appelé le tourisme du «yokkuté». Les retombées qui vont venir et les découvertes pétrolières qui sont en train d’être trouvées au Sénégal devraient être connues des Sénégalais.
Que diriez-vous de la transhumance des politiques au Sénégal ?
J’appelle la transhumance de la mobilité politique. C’est un phénomène très complexe à définir au Sénégal. La définition de ce concept dépend de là où l’on se situe. C’est un terme polysémique, déterminé en fonction de la position de l’individu qui juge ou apprécie. Si vous êtes dans l’opposition, vous ne rechercherez pas la réussite de la majorité. Et, vous êtes condamnés à avoir des éléments pouvant la conduire à la déroute du pouvoir. Mais, cette affaire de transhumance doit être revue en profondeur. L’écrivain, Alex Tocqueville, l’a dit: «Je cherche à me massifier. La majorité qui n’a pas de masse n’existe pas. Il serait suicidaire pour un président de ne pas massifier. Ce serait contraire à toute logique». Quand on est majorité gouvernant, il faut se massifier ou perdre le gouvernement. Au Sénégal, il n’y a plus de militants, mais plutôt des mobilisés cars rapides, des recrutés, des gens qui sont en contrat à durée déterminée, vivant avec les moyens financiers du mobilisant. Et si, ces derniers n’ont plus de moyens financiers, ils vont aller se migrer vers d’autres mobilisateurs. Les jeunes ne savent rien de l’idéologie de leur parti qui a disparu depuis plus de 50 ans dans ce pays là. Personne parmi les politiciens de ce pays ne peut vous dire l’idéologie de son parti. Ceux qui parlent de transhumance ont vu leurs mobilisés les échapper pour crier scandale. Alors, la majorité, consciente ouvre ses portes pour absorber cette masse qui tend vers elle. Donc, l’appréciation de ce concept par l’opposition ne tient pas.
Les transhumants peuvent-ils apporter quelques choses au président ?
Les mobilisés, les nouveaux recrutés peuvent massifier le parti du président qui est conscient qu’il faudra compter le nombre de cartes dans l’urne pour passer l’élection. Et, l’urne ne reconnaît pas le président ou le charbonnier et autre. Le nombre de cartes comptera beaucoup. Donc, un bon compte sera utile à l’heure du décompte. Pour les gens qui comprennent, cette mutation ou mobilité politique, ne doit pas être considérée comme quelque chose à bannir.
Quel est votre avis sur la réduction du mandat du président de la République ?
Je sursaute à chaque fois que j’entends les gens dire que le président, Macky Sall, avait promis de réduire son mandat. La réduction du mandat, qui ne l’appartient pas, est une faute grave. Le mandat appartient au peuple qui le lui avait donné par procuration. Il avait été élu constitutionnellement pour 7 ans. Et, il n’a pas le droit de se faire parjure ou de se dédire. «L’exemple de Wade est là. Quand il a voulu toucher à la constitution, il y avait eu mort d’homme. Donc, si Macky…»
Donc, vous pensez qu’il n’y aura pas d’élections en 2017 ?
Ne serait-ce que sur le fichier électoral, il est impossible d’aller à des élections en 2017. Les cartes d’identités, qui s’arrêtent en 2016, exigent une reprise, ainsi que la réforme du fichier. Alors qu’on est presque en 2016. D’ici là, on ne peut faire les réformes du fichier ou changer les cartes d’identités.
Le référendum, prévue en 2016 se fera avec quel fichier?
Dans la conjecture actuelle du Sénégal, on ne peut organiser des élections. Toucher à la constitution qui nécessite des moyens, est dangereux pour le pays. Le président avait dit qu’il va faire une gouvernance sobre et vertueuse ne peut pas nous amener à trois élections. Techniquement, il est impossible d’aller à des élections en 2017. L’exemple d’Abdoulaye Wade est là. Quand il a voulu toucher à la constitution, il y avait eu mort d’homme. Donc, si Macky veut toucher pacifiquement à la constitution, il trouvera des gens sur son chemin. Il ne maitrise pas tout le monde. Alors, il ne doit pas dépenser nos maigres moyens financiers pour sa parole. La constitution est supérieure à sa parole alors que sa promesse de réduire son mandat est anticonstitutionnelle et dangereux pour l’avenir du pays.
Que proposez-vous pour une résolution définitive des problèmes de l’éducation ?
L’Etat a trouvé la majorité des solutions aux problèmes soulevés par les enseignants en ce moment. Je fus membre des médiateurs de l’ombre. Dieu merci, on a réussi notre médiation. Il faudrait d’une part, pour l’Etat satisfaire les revendications légitimes du corps enseignant. Pour les enseignants, il leur faut reconnaître que l’Etat a beaucoup fait pour leur situation sociale par rapport aux fonctionnaires. L’enseignant fait 9 mois de travail au moment le fonctionnaire effectue 11 mois. Ils occupent avec leurs indemnités un niveau très élevé dans la masse salariale. Toutes les deux parties doivent revenir à la raison. Que le gouvernement promette ce qui est logique et administrativement faisable et que les syndicats acceptent ce qui est économiquement possible pour un pays en développement. Le seul point de discorde maintenant, est l’indemnité compensatrice.
Qu’est ce cela veut dire ?
L’Etat dans le cadre du bon fonctionnement se doit de loger certains corps de fonctionnaires. A défaut d’un logement, il donnait une indemnité compensatrice. L’Etat pouvait dire, je ne donne pas d’indemnité à mes fonctionnaires. Mais, je donne un logement comme je fais avec les militaires. Donner 60 000 fcfa à 80 000 enseignants équivaut à presque 5 milliards par mois. Je suggère un logement à chaque enseignant, dans un programme qu’on appellera «un enseignant, un toit». Les entreprises de construction du Sénégal gagneront des marchés et les ouvriers dans le corps du bâtiment trouveront du travail. C’est la meilleure solution pour régler le problème des logements des enseignants.