MAMADOU DIA ET DOUDOU NDIAYE ROSE, ÉCHOS D’OUTRE-TOMBE
Le dialogue posthume entre ces deux grandes figures lors des célébrations du 65e anniversaire illustre comment la construction nationale sénégalaise s'est appuyée tant sur des fondations politiques que culturelles

Le 65e anniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale a été marqué, vendredi, par un imposant défilé civil, militaire et paramilitaire, sur le Boulevard Mamadou-Dia, du nom du président du Conseil de gouvernement (1957-1962), sous la présidence du chef de l’Etat, Bassirou Diomaye Faye qui a baptisé la veille cette grande avenue de la capitale sénégalaise en hommage à cette figure emblématique de la vie politique et institutionnelle du pays. Le nom et le souvenir du percussionniste et tambour major Doudou Ndiaye Rose résonnent aussi avec ce moment de communion.
— Mamadou Dia : La fête de l’indépendance est célébrée le 4 avril de chaque année depuis 1961, parce que cette date marque l’anniversaire de la signature, en 1960, des ”Accords de transfert de compétences” entre la France et la Fédération du Mali. Celle-ci est représentée ce jour-là par le Premier ministre de la Fédération du Mali, Modibo Keita, le Premier ministre français, Michel Debré, et le vice-Premier ministre de la Fédération du Mali et ministre de la Défense, Mamadou Dia. Ces accords ont été signés au Palais de Matignon à Paris. Ils ”ont consacré l’indépendance de la Fédération du Mali (Sénégal et Soudan) avec le général Charles de Gaulle, président de la République française et président de la Communauté française”, souligne le communiqué du Conseil des ministres du 2 avril dernier, au cours duquel le président Bassirou Diomaye Faye a pris la décision de donner le nom de Mamadou Dia à l’artère sur laquelle est organisé le défilé de la fête de l’Indépendance. C’est Mamadou Dia, alors président du Conseil de gouvernement du Sénégal, avait pris la décision de faire célébrer, à partir du 4 avril 1962, le défilé marquant l’anniversaire de la déclaration d’indépendance. Vendredi, à l’issue du défilé qui a duré trois heures et trente minutes, le président Bassirou Diomaye Faye lui a rendu hommage, saluant en lui un ”digne fils du Sénégal, qui fut président du Conseil des ministres du Sénégal à l’aube de notre indépendance’’. Il a eu “l’honneur mérité de prononcer le premier discours marquant le premier anniversaire de l’accession du Sénégal à la souveraineté internationale que nous célébrons aujourd’hui”, a dit le chef de l’Etat.
— doudou Ndiaye Rose : le nom du tambour major sénégalais Doudou Ndiaye Rose (1930-2015) revient à l’esprit des Sénégalais chaque fois que, le 4 avril, passent devant le chef de l’Etat, les autorités sénégalaises, leurs invités et le public, essentiellement lors du passage des majorettes du lycée John-Fitzgerald-Kennedy réalisant leur chorégraphie au son de rythmes classiques wolof. De 1977 à sa disparition Doudou Ndiaye Rose a dirigé les percussions pour ce moment fort du défilé, gagnant les appréciations positives et les applaudissements du public. Depuis 1959, quand il participe à la formation du premier ballet de la Fédération du Mali, le nom de Doudou Ndiaye Rose est associé à des moments politiques marquants de la vie de la nation. Il était présent à la première célébration de la fête de l’indépendance (1961). Le percussionniste a aussi participé, sous la direction de l’ethnomusicologue et auteur français Herbert Pepper (1912-2000), à l’élaboration, notamment la partie rythmique, de la musique de l’hymne national, dont les paroles ont été écrites par le poète-président Léopold Sédar Senghor. Le 4 avril 1965, à l’occasion du cinquième anniversaire de la fête nationale, Doudou Ndiaye Rose avait réussi à montrer que l’animation du défilé pouvait être un succès en sortant du schéma occidental de la représentation.