QUAND LES POPULATIONS DEPENSENT PLUS ET TRAVAILLENT MOINS
Le Ramadan a un impact notable sur l’activité économique. Les commerces, les services et même les administrations tournent également au ralenti. Les journées de travail sont raccourcies, et la productivité diminue.

Le week-end écoulé, à l’instar des fidèles du reste du monde, la communauté musulmane du Sénégal a entamé le jeûne du mois de Ramadan, un moment de dévotion et de pénitence qui constitue l’un des cinq piliers de l’Islam. Pour les fidèles, ce mois sacré est synonyme de spiritualité, de partage et de solidarité. Cependant, dans un contexte économique difficile, marqué par une inflation galopante et une précarité accrue, le Ramadan 2025 (1446H) s’annonce aussi comme une épreuve pour de nombreux ménages dakarois, notamment ceux aux ressources modestes.
En cette période de Ramadan 1446H, les prix des denrées alimentaires flambent, comme c’est le cas chaque année. Les produits de base tels que le riz, l’huile, les dattes, le lait et la viande voient leur prix augmenter de manière significative. Cette inflation pèse lourdement sur les budgets des ménages, déjà fragilisés par la crise économique qui frappe le pays.
Awa, une vendeuse de légumes au marché des Parcelles Assainies, explique : «Avant, le Ramadan était un moment où on essayait de réduire les dépenses ; mais aujourd’hui, c’est impossible. Les prix montent tellement que même pour un repas simple, c’est difficile (de s’en sortir). Beaucoup de familles ne mangent pas à leur faim».
UN RALENTISSEMENT ECONOMIQUE GENERALISE
Il faut savoir que le Ramadan impose aux fidèles de s’abstenir de manger, de boire et de fumer, etc., de l’aube au coucher du soleil. Si cette pratique est vécue comme une purification spirituelle, elle n’est pas sans conséquences sur la vie quotidienne, surtout pour ceux qui exercent des métiers physiquement exigeants.
Sur un chantier de construction dans la banlieue de Dakar, Moustapha, maçon depuis plus de dix ans, confie : «Le Ramadan, c’est une bénédiction, mais c’est aussi très dur. On doit redoubler d’efforts pour tenir toute la journée sans boire ni manger, surtout sous ce soleil. Et en plus, les travaux ralentissent parce que tout le monde est fatigué»
Comme lui, de nombreux ouvriers du bâtiment, des vendeurs ambulants et des travailleurs informels doivent jongler entre leur foi et leur survie économique. Pour ces travailleurs, le Ramadan est un double défi : spirituel et matériel.
Le Ramadan a un impact notable sur l’activité économique. Les commerces, les services et même les administrations tournent également au ralenti. Les journées de travail sont raccourcies, et la productivité diminue. «Pendant le Ramadan, les gens dépensent plus, mais ils travaillent moins. C’est un paradoxe», souligne Moustapha.
Pour les chômeurs, la situation est encore plus critique. Sans revenus fixes, ils doivent compter sur la solidarité familiale ou communautaire pour subvenir à leurs besoins. «Le Ramadan, c’est un mois de partage. Mais, quand tu n’as rien à partager, c’est très dur moralement», confie Aliou, un jeune chômeur rencontré dans un quartier de la banlieue dakaroise. Malgré ces difficultés, le Ramadan reste un moment de solidarité et de partage. «Le Ramadan, c’est aussi ça : se serrer les coudes et aider ceux qui ont moins de chance», rappelle Awa.