AVEC GCO, CE SONT DES PROMESSES NON TENUES, DES SOUFFRANCES POUR LES POPULATIONS…
aye, à cause de Grande Côte Opérations, filiale du français Eramet qui intervient dans la zone après Diogo, dans la région de Thiès, c’est tout l’écosystème de la zone qui est menacé

C’est un édile désespéré qui a fait face, il y a quelques jours, à la presse pour dénoncer les méfaits de l’exploitation de zircon dans le désert de Lompoul. Pour Gora Gaye, à cause de Grande Côte Opérations, filiale du français Eramet qui intervient dans la zone après Diogo, dans la région de Thiès, c’est tout l’écosystème de la zone qui est menacé.Est-ce qu’on peut savoir quelle est la situation aujourd’hui dans la commune de Diokoul avec la compagnie Grande Côte Opérations (Gco) ?
Bon, c’est difficile de faire la situation dans la commune de Diokoul, mais la situation de nos rapports avec la société, oui, on peut en parler. Gco, depuis fin 2022-2023, ils sont entrés dans la commune de Diokoul, en tout cas dans la zone entre Diokoul, Kab Gaye et Thieppe. Et jusqu’à présent, ils sont dans la commune de Diokoul, dans le désert, et je pense qu’ils vont durer là-bas. Et avec cette société-là, ce sont vraiment des promesses non tenues, des souffrances pour les populations, une dégradation de l’économie, une dégradation de l’écosystème, une dislocation du tissu social. Parce que ce sont des familles qui sont déplacées, des traditions qui sont emportées.
C’est vraiment un tissu de…, excusez-moi du terme utilisé, parce que depuis 2022, avec toutes les négociations, tous les échanges qu’on a eus avec eux, c’est une société qui ne respecte jamais ses engagements.
Et pourtant, c’est une société qui fait d’énormes bénéfices, des bénéfices vraiment extraordinaires. Et si je reprends les propos du ministre, ce sont 180 milliards de chiffre d’affaires en 2023 et 68 milliards de bénéfices. Pourtant, ils n’ont mis aucun franc en 2023 dans les communes, ni au niveau des communautés. Et 2024, c’est sûr qu’ils feront plus que ça.
Et jusqu’au moment où je vous parle, ils n’ont mis aucun franc. Donc avec eux, c’est vraiment un désastre. Vous avez fait un tour sur le site, c’est un désastre indescriptible qu’on a au niveau de la zone exploitée. Que ce soit au niveau des populations, au niveau de l’écosystème, au niveau des systèmes de production agricoles, pastorales, etc. Donc c’est vraiment l’hécatombe.
En fait, Gco, c’est une société qui se vante à chaque fois d’avoir une exploitation sans effets sur l’environnement.
C’est absolument faux. Et jusqu’à présent, ils cachent les résultats de l’étude d’impact environnemental. Nous ne l’avons pas reçue. Ils nous l’ont présentée en audience publique à Lompoul sur mer et nous l’avons rejetée. Et quand le sous-préfet avait déclaré en son temps qu’on valide l’étude sous réserve, c’est moi-même qui ai pris la parole pour dire «non, nous ne validons rien du tout, on rejette l’étude d’impact environnemental, allez refaire les observations capitales que nous avions faites sur l’étude et revenez».
Ils ne sont jamais revenus. Ils se sont calfeutrés entre quatre murs avec des soi-disant représentants de l’Etat pour dire qu’ils ont validé l’étude d’impact environnemental. Ils disent qu’ils n’utilisent pas de produits chimiques, ce dont je doute très fort parce que chez les populations qui sont là-bas, il y a l’apparition de certaines maladies qu’on n’avait pas vues avant l’arrivée de Gco, des maladies respiratoires, des maladies hydriques, etc. Et rien que la dégradation de l’écosystème des Niayes, ce sont des effets qu’on ne pourra jamais réparer.
En fait, vous ne croyez pas qu’ils pourront jamais restaurer, comme ils disent qu’ils l’ont déjà fait sur des dizaines d’hectares à Diogo ?
Moi, je suis parti à Diogo, j’ai vu ce qu’ils appellent restaurer. Dans ces zones-là, je ne suis pas sûr, et je suis même presque certain que les productions que ces zones-là donnaient, ils ne pourront même pas refaire le quart.
Et vous voyez, là où ils disent restaurer avec des filaos, ce sont des sols pauvres, des sols qui ne peuvent pas garantir une production agricole correcte. Donc, il nous faudra encore plusieurs décennies pour remettre en état cette zone.
Et le désert de Lompoul, c’est le comble du malheur parce que ce désert-là était un symbole pour la commune, un symbole pour Lompoul, un symbole pour la zone des Niayes, un écosystème unique dans toute l’Afrique occidentale. Et actuellement, ils l’ont complètement détruit.
Et ils ne pourront jamais restaurer ce désert-là, où il y avait au moins 7 à 8 campements qui employaient plus d’une centaine de personnes. Et ces gens-là actuellement sont tous au chômage.
Ils ont créé quand même une oasis artificielle quelque part.
(Rires) Cette oasis, vous verrez vous-même s’ils vont recevoir des touristes là-bas. Je suis allé voir moi-même. Et ils ne l’ont même pas créé dans le département de Kébemer. Ce n’est même pas dans la région de Louga, c’est dans la région de Thiès que se trouve ce qu’ils appellent «oasis». Donc, en quoi ça nous concerne ?
Donc, depuis son arrivée ici, la société n’a pas participé du tout au niveau local, ils n’ont mis en place aucune infrastructure comme prévu ?
En tout cas, à Diokoul que je connais, aucune infrastructure. Ils se vantent d’avoir contribué au fonds revolving des femmes que j’avais mis en place avec mon argent pour développer un peu l’économie sociale et solidaire à travers les groupements de femmes.
Ils ont contribué à hauteur de 10 millions. J’ai même honte d’en parler, et je pense qu’eux-mêmes doivent avoir honte d’en parler, que la société qui fait 68 milliards de bénéfices annuels contribue à hauteur de 10 millions sur un fonds revolving des femmes. Et nous, on a mis en prééminence les femmes qui travaillaient dans le désert. Vous avez vu leur case. Tous leurs objets d’art, elles les vendaient à des touristes qui partaient dans le désert. C’est de ça qu’elles subsistaient. Mais qu’est-ce que ça représente par rapport à ce que ces femmes-là gagnaient dans le désert et dans le tourisme ? C’est une goutte d’eau dans la mer. Donc, ils doivent avoir honte d’en parler.
Aujourd’hui, vous avez peur que les marchés hebdomadaires du coin disparaissent…
Non, je n’ai même pas peur, je suis certain que ces marchés vont disparaitre. Qu’est-ce qui fait vivre un marché ? Ce sont les produits qu’on y vend. Quand il n’y a plus de production, il n’y a plus de marché. C’est clair.
Et quelle est la position de l’Etat par rapport à cette affaire ?
Je ne peux pas dire exactement la position de l’Etat. Mais en tout cas, le ministre Birame Soulèye Diop, en charge des Mines, avait exprimé clairement ses préoccupations par rapport à la redistribution des dividendes de l’exploitation.
Il leur a dit, je le répète, que la société a fait 68 milliards de bénéfices. Et si l’Etat gagne quelque chose, c’est moins du tiers ou le tiers, et tout le reste va être distribué entre les structures. Et zéro franc au niveau des communes, c’est scandaleux. Il leur a dit, «mettez au minimum un milliard annuellement dans les trois communes, et là les maires pourront faire des réalisations concrètes». Je crois en sa bonne volonté et en sa bonne foi par rapport aux préoccupations que nous avons.
Et moi aussi, je crois fermement que si le président de la République a toutes les informations nécessaires par rapport à la situation, je ne parle même pas du Premier ministre Ousmane Sonko, il va réagir positivement pour le compte des communautés. D’autant que c’est la Constitution même qui dit que les ressources naturelles appartiennent au Peuple. Donc j’ai bon espoir que le combat dans lequel nous nous sommes engagés avec eux depuis des années, ait tout son sens ici.
Est-ce qu’il y a des soucis d’eau au niveau de Diokoul, par exemple ?
Il y en a. Interrogez les maraîchers qui sont à côté. Ils ont d’énormes problèmes pour arroser leurs champs. Les puits tarissent très vite et ça impacte même la qualité de l’eau, parce que l’exploitation utilise énormément d’eau.
Donc c’est un souci par rapport à l’exploitation. Je l’ai cité tout à l’heure par rapport aux conséquences néfastes de l’exploitation sur la zone. Donc il y a un réel souci par rapport à ça.
Et où est-ce que l’eau est reversée après utilisation ?
Pour le moment, ils créent un mini-lac. Je ne sais pas comment ils ont mis en place le système qu’ils utilisent. Mais en tout cas, si vous voyez là où ils passent, il y a des mini-lacs qui se forment. Et je ne sais pas encore après où est-ce que ça va, toute cette eau-là.
Et vous disiez aussi qu’ils changent le tissu social puisqu’ils déplacent des villages entiers pour les regrouper après et les reconstituer…
Oui, c’est clair. Vous avez peut-être eu écho de tout ce qui se passe à Tiokhmam. Donc, même dans ces villages de recasement, ça me fait rire et même parfois pleurer, ils se vantent de dire «oui, si on vous trouve avec deux cases, trois pièces séparées, on va vous construire une maison de quatre ou cinq pièces». Mais ces gens-là, leurs pièces séparées, c’est toute leur identité qui est là-bas, c’est toute leur vie, ce sont toutes leurs traditions. Ce sont leurs morts qui sont là-bas.
Donc, ils se sentent mieux là-bas que dans leur soi-disant désert qu’ils ont construit avec des maisons monotones et moroses. Et si vous voyez, dans certaines maisons là-bas, les gens dorment dans des cuisines. Avec une mauvaise eau que moi je n’utiliserais même pas pour me laver, encore moins pour boire, car ce qu’ils utilisent, c’est une eau saumâtre ou pas du tout potable. Donc, ils ont disloqué les familles. En tout cas, leurs méthodes sont peu orthodoxes, désastreuses. Et ils font tout pour diviser les gens.communes, et là les maires pourront faire des réalisations concrètes». Je crois en sa bonne volonté et en sa bonne foi par rapport aux préoccupations que nous avons.
Et moi aussi, je crois fermement que si le président de la République a toutes les informations nécessaires par rapport à la situation, je ne parle même pas du Premier ministre Ousmane Sonko, il va réagir positivement pour le compte des communautés. D’autant que c’est la Constitution même qui dit que les ressources naturelles appartiennent au Peuple. Donc j’ai bon espoir que le combat dans lequel nous nous sommes engagés avec eux depuis des années, ait tout son sens ici.
Est-ce qu’il y a des soucis d’eau au niveau de Diokoul, par exemple ?
Il y en a. Interrogez les maraîchers qui sont à côté. Ils ont d’énormes problèmes pour arroser leurs champs. Les puits tarissent très vite et ça impacte même la qualité de l’eau, parce que l’exploitation utilise énormément d’eau.
Donc c’est un souci par rapport à l’exploitation. Je l’ai cité tout à l’heure par rapport aux conséquences néfastes de l’exploitation sur la zone. Donc il y a un réel souci par rapport à ça.
Et où est-ce que l’eau est reversée après utilisation ?
Pour le moment, ils créent un mini-lac. Je ne sais pas comment ils ont mis en place le système qu’ils utilisent. Mais en tout cas, si vous voyez là où ils passent, il y a des mini-lacs qui se forment. Et je ne sais pas encore après où est-ce que ça va, toute cette eau-là.
Et vous disiez aussi qu’ils changent le tissu social puisqu’ils déplacent des villages entiers pour les regrouper après et les reconstituer…
Oui, c’est clair. Vous avez peut-être eu écho de tout ce qui se passe à Tiokhmam. Donc, même dans ces villages de recasement, ça me fait rire et même parfois pleurer, ils se vantent de dire «oui, si on vous trouve avec deux cases, trois pièces séparées, on va vous construire une maison de quatre ou cinq pièces». Mais ces gens-là, leurs pièces séparées, c’est toute leur identité qui est là-bas, c’est toute leur vie, ce sont toutes leurs traditions. Ce sont leurs morts qui sont là-bas.
Donc, ils se sentent mieux là-bas que dans leur soi-disant désert qu’ils ont construit avec des maisons monotones et moroses. Et si vous voyez, dans certaines maisons là-bas, les gens dorment dans des cuisines. Avec une mauvaise eau que moi je n’utiliserais même pas pour me laver, encore moins pour boire, car ce qu’ils utilisent, c’est une eau saumâtre ou pas du tout potable. Donc, ils ont disloqué les familles. En tout cas, leurs méthodes sont peu orthodoxes, désastreuses. Et ils font tout pour diviser les gens.