L’UNIVERSITÉ SANS LUMIÈRE

Le blocage de notre système éducatif, depuis l’élémentaire jusqu’au niveau supérieur, ne cesse de susciter larmes et amertume chez toutes les personnes, comme les apprenants et leurs parents, contraintes de subir une situation contre laquelle elles semblent toutes désarmées.
Les années blanches et le bouleversement du calendrier universitaire ont fini par faire le lit de l’enseignement privé qui, dans l’esprit de nombreux parents, a fini par se présenter comme gage de l’excellence, du fait grandement de la stabilité qui y règne.
Or, la plupart de ceux qui aujourd’hui abhorrent d’envoyer leurs enfants dans l’enseignement public sont fiers de se présenter comme des produits de l’enseignement public sénégalais, qui a pendant des années été «vendu» comme l’un des meilleurs, sinon le meilleur de l’Afrique francophone. C’est dire que les vessies ne parviennent plus à passer pour des lanternes.
Et si nous en sommes arrivés à cette situation, la faute en est d’abord à la communauté universitaire. Hier, les dirigeants du Saes, dans leur volonté de fustiger l’ancien ministre français Valérie Pécresse, et de lui dénier le droit de recevoir le Doctorat Honoris Causa qui lui était destiné, ont rappelé qu’elle a été à la base d’une réforme appelée, «loi relative aux Libertés et responsabilités des universités (Lru)», qu’ils ont commodément rapprochée de la Loi-cadre que veut imposer le ministre de l’Enseignement supérieur, M. Mary Teuw Niane.
Les syndicalistes sénégalais ont rappelé que la loi de Mme Pécresse a jeté des centaines de milliers d’universitaires sénégalais dans la rue qui protestaient contre ladite loi bloquant, selon eux, pour des mois certaines universités françaises.
Et c’est là que la comparaison est vraiment mal venue et mal à propos. Nos éminents professeurs d’université ne peuvent nous donner un seul exemple d’université française qui a été obligée de faire des heures supplémentaires pour rattraper à marches forcées son quantum horaire. Ils ne peuvent nous donner aucun exemple d’enseignants qui soient allés en grève en France, et qui soient venus à la fin du mois et sans vergogne réclamer le salaire non mérité du travail qu’ils n’ont pas accompli.
Les enseignants en France, même quand ils ont décidé de manifester en envahissant les rues, ont toujours veillé à préserver les acquis de l’Université, et les franchises universitaires en sont des plus importants. Or ici, il semble que la préservation des acquis matériels des enseignants prime sur toute autre considération.
Si les différents pouvoirs n’ont jamais fait montre de sérieux dans la résolution des problèmes des universités, ne faudrait-il pas considérer que c’est quelque part aussi du fait qu’ils n’ont jamais eu en face d’eux des interlocuteurs animés d’autre souci que de se remplir les poches, quitte à voir dépérir l’outil de travail qu’ils sont censés servir ?
Quelque part également, s’ils font montre aujourd’hui d’une animosité qui frise la haine à l’égard du ministre de l’Enseignement supérieur, un membre à part entière de la communauté universitaire sénégalaise, n’est-ce pas quelque part par jalousie de voir l’un des leurs se hisser audessus d’eux, et mettre à nu les secrets de leurs stratégies ?
C’est la même attitude qu’ils avaient eu à l’endroit de l’ancien recteur de l’Ucad, M. Abdou Salam Sall qui, en plus, avait été pendant des années secrétaire général du Saes. Il lui a suffi de changer de station pour que ses anciens camarades se liguent contre lui et toutes ses propositions.
La différence aujourd’hui avec les anciens ministres de l’Enseignement supérieur, c’est que celui qui est en place semble bénéficier d’une grande confiance de la part du chef qui l’a placé à son poste, et il peut se permettre de mettre en œuvre les idées qui ont été conçues par le gouvernement.
Alors qu’en son temps, le Président Wade n’était animé que par la démagogie et le souci de s’acheter une tranquillité à coups de milliards, les dirigeants actuels du Saes remarquent de jour en jour l’intransigeance de l’Etat face à leurs caprices.
Et cela les inquiète. Alors, comme hier, ils se laissent aller à des comportements de gamins, comme ont eu à le faire les «étudiants» qui avaient été fiers de chasser de l’Ucad des sommités universitaires comme Souleymane Bachir Diagne et Paulin Hountondji, sous le regard narquois et approbateur... du Saes.
Qui lui-même a assimilé l’exemple et le remet à l’œuvre contre Valérie Pécresse. La nuit est vraiment tombée sur l’Université sénégalaise !