«GOORGOORLU» FACE A UN RAMADAN SOUS PRESSION
Entre flambée des prix et ressources limitées, des «goorgoorlu» se battent pour assurer un «ndogou» digne à leurs familles.

Le marché de Biscuiterie, à Niari Tally (Dakar) est en effervescence en ce début de Ramadan. Mais, derrière l’animation des étals, une réalité préoccupante se dessine : la cherté de la vie pèse lourd sur les ménages. Entre flambée des prix et ressources limitées, des «goorgoorlu» se battent pour assurer un «ndogou» digne à leurs familles.
Débout devant un magasin, avec un seau de condiments dans sa main gauche, Madame Diarra semble extenuée. Son quotidien est devenu une véritable épreuve depuis un an, lorsque son mari est tombé malade, la laissant seule à la charge du foyer. Avec des enfants encore à l’école et aucun soutien financier, chaque jour est un combat. «Les choses sont encore chères cette année. Le kilo de riz est monté à 550 FCFA, le litre d’huile coûte entre 1200 et 1400 FCFA, selon les vendeurs. Avec cette crise financière, ce n’est pas facile. Mais, que pouvons-nous faire ? Nous sommes obligés de faire avec le peu que nous trouvons», déplore-t-elle.
Face à cette situation, elle a dû réduire certaines dépenses et faire des choix difficiles : «Avant, je pouvais acheter plusieurs aliments pour varier les plats du «ndogou» (repas de rupture du jeûne en wolof, ndlr). Maintenant, je prends juste le strict nécessaire, du riz, un peu d’huile et quelques légumes. La viande ou le poisson, ce n’est pas tous les jours», confie Madame Diarra qui faisait le marché hier, dimanche 02 mars 2025, correspondant au premier jour de jeûne pour la majorité des musulmans Sénégalais et au deuxième pour ceux ayant démarré la Ramadan 1446H la veille, samedi.
Assis, à quelques mètres de là, Ahmed Sissoko, vendeur de savon, observe avec amertume la hausse vertigineuse des prix. «Je ne saurais vous répondre… Hier encore, le kilo de banane qui était à 1 000 FCFA est passé à 1 500 FCFA. Le kilo d’orange, n’en parlons pas ! Et le kilo de dattes, qui était à 2000 FCFA, est désormais à 2200 FCFA». Selon lui, les familles qui en ont les moyens anticipent et remplissent leurs réserves avant le Ramadan. Mais, pour les petits commerçants et les ménages modestes, la situation est beaucoup plus compliquée. «Nous, nous survivons… parce que j’appelle cela de la survie. Nous allons nous plaindre auprès de qui ? Si seulement le gouvernement pouvait appliquer réellement les annonces sur la baisse des prix, cela soulagerait beaucoup de familles», espère-t-il.
«LE RAMADAN, C’EST DEVENU UN STRESS»
Dans la foule du marché, Awa Ndour, une mère de famille, tente de négocier les prix. Mais visiblement à bout, elle lâche prise : «on nous parle de baisse de prix, mais tout est devenu hors de portée. Quand tu viens au marché avec 5000 FCFA, tu repars avec un sac presque vide. L’an dernier, c’était le même scénario ; mais avec cette crise financière, je crains le pire. Avant, je pouvais acheter du poisson, de la viande et des légumes pour faire un bon repas. Maintenant, je dois choisir : soit le poisson, soit les légumes». Elle estime que la pression du Ramadan ne devrait pas être aussi pesante pour les ménagers. «C’est un mois béni, un mois de partage et de prières. Mais, à cause de cette crise, au lieu d’être un moment de recueillement, c’est devenu un stress permanent. Comment nourrir la famille ? Où trouver l’argent ? On ne sait même plus quoi faire», dénonce Madame Ndour.