AIR SÉNÉGAL ET AIBD, DES PATIENTS AU PRONOSTIC VITAL ENGAGÉ
Le gouvernement dresse un tableau alarmant des deux sociétés nationales de transport aérien. Le Premier ministre exige des audits approfondis, notamment sur des contrats classés "secret-défense" ayant englouti 200 milliards FCFA

L’aéroport international Blaise Diagne (AIBD SA) et la compagnie nationale de transport aérien Air Sénégal SA ont été dépeintes, jeudi, lors d’une réunion interministérielle axée sur leur situation financière, comme des sociétés “à l’agonie”, des ”patients au pronostic vital engagé”, des ”malades”, du fait de “graves difficultés financières”.
Il ressort d’un document compilant les décisions prises par le Premier ministre, Ousmane Sonko, que ”des enjeux critiques persistent dans les deux entités”.
AIBD et Air Sénégal font face à de ”graves difficultés financières menaçant leur pérennité et leur capacité à jouer pleinement leur rôle dans l’économie du pays”, relève ce document final.
Le gouvernement a rappelé que, depuis sa création en 2018, l’Etat a injecté dans la compagnie nationale Air Sénégal près de 181 milliards FCFA.
”Pourtant, elle fait aujourd’hui face à une dette dépassant 118 milliards FCFA, après avoir enregistré des pertes successives de 89 milliards FCFA en 2022 et 57 milliards FCFA en 2023”, indique le document lu par le ministre secrétaire général du gouvernement, Ahmadou Al Aminou Lô.
En outre, ajoute M. Lô, plus de 100 milliards FCFA ont été dépensés en locations d’avions, alors que ”le plan d’actions de relance de la compagnie, initié en 2022, n’a finalement été réalisé qu’à hauteur de 5%”.
Faisant l’”état des lieux”” concernant Air Sénégal, le ministre secrétaire général du gouvernement pointe ”des défaillances managériales”.
Le Premier ministre veut voir plus clair dans les contrats secret-défense à l’AIBD
Le document révèle que la société AIBD SA ”se trouve aujourd’hui dans une situation critique”.
En guise d’exemple, son budget pour l’exercice 2024 avait été fixé à 23 milliards FCFA pour des ressources propres ne s’élevant qu’à 6 milliards FCFA, déplore-t-il.
“Cette dérive s’explique notamment par une explosion des effectifs, passés de 275 agents en juin 2021 à 983 en 2024”, indique la même source.
Les autorités font remarquer que les 200 milliards FCFA issus de la Redevance pour le développement des infrastructures aéroportuaires (RDIA), destinés au développement du hub aérien, ”ont été consommés à travers des contrats classés secret-défense, dont la justification reste à établir”.
Le Premier ministre a insisté pour que la lumière soit faite sur ces contrats classés secret-défense par des audits ”approfondis” menés par les corps de contrôle. Le chef du gouvernement soupçonne en effet des abus.
Il a demandé d’emblée d’auditer les marchés et le personnel de l’AIBD, d’annuler les contrats non essentiels et de rationaliser les dépenses.
En outre, relève le gouvernement, ”aucune évaluation n’a été faite, dans le sens de la revoyure de la convention de concession liant AIBD SA au concessionnaire de l’exploitation de l’aéroport Blaise de Diagne de Dakar, la société LAS (LIMAK/AIBD/SUMA)”.
Le gouvernement a assuré de la nécessité de réévaluer cette convention avec le gestionnaire de l’AIBD et reste engagé pour une reprise en main, dans un moyen terme, dans le cadre de sa politique de souveraineté.