600 MILLIARDS DE PERTES DE RECETTES FAUSSENT LES PREVISIONS
Au cours des années budgétaires 2023- 2024, l’ancien régime du président Macky Sall a basculé le Sénégal dans une atmosphère de fin de régné jugée « tragique » livrant ainsi les finances publiques aux pillages systématiques

Entre mars 2023 et mars 2024 marquant la tentative d’un troisième mandat et la renonciation à se présenter à l’élection présidentielle, le président Macky Sall a plongé le Sénégal dans une ambiance de fin de régne « tragique ». Des autorités politiques et des dignitaires de l’Apr ont profité de ce climat de sauve-qui-peut pour piller les finances publiques. Des pillages systématiques liés à des exonérations fiscales accordées à des « amis », des marchés fictifs, des dépenses extrabudgétaires, des créations de richesses personnelles, des fuites de capitaux etc. Un environnement économique difficile hérité par les nouvelles autorités a fait que ces dernières ne pouvaient guère redresser la situation. Des prévisions initiales très optimistes avec une hausse de 20% de recettes attendue par rapport aux réalisations de 2023 n’ont pas pu être réalisées. Au finish, la loi de finances rectificative 2024 est faussée par la perte de recettes de près de 600 milliards cfa attendue en fin décembre. Ces contre-performances, détournements et pillages sur fond de « barbarie » financière ont impacté sur les prévisions initiales.
Au cours des années budgétaires 2023- 2024, l’ancien régime du président Macky Sall a basculé le Sénégal dans une atmosphère de fin de régné jugée « tragique » livrant ainsi les finances publiques aux pillages systématiques. Pourtant, les dernières missions du Fmi et de la Banque mondiale avaient averti les nouvelles autorités sur une baisse des recettes inquiétantes et une hausse énorme des dépenses. Ces institutions internationales de contrôle financier avaient préconisé des mesures urgentes de redressement sur concernant la fin des subventions énergétiques et exonérations fiscales. Alors voulant s’inscrire dans la trajectoire de la transparence budgétaire, l’Etat reconnait des contreperformances qui ont considérablement impacté les prévisions initiales avec des moins-values de près de 600 milliards de frs à fin décembre. Le projet de loi de finances rectificative qui sera déposé sur la table des députés par le Gouvernement confirme une baisse des ressources et une hausse des dépenses. « La situation des recettes indique que le montant cumulé à fin novembre 2024 s’élève 3 310,9 milliards de FCFA, montant réparti entre la Direction générale des Impôts et des Domaines, la Direction générale des Douanes et la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, pour respectivement, 2 143 milliards de FCFA, 1 018,0 milliards de FCFA et 149,4 milliards de FCFA. Comparativement à l’objectif cumulé de 3 822,1 milliards de FCFA, il ressort une moins-value de 511, 2 milliards de FCFA qui pourrait même atteindre 600 milliards de FCFA à fin décembre 2024 » lit-on à travers le document.
Ces dépenses incompressibles relevées par la LFR
Le ralentissement économique en 2024 provoqué par un climat politique très tendu d’un régime qui hésitait à déclarer clairement la trajectoire démocratique de la tenue ou pas de la présidentielle et du 3ème mandat de Macky Sall. L’impact s’est ressenti dans la mobilisation des recettes. D’où des contre-performances significatives. Des prévisions initiales très optimistes avec une hausse de 20% attendue par rapport aux réalisations de 2023 n’ont pas pu être réalisées. Il faut y ajouter les mesures de renonciation à des droits et taxes, pour près de 140 milliards de FCFA. À cela, s’ajoute le fait que les recettes externes n’ont été mobilisées qu’à hauteur de 65,5 milliards de FCFA, sur une prévision de 303,8 milliards FCFA, soit une baisse sensible de 238,3 milliards de FCFA. Au total, les recettes du budget général (externes et internes) ont baissé de 839,1 milliards de FCFA, par rapport à la LFI 2024 informe les services du ministère des Finances et du Budget Cheikh Diba.
Des dépenses extrabudgétaires sur fond de pillage systématiques
Le document de la Loi de finances rectificative ( Lfr) renseigne que l’Etat fut contraint de prendre en charge en charge des dépenses prioritaires et incompressibles, notamment les intérêts sur la dette pour un montant supplémentaire de 245,9 milliards de FCFA, sous l’effet du renchérissement des conditions d’emprunt, les indemnisations des victimes des manifestations politiques préélectorales et les efforts soutenus pour l’accompagnement du secteur agricole, avec 73,675 milliards de FCFA, au titre d’apurement des arriérés.
Dans le même sillage, un montant additionnel de 289 milliards de frs a été accordé en subvention additionnelle au secteur de l’énergie pour la compensation tarifaire versée à la Senelec et aux pertes commerciales induites par le blocage des prix à la pompe des hydrocarbures. L’Etat a dû faire face à des dépenses imprévues dans le cadre de la lutte contre les inondations suite aux fortes pluies de l’hivernage 2024, avec un débordement du fleuve Sénégal. L’État a mobilisé des moyens financiers et matériels substantiels, destinés à apporter une assistance aux personnes impactées dans les régions Nord et Est du pays (départements de Tambacounda, Bakel, Matam et Saint-Louis).
Le projet de loi de finances rectificative propose une révision à la baisse des recettes budgétaires d’un montant de 839,1 milliards de FCA et une hausse des dépenses budgétaires d’un montant de 682,9 de milliards FCFA. Ainsi, dans ce même PLFR, le montant budgétaire global passe d’un déficit de 840,2 milliards de FCFA de LF 2024 à un déficit budgétaire de 2362,2 milliards de FCFA, soit un creusement du déficit budgétaire de 1522 milliards de FCFA.
Les services financiers de l’Etat estiment incontournable sur la base de ces ajustements, la mise en place d’un nouveau cadrage budgétaire de la loi de finances. Avec un déficit budgétaire de 11,6% du PIB, l’objectif est d’aller vers la consolidation budgétaire en 2027 et d’atteindre les 3% du PIB, conformément aux directives de la convergence de l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). La loi de finances rectificative fait apparaître un taux de croissance du PIB de 6,7% contre 9,2 % initialement prévu notamment en liaison avec le nouveau profil de producteur de pétrole et de la situation des tensions du premier trimestre sur l’économie et du ralentissement de l’activité économique, une inflation qui ressortirait à 2% et un taux de pression fiscale projeté à 17,8% contre 19,4 % dans la LFI 2024
A l’analyse, force est de déplorer que le gouvernement de Diomaye-Sonko a hérité un Etat du Sénégal presque déficitaire. Une situation inquiétante due à l’absence de pilotage voire de contrôle rigoureux des finances publiques qui a conduit à des pertes de 600 milliards de recettes.