PARADOXE D’UNE HAUSSE ENTRETENUE PAR LA SPÉCULATION
Mardi 11 mars, au marché de Grand-Dakar, l’augmentation du prix de l’oignon local suscite de vives réactions. Celle de la pomme de terre aussi, même si elle est plus abordable

Hier, mardi 11 Mars, au marché de Grand-Dakar, l’augmentation du prix de l’oignon local suscite de vives réactions. Celle de la pomme de terre aussi, même si elle est plus abordable. Consommateurs et commerçants détaillants sont inquiets. Depuis le gel des importations, décidé par les autorités pour soutenir la production nationale, les consommateurs se retrouvent face à des prix en hausse, alors même que le produit est cultivé localement et que plusieurs tonnes sont en souffrance dans les zones de production.
Au Sénégal, alors que l’Agence de régulation des marchés (ARM) a décidé de suspendre les importations d’oignons depuis le 25 janvier dernier, pour permettre aux producteurs locaux d’écouler leurs récoltes, l’approvisionnement du marché n’est toujours pas des meilleurs. L’oignon local peine encore à inonder le marché local, au moment où des acteurs de la filière attendent toujours des grossistes acheteurs de leurs produits bord-champ. Une situation qui alimente les spéculations sur fond de hausse des prix de la quantité disponible sur le marché.
En fin de matinée d’hier mardi, au marché de Grand Dakar, l’ambiance est à la fois bruyante et rythmée ; un mélange de marchandages animés et de mouvements incessants. D’autres, plus silencieux, sont assis derrière leurs sacs de 24 ou 25 kg d’oignon, balayant l’allée du regard, espérant attirer un client. Mais, beaucoup s’arrêtent pour acheter de l’oignon déjà découpé pour ou discuter les prix, avant d’acheter ceux qui sont entiers.
Dans les boutiques, les prix varient en fonction des vendeurs. Chez Abdoulaye, le sac de 25 kg d’oignons est vendu à 11.500 FCFA, tandis que le demi-sac coûte 6500 FCFA, parfois même pour un poids inférieur à 12 kg. Chez Issa, un autre commerçant du marché, le même sac est échangé à 12.500 FCFA, avec un demi sac à 6250 FCFA.
Quant à la pomme de terre, son prix atteint 8.500 FCFA le sac. Par endroit, il est de 9000 FCFA. Ces prix ont flambé en l’espace de quelques jours, durant le mois de Ramadan et Carême, période de forte consommation de ce produit. Pourtant, avant la période du jeûne, le sac d’oignon s’échangeait autour de 8000 à 8500 FCFA et celui de la pomme de terre tournait entre 6. 000 et 7 .000 FCFA.
« C’EST DE LA PRODUCTION LOCALE, MAIS RIEN NE BOUGE»
Face à cette flambée des prix, les clients expriment leur incompréhension. Devant la boutique d’Issa, Bineta, une habituée du marché, déplore la situation : « C’est de la production locale, il devait y avoir un peu d’allègement pour les populations. Mais les choses ne bougent pas». Selon elle, produire sur place devrait permettre d’offrir des prix plus accessibles aux ménages. Cependant, la réalité est tout autre. Trouvée chez elle, tenant un sachet de pommes de terre dans les mains, Madame Diallo partage le même sentiment. « Les choses deviennent compliquées. On importe, c’est cher. On n’importe pas, c’est la même chose. À quoi bon cultiver chez nous si nous tournons en rond ? Déjà qu’ily a certains consommateurs qui se battent pour survivre ».
DES COMMERÇANTS PRIS EN ETAU
Si les consommateurs dénoncent une hausse injustifiée des prix, les commerçants expliquent avoir peu de marge de manœuvre. « Nous achetons le sac de 45 kg entre 16000 et 16500 FCFA», auprès des fournisseurs et grossistes, affirme Abdoulaye, soulignant que ces coûts élevés à l’achat les obligent à répercuter les augmentations sur leurs prix de vente (en détail)
Aussi, un autre facteur entre en jeu : le transport. « Aujourd’hui, les commerçants accusent les producteurs locaux d’augmenter les frais de déplacement », explique Madame Diallo. Pour elle, ce problème revient chaque année, surtout à l’approche du Ramadan et du Carême. «Nous rencontrons ce genre problème toujours pendant ces périodes (Ramadan ou Carême). Que pouvons-nous faire ? Ou se plaindre ? On fait avec ‘’rek’’ ! Si nous n’achetons pas, comment allons-nous préparer le dîner pour la rupture, le soir ?», déplore-t-elle.