MOI…REDACTRICE EN CHEF D’UN JOUR !

Quand on y pense de façon sournoise, cela peut paraître à la fois cosmétique et symbolique que de confier aux dames de la rédaction de Sud Quotidien des postes qu’elles n’occupaient pas avant le 8 mars, et pas même de façon intérimaire. Je me suis ainsi retrouvée dans la peau du rédacteur, pardon…De la « rédactrice en chef », féminisons voyons! Permettez ainsi que je fasse usage des guillemets, pour introduire une certaine distance entre cette personne que je n’ai pas vraiment eu le temps d’être, et que je ne me suis pas appropriée : une journée ne suffirait pas.
Quand on m’appelle de mon nouveau titre éphémère, au vrai sens du mot, c’est toujours avec le sourire, j’en ris moi-même…Un peu comme si, au-delà de la rigueur professionnelle qui s’impose à moi, rien de tout cela n’était pas vraiment sérieux dans le fond. Quand vous lirez cet article, j’aurai ôté et mon accoutrement et mon masque…J’aurai sans doute retrouvé cette place que mentalement je n’ai jamais vraiment quittée. Parce que ma représentation, comme celle des comédiens au théâtre, est confinée dans le temps, suspendue au lever du rideau. On ne s’attache pas, sinon difficilement, quand c’est chronométré et voilà que je me contente d’interpréter le rôle que m’a confié le metteur en scène. Je joue le jeu comme on dit…
Mais allez dire aux gamins qui jouent aux cow-boys et aux bandits que ce n’est pas sérieux ou que ce n’est pas « pour de vrai » comme ils disent. Il y a toujours un peu de vrai dans nos re-créations, de potentiel et de possible, et cela change tout que de pouvoir penser qu’aujourd’hui, la compétence d’une femme ne se mesure pas à la longueur de ses talons aiguille ou de sa coupe de cheveux, et que les femmes ont la légitimité d’avoir certaines ambitions, et pas seulement des rêves tabous. Il y a quelques décennies, nous n’aurions peut-être pas songé à «tourner» cette scène-là. Ce n’était pas très évident, et ça ne l’est toujours pas quand on vous dit que vous ne pouvez pas, ou que vous n’en avez pas le droit, quand on vous dit qu’il y a un «plafond de verre» au-dessus de votre tête, ou quand on vous construit une prison mentale faite de limites et de sens interdits. Ou quand vous-mêmes, femmes d’aujourd’hui, vous acceptez les barreaux et autres corsets que l’on vous impose ou que vous vous imposez. Pour toutes les femmes qui douteraient, foncez !