DEF MAMA DEF, C’EST LE CAS D’ECOLE DU DMX
Satisfait de l’évolution du projet, Doudou Sarr, manager international de Youssou Ndour, revient sur l’impact du Dmx, la nécessité d’un meilleur accompagnement des artistes sénégalais et l’essor du jazz africain, thème de cette année.

Dakar music expo (Dmx) monte en puissance. Pour sa sixième édition, l’événement accueille un nombre record de délégués internationaux, confirmant son rôle dans l’écosystème musical africain. Satisfait de l’évolution du projet, Doudou Sarr, manager international de Youssou Ndour, revient sur l’impact du Dmx, la nécessité d’un meilleur accompagnement des artistes sénégalais et l’essor du jazz africain, thème de cette année.
Dakar music expo (Dmx) en est aujourd’hui à sa 6ème édition. Quel est le bilan de ces années jusque-là ?
On en est à la 6ème édition, et c’est un bilan très positif, très encourageant, même si on est toujours confrontés au défi de l’accompagnement. Mais voilà, on ne lâche rien, on continue. Et on a une édition assez riche dans tous les sens. Riche en termes de nombre de personnes qui arrivent. Cette année, on accueille la plus grande délégation. Et donc, c’est l’une des éditions les plus populaires dans le sens où le bruit est en train de faire le tour du monde et de plus en plus de professionnels européens et américains ou dans le monde entier se disent : «Tiens, oui, il faut aller à Dakar pour le Dmx.» Donc ça, on a réussi ce coup-là, et on va recevoir plus de 60 délégués internationaux cette année. C’est le plus grand nombre jusqu’ici. Alors, bilan oui, et ça continue, ça suit son petit chemin. C’est encore un bébé comparé à d’autres salons du même genre. Mais en Afrique, je pense qu’on est parmi les premiers en termes de contenu. Parce que ce n’est pas la taille, ni le nombre de personnes ou de délégués qui compte, c’est plutôt la qualité des délégués, la conversion en termes de débouchés par rapport à ce qui se passe. Donc pour ça, je suis très satisfait et très content de l’évolution du projet.
Le thème choisi cette année est : «L’essor du jazz africain entre racines et innovation.» Pourquoi le jazz ?
Parce qu’on veut mettre en exergue nos vaillants instrumentistes, nos musiciens. On a des trompettistes, des saxophonistes, des guitaristes, des batteurs, des percussionnistes talentueux. Et c’est vrai que la place d’expression pour ces instruments, c’est souvent ce qu’on appelle le jazz. Pour moi, le jazz, c’est tout, c’est de la musique tout court. Mais oui, c’est donner un peu plus de place d’expression pour nos instrumentistes. Et oui, ça me fait penser à notre regretté Jimmy Mbaye, qui vient de nous quitter. Et oui, cette édition lui est dédiée, parce que justement, il y a un projet guitare qui a été conçu, issu de nos discussions quand on est en tournée. Donc voilà un petit peu l’explication du choix porté sur le jazz, par rapport à nos instrumentistes sénégalais et africains.
Vous êtes manager et producteur. Selon vous, qu’est-ce qui empêche les musiciens sénégalais de tourner dans les festivals ?
Les musiciens sénégalais tournent dans les festivals. Mais il faut augmenter le nombre. L’ancienne génération, la jeune génération, il y a beaucoup de musiciens sénégalais qui tournent un peu partout. Oui, est-ce que c’est assez ? Moi, je dis non, on peut en faire tourner plus. Et même, on peut aussi redoper le local, la consommation locale, l’écosystème local, comme ça a été le cas au Nigeria. Je pense qu’on doit d’abord penser local avant de penser global, d’où le mot «glocal», comme les Anglais le disent. Oui, je pense que c’est juste certains efforts à faire, une certaine organisation à avoir, une présence sur certains lieux, et puis du renforcement de capacités de nos professionnels, ça c’est très important. Et surtout, un accompagnement, parce que dans les autres pays, il y a des bureaux d’export qui ont des budgets pour accompagner, aider à l’export de leur musique partout en Europe. Nous, on n’a pas encore ces mécanismes-là, mais je pense qu’avec ça, le talent est là. Il y a énormément de talent dans le pays, il suffit juste de l’accompagner, de l’encadrer et de lui donner un peu plus de visibilité, et voilà.
Aujourd’hui, le groupe «Def Mama Def», qui est parti du Dmx, tourne beaucoup, est-ce le résultat direct de cette participation ?
Absolument, c’est le cas d’école, comme on dit en psychologie. C’est le cas d’école pour le Dmx, parce que c’est un groupe qui est né au Dmx. Le groupe, les deux artistes qui composent le groupe, notamment Mami Victory et Défa, avec leurs carrières respectives. Mais la conversation, la discussion de former un groupe, je pense qu’elle est née ici, au Dmx, à l’Institut français. Et après, on s’est mis au travail avec Baye Souley. On a commencé à faire des séances de studio. On a fait notre petite cuisine pendant un an, et l’année d’après, on a présenté le groupe au Dmx. Et, ça a été remarqué par d’autres délégués qui les ont portées à l’étranger jusqu’à décembre dernier, où elles ont joué au Transmusical Arena. Donc pour moi, ça c’est l’exemple parfait, l’exemple typique : avec un petit peu d’accompagnement, le talent est là, on peut produire plusieurs groupes comme ça.
Le conte musical «Birima», une idée originale de Youssou Ndour et Pape Moussa Ngom (mise en scène par Madiaw Ndiaye), a été présenté à Paris. Pourquoi pas à Dakar et en Afrique ?
Alors, on a fait une projection de la captation du conte musical Birima il y a deux semaines, au Cinéma Pathé. Je pense que le film a été à l’affiche pendant une semaine. Oui, mais bientôt, on va le faire à Dakar. Je pense que quand le grand (Youssou Ndour) sentira que le moment est opportun pour présenter le projet Birima à Dakar, il le fera, ça c’est sûr et certain. Mais on a déjà donné un aperçu de ce qu’était le cinéma. Je pense que tout le monde avait les larmes aux yeux. C’est magnifique ce projet !