SURENCHÈRE

"Il n'y a que des insanités, que des propos désobligeants et malsains. Une personne normale doit éviter de raconter des contrevérités sur des gens. On a l'impression que les gens sont sans foi, ni loi. Ils disent tout ce qu'ils veulent quand ça leur chante".
Ces propos sont de Serigne Mbaye Sy Mansour qui réagissait récemment à la sortie musclée de Me Abdoulaye Wade contre l'actuel président de la République. Le chef religieux ajoutait avec à propos : "Avant d'ouvrir la bouche, il faut être sûr de dire des choses qu'un homme de son âge pourrait dire. Personne n'aimerait qu'on dise pareilles choses à ses parents."
Serigne Mbaye Sy Mansour se garde bien de citer un nom et ses propos peuvent être appliqués à l'écrasante majorité des hommes politiques de ce pays. Car le débat de caniveau qui a cours ne date pas d'aujourd'hui. Sur l'ex-président, inutile d'en rajouter. Par contre, quel est l'homme politique qui aujourd'hui prend la peine de mesurer ses propos quand il parle de ses adversaires ?
On assiste à une surenchère verbale qui se banalise et insupporte. D'ailleurs ce lexique ordurier se retrouve souvent dans les communiqués des partis politiques. Pour dire à quel point c'est aujourd'hui érigé en école. Exit donc les écoles du parti, on apprend dans ces formations à invectiver et à frapper sous la ceinture.
Le plus désolant dans le champ politique, c'est cette forme de faiblesse qui veut qu'on se sente obligé de sortir des insanités, dès qu'on nous tend un micro. Surenchère verbale. Cherche-ton vaille que vaille, selon la formule désormais consacrée, à faire le buzz ? En tout, dans ce registre, on peut prendre l'exemple de Mouhamadou Lamine Massaly et quasiment tous les autres responsables de jeunes.
Cela est-il symptomatique de carences congénitales ? Peut-être, mais le fait est que certaines pseudos personnalités politiques prennent un malin plaisir à toujours ramené le débat, quel qu'il soit, à un niveau personnel. Dans le dessein de blesser et de faire mal.
Ce désir de faire mal et d'atteindre l'autre dans sa chair pollue depuis trop longtemps le discours politique, incapable de s'élever au-dessus de certaines contingences bassement politiciennes. Faut-il alors faire le deuil du débat d'idées ? Qu'en est-il des courants et de l'idéologie politique ? Ces questions sont d'autant plus aiguës que l'intérêt personnel prévaut quasiment sur tout, notamment sur "les questions qui interpellent la vie économique et sociale des Sénégalais".
Sinon, comment comprendre cette farce d'avoir plus de 200 partis politiques, au Sénégal. D'ailleurs, il faut voir comment la transhumance est planifiée et exécutée par des hommes et femmes politiques déterminés à manger à tous les râteliers ; qui changent de discours et de formations politiques comme on change de chemise, dans une soif insatiable de biens matériels.
Et c'est le lieu donc d'interroger le profil du personnel politique. Nos hommes politiques ont-ils les formations adéquates. En France, par exemple, les hommes politiques de premier plan sont, soit des énarques, ou en tout cas issus des plus grandes écoles. Qu'en est-il du Sénégal ? Abdoulaye Wilane du Ps parle "d'une remise à niveau des acteurs du jeu politique". Mais par qui ?