ENJEU MAJEUR POUR LE NOUVEAU REGIME
Portée par le ministère de l'Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de l'Élevage (MASAE), la création des Coopératives agricoles communautaires (CAC) repose sur une logique de développement rural intégré

Portée par le ministère de l'Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de l'Élevage (MASAE), la création des Coopératives agricoles communautaires (CAC) repose sur une logique de développement rural intégré. Ces coopératives, constituées par des agriculteurs et éleveurs d'une même communauté, permettront de mutualiser les ressources et d'améliorer les pratiques agricoles, avec pour objectif final de réduire la dépendance aux importations alimentaires. Le gouvernement du Sénégal ambitionne de créer ces coopératives agricoles communautaires sur l’étendue du territoire national. Cette initiative vise à augmenter la production agricole et à créer des emplois décents pour les jeunes. Sera-t-il en mesure de relever ce défi si on sait que les tentatives de création de coopératives agricoles n’ont pas manqué avec les différents régimes précédents, mais cela n’a pas toujours donné les résultats escomptés.
Les coopératives ont toujours existé au Sénégal Elles regroupaient plusieurs villages dont les coopérateurs élisaient un bureau qui était le répondant des sociétés d’encadrement et des services de l’État. En 1983, suite aux divers problèmes de gestion des sociétés d’encadrement et des Coopératives arachidières, l’État décide de la réforme coopérative.
La loi n° 83- 07 du 28 janvier 1983 portant statut général des coopératives du Sénégal et son décret d’application n° 83- 320 du 25 mai 1983 ont créé des sections villageoises et des coopératives rurales. Cette réforme n’a pas pu apporter des réponses idoines aux problèmes des coopératives rurales trop dépendantes de la culture arachidière en plein déclin. Face aux non remboursements des dettes paysannes, l’État fut amené à pratiquer des prélèvements importants sur les marges faites sur les graines d’arachides commercialisées pour financer les services de la Banque Nationale de Développement du Sénégal (BNDS). Cette dernière dépose son bilan à son tour en 1990. Le mouvement coopératif sénégalais tomba en disgrâce et on lui substitua d’autres formes d’organisation tels que les Groupements d’intérêt économique (Gie) dont l’action se révéla peu structurante et peu bénéfique à l’économie nationale.
Arrivé au pouvoir, le régime de Macky Sall avait misé sur la création de Domaines agricoles communautaires (Dac) dans le cadre du Prodac en 2014 pour assurer plus de production et d’emplois des jeunes et des femmes, notamment dans le monde rural. Dans la même logique, le régime sortant avait lancé les Agropoles qui sont au nombre de 5 (Sud, Est, Ouest, Nord et Centre). Ces agropoles étaient davantage orientées vers la transformation agroindustrielle pour créer plus d’emplois chez les femmes et les jeunes.
Aujourd’hui, pour atteindre la souveraineté alimentaire, le nouveau gouvernement compte mettre en place des Coopératives agricoles communales (Cac) dans chacune des 525 communes rurales pour permettre à la jeunesse de produire en quantité. Des programmes spéciaux seront dédiés pour le riz, le maïs, le blé, le mil, le sorgho, l’arachide, le coton, la production d’huile et le lait. Chaque Coopérative sera une ferme de 200 hectares, équipée et allouée à 200 personnes. L’organisation de chaque coopérative sera articulée autour d’une entité commerciale appelée Agro dealer, qui vend des intrants à la Coopérative mais aussi qui se charge de stocker, de transformer, de vendre et d’assurer le marketing des récoltes de la coopérative. La mise en place des coopératives agricoles communales constitue un élément clé de la stratégie de souveraineté alimentaire du Sénégal, un objectif central du gouvernement. En mettant l’accent sur la collaboration avec les partenaires internationaux et sur l’implication des acteurs locaux, le Sénégal espère non seulement augmenter sa production agricole, mais aussi favoriser la création d’emplois et l’autonomisation des jeunes et des femmes en milieu rural. L’ambition est de doter chaque commune du pays d’une structure coopérative capable de dynamiser l’agriculture locale et d’assurer une meilleure résilience face aux défis alimentaires.
En plus de ces coopératives agricoles communautaires, l’Etat a envisagé la création de Coopératives Productives Solidaires (CPS). Cette initiative s'inscrit dans la politique gouvernementale de développement économique et social du pays. Ce programme, qui s'étendra jusqu'en 2029, prévoit la mise en place progressive de 10.000 coopératives à travers le territoire national. Un premier objectif de 1.000 CPS est fixé pour 2025, suivi d'une extension à 3.000 structures d'ici 2027, pour atteindre le cap final des 10.000 coopératives en 2029. Cette stratégie vise principalement à répondre au défi de l'emploi des jeunes. Les CPS permettront de créer des opportunités d'emplois décents et durables, tout en mettant l'accent sur l'insertion professionnelle des jeunes et des artisans.
POLITIQUE DE MISE EN PLACE DES COOPERATIVES AGRICOLES MISE EN GARDE DU CNCR : « Eviter de tomber dans les mêmes travers que ceux des années 60 »
Le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Elevage, mise sur la création des coopératives agricoles sur l’étendue du territoire national pour relever le défi de la souveraineté alimentaire. Pour y arriver, le porte-parole du Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr), Sidy Ba recommande à l’Etat de laisser les organisations professionnelles agricoles elles-mêmes créer et gérer ces coopératives afin d’éviter de tomber dans les mêmes travers que les années 60.
La création de nouvelles coopératives agricoles sur l’étendue du territoire national a été annoncée par le ministère en charge de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Elevage dans les méthodes et programmes politiques qu'il compte mettre en œuvre, pour l’atteinte de la Souveraineté alimentaire. Ce qui n’est pas nouveau au Sénégal, car la genèse de ces coopératives agricoles remonte aux années 60. Mais malheureusement la majeure partie d’entre elles n’ont pas pu prospérer, faute d’une bonne gestion. Selon le porte-parole du Cncr : « La période qui va de 1960 à 1980, ce sont les grands moments de la coopérative agricole au Sénégal. C’est l’Etat qui dirigeait, organisait et accompagnait les producteurs. La période du déclin a commencé à partir des années 80 avec les plans d’ajustement structurel où l’Etat s’est désengagé du monde rural ».
Joint au téléphone, Sidy Bâ d’expliquer que : « En 1983, la direction des coopératives a été dissoute et on a créé des coopératives au niveau de chaque communauté rurale. Et on les avait organisées en sections villageoises. Ces coopératives ont connu des hauts et des bas ». Selon lui, ces coopératives ne profitaient ni aux traitants ni aux grands commerçants. Car, souligne-t-il, elles étaient implantées avec l’idée que les paysans puissent collecter et commercialiser leurs productions dans les unités industrielles. Parce que « Ce qui est en train d’être fait aujourd’hui nous rappelle un peu la méthode des années 60 », Sidy Bâ de prévenir qu’ « avec le projet en vue, si l’Etat ne rectifie pas le tir, on va retourner sur les mêmes travers ». Il pense qu’on doit « laisser les organisations professionnelles agricoles avoir cette initiative, créer elles-mêmes leurs coopératives et les accompagner dans ce qu’elles ont fait ». Et de souligner qu’ « il y a des initiatives qui existent et des organisations qui sont là et qui gèrent elles-mêmes leurs différents programmes. Il est du ressort de l’Etat d’accompagner ces initiatives ».
Sidy Bâ soutient que : « l’Etat ne doit rien créer. Le bien commun n’est pas souvent bien géré par les sénégalais. C’est cet esprit qu’avaient les paysans vers les années 60 ». A l’entendre, l’Etat devrait tendre la main aux organisations professionnelles qui ont un ancrage en milieu rural et discuter avec elles et voir où est ce qu’il faut mettre les pieds. Aussi, a-t-il précisé : « Pour le Cncr, les initiatives qui sont là, doivent être consolidées et accompagnées pour inciter les gens à développer de manière endogène leurs terroirs et ne pas compter uniquement sur l’Etat et les structures qui nous viennent d’ailleurs pour pouvoir développer notre agriculture ».