LE MASSACRE DE THIAROYE, UNE LEÇON POUR L’AFRIQUE
Samedi dernier, le Musée des Civilisations Noires a accueilli un panel de haut niveau autour du thème « Le massacre de Thiaroye 44 : Quelle leçon pour l’Afrique ? »

Samedi dernier, le Musée des Civilisations Noires a accueilli un panel de haut niveau autour du thème « Le massacre de Thiaroye 44 : Quelle leçon pour l’Afrique ? ». Modéré par le professeur Babacar Fall, historien de renom, ce débat a réuni d’éminents intellectuels et acteurs politiques, dont les professeurs François Abiola, ancien ministre et directeur de l’École Inter-États des Sciences et Médecine Vétérinaires, Penda Mbow, historienne et militante panafricaine, Bouba Diop, anthropologue, Youssou Mbargane Guissé, philosophe-anthropologue, et le Dr Dialo Diop. L’événement a permis de revisiter l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire coloniale africaine et d’en tirer des enseignements pour l’avenir du continent.
Le massacre de Thiaroye, survenu le 1er décembre 1944, reste une plaie ouverte dans la mémoire collective africaine. Ce jour-là, des tirailleurs sénégalais, anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, ont été massacrés par l’armée française alors qu’ils réclamaient le paiement de leurs indemnités. Cet événement, longtemps occulté par les autorités coloniales, symbolise à la fois la violence de la domination coloniale et la résistance des Africains face à l’injustice. Le professeur François Abiola, dans son intervention, a rappelé ainsi l’importance de ce massacre dans la construction de la mémoire collective africaine. Il a souligné que « Thiaroye 44 n’est pas seulement un événement historique, mais un symbole de la lutte pour la dignité et la reconnaissance des Africains ». F. Abiola a également insisté sur la nécessité de déconstruire les récits coloniaux pour reconstruire une histoire africaine autonome, fondée sur des faits et des témoignages locaux.
LA DECLARATION DE PARAKOU : POUR LA MEMOIRE ET LA REPARATION
Dans le cadre de ce débat, les participants ont salué l’initiative contenue dans la Déclaration du colloque de Parakou et appelé à une mobilisation, visant à qualifier l’esclavage, la déportation et la colonisation comme des crimes contre l’humanité. Cette déclaration, portée par le Togo et soutenue par plusieurs pays africains, appelle à la reconnaissance et à la réparation des injustices historiques subies par les peuples africains. Les participants ont souhaité la mise en place d’un creuset d’universitaires et autres intellectuels panafricanistes pour le suivi de la mise en œuvre progressive du concept Déconstruire / construire. Le professeur Penda Mbow a salué cette initiative, soulignant que « la mémoire est un outil puissant pour la reconquête de la souveraineté africaine ». Elle a également rappelé que la lutte pour la reconnaissance des crimes coloniaux doit s’accompagner d’une réflexion sur les mécanismes de domination actuels, qu’ils soient économiques, culturels ou politiques.
DECONSTRUIRE POUR RECONSTRUIRE : VERS UNE RENAISSANCE AFRICAINE
Les panélistes ont longuement discuté de la nécessité de déconstruire les récits coloniaux pour permettre à l’Afrique de se réapproprier son histoire et de construire un avenir fondé sur ses propres valeurs. Youssou Mbargane Guissé, anthropologue, a insisté sur l’importance de la réappropriation culturelle comme levier de libération. Selon lui, « la mémoire est organisatrice de la souveraineté et participe à la sélection des futurs ». Il a appelé à une réhabilitation des figures africaines dans l’histoire et à une révision des manuels scolaires pour y intégrer les contributions des tirailleurs sénégalais et d’autres héros africains. Bouba Diop, quant à lui, a souligné l’importance de l’unité politique et de la sécurité stratégique du continent pour assurer sa renaissance. Il a rappelé que « l’Afrique doit être un continent producteur de richesses, puissant et rayonnant culturellement ». Pour y parvenir, il a appelé à une rupture conceptuelle et épistémologique, permettant aux Africains de forger une nouvelle vision critique et prospective de leur destin.
LES LEÇONS POUR L’AFRIQUE : DE LA MEMOIRE A L’ACTION
Les participants ont également insisté sur le fait que la commémoration du massacre de Thiaroye ne doit pas se limiter à un simple devoir de mémoire, mais doit servir de catalyseur pour une action concrète. Le Dr Dialo Diop a rappelé que « l’Afrique doit tirer les leçons de son histoire pour construire un avenir fondé sur la justice, l’égalité et la dignité ». Il a appelé à la mise en place de politiques publiques inspirées de cette mémoire combattante, ainsi qu’à la création de centres de formation stratégique pour les jeunes générations. Le panel s’est achevé sur un appel à l’action, invitant les gouvernements africains, les institutions académiques et la société civile à s’engager dans une stratégie panafricaine de sécurité et d’émancipation. Les participants ont également salué l’initiative contenue dans la déclaration du colloque de Parakou et appelé à une mobilisation collective pour la reconnaissance et la réparation des crimes coloniaux. En somme, ce panel a offert une réflexion profonde et engagée sur l’importance de la mémoire dans la construction de l’avenir de l’Afrique. Comme l’a souligné le professeur Babacar Fall, « Thiaroye 44 ne doit pas être un passé figé, mais une dynamique de lutte et d’affirmation de l’identité noire ».